MUSIQUE
Arvo Pärt : le génie estonien
Avec ces airs d’ermite orthodoxe, le vieil Estonien, aujourd’hui âgé de 91 ans, rayonne d’une gloire indiscutable, puisqu’il est le compositeur vivant le plus joué au monde. Pourtant, au début des années 70, persécuté par le régime soviétique pour ses thèmes chrétiens et son style inspiré du sérialisme occidental, il allait vivre une stérilité créatrice de presque dix ans. C’est le plain-chant grégorien et l’étude des compositeurs médiévaux, notamment français, qui lui permettront de surmonter sa crise et d’inventer le « tintinabulisme », un minimalisme musical à la fois dépouillé et mystique dont la capacité évocatoire extraordinaire lui assurera cette renommée universelle qui est aujourd’hui la sienne. Mythifié par Tarkovski dont il a envoûté plusieurs films, adulé par Björk, copié par Max Richter, Arvo Pärt, parmi mille distinctions, est également membre du Conseil pontifical pour la culture, créé en 1982 par saint Jean-Paul II. La Grâce est parfois étonnamment sensible. Romaric Sangars
LITTÉRATURE
Jon Fosse : le Nobel norvégien
Le prix Nobel de littérature 2023 qui avait achevé son discours à Stockholm par un détonnant « Et merci à Dieu ! », Jon Fosse, poursuivait ce jour-là et face au monde, d’une nouvelle manière, un style bien à lui fait de logorrhées singulières et de soudaines évidences. On le connaissait surtout pour son théâtre, mis en scène, sous nos latitudes, par Patrice Chéreau et Jacques Lassale au tournant des années 2000, alors qu’il apparaissait comme le nouveau Becket. Norvégien athée né dans un pays protestant, Fosse traverse de profondes crises intérieures et doit juguler son alcoolisme avant de se convertir au catholicisme en 2013, quatre ans après que Benoît XVI lui eut remis une médaille lors d’une rencontre avec les artistes à la Chapelle Sixtine. Son dernier roman, une ambitieuse Septologie en trois tomes, confirme son génie polyvalent et cet exploit typique des artistes chrétiens actuels d’atteindre à la transcendance par une simplicité reconquise sur le brouhaha moderne. RS
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THÉÂTRE ET POÉSIE
Valère Novarina : le poète furieux
Peintre, poète, dramaturge, le Franco-Suisse Valère Novarina n’élabore pas une œuvre « frontalement chrétienne », mais celle-ci refonde néanmoins le geste créateur selon des coordonnées mystiques et en repartant des paradoxes inouïs offerts par les pères de l’Église ou la théologie négative. Réévaluant le mystère de la parole en présentant l’homme comme un animal troué par ce don divin, Novarina a surpris le public en mettant en scène des éboulis verbaux qui permettraient, par une cure d’idiotie, de ressaisir la grâce. Entré au répertoire de la Comédie française en 2006, habitué du festival d’Avignon, le dramaturge a donné une conférence de Carême à Notre-Dame-de-Paris en 2018, sur le signe de la Croix, compilant à ce sujet comme une succession d’éclairs. Au contraire de la réaction minimaliste, Novarina serait plutôt dans l’extase profuse, laquelle, selon un autre paradoxe, purifierait le langage par l’excès, en retrouvant la jubilation génésique après un XXe siècle à la rationalité et l’abstraction asséchantes. RS
CHANSON
Rosalia : la diva pop
Il aurait pu s’agir d’une énième star interchangeable, de ces cantatrices pop qu’on voit se succéder au Super Bowl et se trémousser sur les habituelles infrabasses destinées à couvrir leur playback. Mais Rosalia, née en 1992 en Catalogne, est d’une autre trempe. Dès son premier album, Los Angeles, elle impose un style percutant, où ses racines andalouses ne sont pas réduites à de simples gimmicks mais imposent une noirceur et une mélancolie authentiques. Propulsée dans les charts par l’imparable Malemente, tube interplanétaire dans lequel son chant chaloupé devient la bande-son parfaite pour une virée nocturne sous haute tension, elle garde la tête froide et surtout ne reniera jamais sa foi chrétienne. Jusqu’à ce dernier album : Lux, où elle apparaît en religieuse, apaisée et en quête de lumière. Une anomalie dans une pop mondiale qui semble s’enfoncer au contraire dans un luciférisme goguenard… Marc Obregon
CINÉMA
Terence Malick : le visionnaire d’Hollywood
Terence Malick fut pendant longtemps une légende. Parce qu’il tournait très peu – trois films en trente ans – parce qu’il était connu pour faire attendre son équipe de tournage plusieurs jours pour qu’un rayon de soleil se pose sur un arbre, parce qu’il s’est longtemps retiré d’Hollywood pour se consacrer à l’archéologie, mais aussi et surtout parce que ses plus beaux films sont peut-être ce qu’il y a de plus abouti dans le projet fou de bâtir un cinéma chrétien. Voir The Tree of Life, film monumental qui relie le cosmos à l’intimité d’une famille rurale américaine, tout en faisant au passage la généalogie de la compassion depuis le paléolithique – entrevue comme la condition essentielle de toutes les grandes civilisations. Autant dire qu’on attend de pied ferme The Way of the Wind, sa propre version de la vie de Jésus, une arlésienne qu’il tourne depuis près de… huit ans. MO





