L’appel à la croisade lancé en 1095 par le pape Urbain II fait basculer l’Europe du jour au lendemain dans une de ses plus formidables aventures. Cette aventure, l’ordre des Templiers y joue les premiers rôles, attirant les fils des grandes familles aristocratiques vers une vie nouvelle, impensable jusque-là : celle de moine-soldat.
L’ordre qui finira dissous par un Philippe le Bel jaloux de sa puissance connaît pourtant des débuts bien modestes. À l’origine, dans la Jérusalem de l’aube du XIIe siècle tout juste conquise par les croisés, au cœur d’un monde chrétien qui sépare scrupuleusement les vocations religieuses et guerrières, il ne s’agit que d’une milice de chevaliers s’étant donné pour mission de protéger le Saint-Sépulcre.
Dans l’effervescence spirituelle de la Terre sainte, une idée inédite éclot alors : faire de ces chevaliers des moines
Rapidement, la dangerosité des routes du Proche-Orient empruntées par les pèlerins vers Jérusalem pousse ces chevaliers à les garder elles aussi. Mais dans l’effervescence spirituelle de la Terre sainte, une idée inédite éclot alors : faire de ces chevaliers des moines. Ce projet est entériné par le roi et le patriarche de Jérusalem au concile de Naplouse en 1120, qui crée officiellement la milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. Les chevaliers logeaient en effet dans une aile du palais royal censée avoir été bâtie sur les ruines du temple. Ils prononcent les trois vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance du monachisme, ainsi qu’un quatrième, celui de « garder voies et chemins contre les brigands, pour le salut des pèlerins ».
Cette première reconnaissance ne suffit pourtant pas à assurer la pérennité de la milice. Sans aucune autonomie financière, dépendant exclusivement de dons, inconnue en Europe où elle ne peut donc recruter, vecteur d’une martialisation sans précédent du clergé régulier qui n’a pas reçu l’approbation du pape, sa situation reste précaire. C’est pour cette raison que ses figures principales entreprennent en 1127 un voyage sur le Vieux Continent pour y récolter des soutiens. Ils l’arpentent deux ans durant et parviennent à séduire un grand nombre de nobles. Leur manque toujours cependant la reconnaissance papale, qui permettrait à la milice de devenir un ordre monastique à proprement parler, donc de jouir d’un prestige conséquent et de posséder des terres et des commerces pour se financer lui-même. Évidemment, cet adoubement du Saint-Siège est aussi un objectif en lui-même pour ces hommes d’une foi vibrante.
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Bénéficiant du soutien de poids de Bernard de Clairvaux, neveu d’un des membres de la milice et conquis par le projet, les chevaliers finissent par obtenir la convocation par le pape d’un concile à Troyes le 13 janvier 1129, qui accepte toutes leurs requêtes et fonde officiellement l’ordre des Templiers, doté de sa propre règle monastique. La même année, Bernard de Clairvaux écrit un Éloge de la nouvelle milice qui défend philosophiquement cette figure émergente du moine-soldat, la présentant comme l’aboutissement de l’idéal chevaleresque. Ce texte achève d’assurer la célébrité de l’ordre, qui devient rapidement une des forces qui comptent de l’Occident chrétien ; jusqu’à effrayer les rois, ce qui causera sa chute deux siècles plus tard.





