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Éditorial culture de l’été : contre la culture

Le numéro 44 est disponible depuis ce matin, en kiosque, par abonnement, et à la demande sur notre site. Voici l'éditorial culture, par Romaric Sangars.

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© Justin Campbell – Unsplash

La « société du spectacle », voici comment Guy Debord, dont l’affèterie para-scientifique typique des années 70 a très mal vieilli, désignait notre monde ; un monde soumis au régime de la marchandise, une fois la marchandise pulvérisée partout, devenue du symbole, de l’image, du mirage omniprésent. Dès lors que les choses sont considérées depuis ce piège, il reste deux genres d’artistes : ceux qui redoublent ce rêve narcotique ; ceux qui le corrodent par des fulgurances.

Promouvoir la « culture » comme une valeur intrinsèque est un crime contre l’art. La plupart des prétendus artistes qui nous environnent sont des « agents du culturel », les valets d’un pouvoir symbolique trompeur dont ils aggravent le joug, des propagandistes par la bande, qui, sous couvert de nous distraire, nous pourrissent. Mieux vaut contempler le défilé des nuages que de prêter un œil à la plupart des séries dont on propose de nous abreuver. Mieux vaut écouter le crissement des freins sur l’asphalte que la majorité des dégueulis mélodisés voués à nous endormir. Mieux vaut s’abandonner franchement au sommeil que de lire Édouard Louis et laisser le monde s’obscurcir davantage derrière les pages grotesques d’un raté couronné.

La grande majorité des écrivains, des musiciens, des scénaristes, des comédiens, sont des idiots qui posent aux sages en marmonnant les mantras à la mode, des domestiques de la doxa qui jouent aux rebelles tout en levant la patte, d’inoffensifs parvenus qui s’arrogent de fausses destinées. L’analphabète de banlieue brûlant la voiture de son oncle au jour de l’an apporte sans doute plus de lumière au monde. 

Lire aussi : Éditorial culture de mai : Goebbels moins le grandiose

L’art authentique n’a pas pour fonction de renforcer par ses prestiges les illusions rassurantes du Prince de ce monde, mais de fissurer l’écran. La véritable sagesse ne consiste pas à se réconcilier avec la bassesse par un réalisme résigné, mais à changer l’eau courante en alcool. L’important n’est pas d’être en paix avec soi-même comme le croient les bouddhistes et les arbres, mais d’être toujours galvanisé pour la guerre qui nous réclame – permanente, intérieure, totale.

La « culture » désigne essentiellement le décor de nos cellules mentales, les arômes propres à nous faire déglutir le mensonge, et, finalement, l’un des aspects de ce que révère par-dessus tout le petit-bourgeois mondialisé de New York à Tokyo : le confort. Le confort que procure le sommeil de l’âme, la paix avec le monde, l’hypnose sédative. Le confort, cette valeur d’esclave et de moderne. 

La beauté sera convulsive, et même, au stade d’assoupissement généralisé que nous avons atteint, il nous la faut survoltée, explosive, impitoyable. Chaque œuvre doit être un attentat. Tout au moins une provocation adressée aux fonctionnaires du sous-réel. Nous avons un faux monde tout entier à saboter de part en part. Ce sera cruel, ingrat, et terriblement excitant.

Nous sommes pour l’art. 
Nous sommes pour la guerre. 
Nous sommes pour l’ivresse.  

Et résolument : contre la culture.

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