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Critiques littérature du mois

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Publié le

24 septembre 2020

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ADO EN PROGRES

Boris Bergmann raconte trois destins d’adolescents dans trois époques, le XVIIIe siècle, les années 1960 et aujourd’hui, et trois pays, Italie, France, Maroc. De ces trois portraits se dégage un bel élan de romantisme, sur les thèmes de la révolte et de l’émancipation de la jeunesse. L’auteur tient bien ses trois fils, et ménage d’astucieux échos entre les parties. 

Dommage que le style soit approximatif : la semaine est « inépuisable », la fessée donnée « avec dévotion », la page web « radiée de l’écran », l’audience « compacte », etc. On bute sur les constructions bizarres (« C’est elle qu’on entend dans le noir résonner », « un noble, ça ne devrait pas sur un caillou tourner en rond »), et les pléonasmes : « tri sélectif », « ébruiter à d’autres », ou celui-ci, superbe : « Lorenzo les observe discrètement du coin de l’œil ». Attachant, malgré tout.

Bernard Quiriny

Les corps insurgés
Boris Bergmann
Calmann-Lévy
310 p. – 19,50 €

COMME UN NAVET DANS L’AVALANCHE

D’un côté, l’assistant parlementaire d’un député PS. De l’autre, une hackeuse. En fond, les Gilets jaunes. L’assistant, figurez-vous, va… perdre ses illusions sur la politique. Comme c’est original ! Avant de lâcher l’affaire, il en parle avec ses potes. Les dialogues ont des allures de dissertation de Sciences Po. « Et si l’État peut être séparé du capital, tu crois vraiment que cette séparation pourra être établie par des réformes ? »

Côté hackeuse, le roman ressemble un peu au Darkweb pour les Nuls : long, didactique, détaillé. Heureusement, il y a des répliques hilarantes. Un détenu, au parloir : « Quand je sortirai d’ici, je voudrais aller dans le désert. Et je me saoulerai de silence. » Tout est de ce niveau, scolaire, balourd, sérieux. Les derniers mots, « éclater de rire », sont peut-être une consigne.

Jérôme Malbert

Comme un empire dans un empire
Alice Zeniter
Flammarion
392 p. – 21 €

À TROP CHARGER LA BARQUE…

Le personnage de bourgeois catho tradi a la cote en cette rentrée. On le trouve dans le premier roman de Nicolas Rodier, Sale Bourge, qui met l’accent sur le côté Versailles, rallyes, statut social, et dans celui de Maylis Adhémar, Bénie soit Sixtine, qui évoque plus le côté prières et messe en latin. Sixtine, cinq frères et sœurs, épouse Pierre-Louis, polytechnicien, rejeton d’une famille intégriste. Pour se marier, elle rejoint les Frères de la Croix, la secte de la famille de Pierre-Louis. Au début tout va bien: maison à Nantes, bébé, miracle. Mais Sixtine en a bientôt ras-le-bol de sa belle-mère, envahissante (« Un médicament avant la messe, vous n’y pensez pas ? Avez-vous oublié le jeûne avant la communion ? »), et des Frères de la Croix, dont la violence lui répugne… 

Côté clichés, Maylis Adhémar charge la barque : tout y est, la Volvo Break, la maison en Bretagne, les prénoms (Foucault, Guilhem, Enguerrand). Quant à Pierre-Louis, c’est une caricature : m’as-tu-vu, homophobe, violent. D’autres personnages, heureusement, sont plus réussis : la belle-mère, sorte de Genitrix sadique à chapelet ; et le curé de village, humble et libéral. Sur les thèmes de l’emprise mentale, de la tyrannie domestique et de la vulnérabilité, Maylis Adhémar signe un roman efficace, à défaut d’être fin. Certaines scènes sont bien vues, qui montrent la domination sur Sixtine écrasée. L’auteur aurait pu écrire la même histoire dans n’importe quel milieu fondamentaliste ; mais la bourgeoisie catho est plus spectaculaire et résonne mieux, dans une société comme la nôtre. Dommage que la deuxième partie soit invraisemblable : Sixtine, enfuie de chez elle, se reconstruit auprès de gentils fumeurs de chicha qui lui apprennent à se maquiller et à ouvrir sa bière au briquet. Ne manque qu’un coucher de soleil et une chanson de Zaz. Là, la barque coule.

J.M.

Bénie soir sixtine 
Maylis Adhémar 
Julliard 
296 p. – 19 €

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