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Critiques musicales

Par

Publié le

29 décembre 2023

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Chaque mois, L’Incorrect sélectionne pour vous le meilleur et le pire de l’actualité culturelle. Perles rares ou navets survendus, authentiques exploits ou pathétiques arnaques, ici se poursuit l’ambition de distinguer. À rebours de la tyrannie du médiocre, du politiquement convenable et du consensus, nos critiques vous redonnent le sens des hiérarchies. Place aux critiques musicales de décembre.
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Mythe pop

On fait le malin, on cite des musiciens obscurs le petit doigt tendu vers les cieux, et puis l’on se retrouve à se déhancher après quelques Bloody Mary sur un titre de Dua Lipa, ne pouvant refuser de se dire que c’est quand même bien foutu. C’est un peu pénible. On pense à Roland Barthes qui traînait la nuit au Palace et l’on se demande si ça n’était pas par snobisme, par contre-pied, par dandysme, qu’il s’amusait à être là où l’on ne l’aurait pas imaginé. Pendant ce temps, nous sommes toujours à danser sur cet « Houdini » de Dua Lipa en tentant de se rassurer: oui, c’est Kevin Parker, Tame Impala himself, qui a produit le titre qui nous enjaille. Ce n’est pas rien. Le compositeur rock le plus intéressant des dix dernières années qui s’associe à une star internationale, à une diva contemporaine, à l’une des artistes les plus suivies du moment, pour créer une nouvelle mythologie pop. Le titre s’arrête, et l’on se dit qu’on aurait pu laisser Roland Barthes loin de tout ça, si l’on n’avait pas cette vilaine manie de toujours faire le malin. Emmanuel Domont

HOUDINI (SINGLE), DUA LIPA, disponible sur les plateformes

Pénible

C’est un naufrage auquel nous aurions aimé ne pas assister, quarante ans après le facétieux et sensuel Pull marine tricoté par Gainsbourg, Isabelle Adjani nous propose un nouvel album de chansons, composées cette fois-ci par l’horripilant Obispo fanqué de la compositrice électro DeLerantis. À mi-chemin entre la bande-son de séances de sophrologie, l’ASMR et le New Age à la Enigma, les quatorze titres de cet album peinent à séduire car ils donnent l’impression qu’Adjani, venant de découvrir Mylène Farmer et Massive Atack, essaye, pleine d’admiration et entre deux crises d’asthme, de les imiter, avec force vocodeur. L’album de duos – comme le titre Bande originale nous le laissait subtilement deviner – convoque une ribambelle de voix plus ou moins mâles parmi lesquelles le courageux auditeur saura reconnaître Daho, Seal, Roussel, Biolay (apparemment toujours pas guérit de son rhume) ou le célèbre postillonneur de la Canebière: Akhénaton. Pénible et prétentieux. Nicolas Pinet

ADJANI, BANDE ORIGINALE, ISABELLE ADJANI, Parlophone, 16,99€

À écouter en boucle

Dans ce registre, on avait déjà eu les excellents Yard Act qui venaient de Leeds et parvenaient avec beaucoup de classe à nous rendre euphoriques avec un cocktail de post-punk façon Te Fall et de talk-over qui devait autant au père (et fls, d’ail- leurs) Dury (Ian de son prénom) qu’à Mike Skinner de Te Streets. Les références sont là – comprenne qui pourra. On se moque d’ailleurs assez des références. Il faudrait arrêter cette vilaine tendance. Voilà, c’est dit. Getdown Services pousse le même bouchon encore plus loin et fait mousser notre plaisir encore plus fort. C’est plus organique, plus charnel, plus direct, plus dansant. La basse est partout dangereuse et méchante. Vicieuse. Ces types sont malins et pour ceux qui succomberont à leur charme, il sera difficile de passer l’automne et l’hiver prochains sans écouter l’excellent « Cream Of Te Crop »en boucle dans nos rues froides habillé d’un dufe-coat beige, écharpe écossaise autour du cou, le menton relevé et le pas assuré en direction du pub.

CRISPS, GETDOWN SERVICES, Breakfast Records, 19€

Un monument

Que cache Michel Polnareff derrière sa paire de lunette à monture blanche? Adoré, moqué, narcissique, provocateur, arrogant et touchant : comment donc percer le mystère de l’homme sans visage? C’est ce à quoi s’attache à faire Jean-Emmanuel Deluxe dans Polnaroïd, un bel ouvrage de plus de cent cinquante pages, composé de photos, de témoignages, de récits et de confessions exhumés d’anciens numéros de Rock & Folk. Deluxe aime Polnareff et on le remercie. Son livre se feuillette comme un album de famille tant le chanteur de « Love me, please love me » a su, un jour ou l’autre, faire irruption dans notre salon. Nous est rappelé qu’il fut bien moins influencé par l’Amérique que par l’Angleterre dont il importa le modernisme pop et quelle folie s’empara du Japon pour ce Frenchy, bien avant que les Nippons ne s’entichent de Jean Réno, ses déboires, sa fuite à Beverly Hills et comment naquit son fameux Live at the Roxy en 1995. À mettre sous le sapin avec l’autobiographie de Jacques Dutronc. Arthur de Watrigant

POLNAROÏD, JEAN-EMMANUEL DELUXE et RAECHEL LEIGH CARTER, Rock & Folk, 160p,
34,95€

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