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Cryptomonnaies : le féodalisme 2.0

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21 mai 2021

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Vous en avez déjà entendu parler, il s’agit du bitcoin ; une cryptomonnaie pouvant réduire la corruption mais dont les mauvais côtés prennent le pas sur les bons.
biiiiitcoin

Ça commence par des pizzas, ça finit par une Tesla. Fin 2008, alors qu’une crise financière secoue l’économie mondiale, le mystérieux Satoshi Nakamoto publie, sur la liste de diffusion metzdowd.com, le protocole de sa monnaie virtuelle, Bitcoin. Ce protocole a pour but de remplacer les banques par un registre comptable distribué et décentralisé en ligne, pour enregistrer, valider et horodater les transactions effectuées toutes les dix minutes sur le réseau Bitcoin. C’est ce registre que l’on nomme la « chaîne de bloc » (blockchain) puisque six fois par heure environ, un nouveau bloc contenant les informations des transactions effectuées dans les dix minutes qui ont précédé est ajouté à la chaîne. La validation d’un bloc de transaction permet de créer 6,25 bitcoins qui s’ajoutent aux 18 millions existant à l’heure actuelle et vient récompenser le « mineur » dont l’ordinateur a permis la validation d’un bloc de transactions.

Les outils comme la chaîne de blocs et les fausses bonnes idées comme le revenu universel dessinent un futur bien plus inquiétant que le monde verdoyant de l’« économie verte » et des sociétés interconnectées.

Chaque bitcoin créé dispose d’une signature numérique propre qui en fait un objet informatique impossible à reproduire. La récompense distribuée aux « mineurs » pour chaque bloc de transaction validé diminue de moitié tous les quatre ans et quand le chiffre de 21 millions sera atteint, il ne sera plus possible de créer le moindre bitcoin. On peut en attendant acquérir aujourd’hui un bitcoin en déboursant, au cours actuel, plus de 40 000 dollars, ou en le « minant », grâce à un équipement coûteux et en faisant exploser sa facture d’électricité. Le projet libertaire des débuts a laissé place à l’hystérie spéculative à tel point d’ailleurs que la flambée du prix du bitcoin a entraîné également la flambée du prix des cartes graphiques qui peuvent servir à miner du bitcoin, au grand désespoir des amateurs de jeux vidéo, maudissant le bitcoin, responsable d’une véritable pénurie de cartes graphiques.

De l’utopie au cadenassage mondial

Bitcoin aurait pu rester une sorte d’utopie et un jeu d’informaticiens si un certain Lazlo Hanyecz n’avait pas eu l’idée bizarre de proposer en 2010 sur le forum Bitcointalk de payer 10 000 BTC à quiconque lui ferait livrer… deux pizzas. Un autre utilisateur a répondu à son appel et les bitcoiners du monde entier célèbrent, le 22 mai de chaque année, le « Lazlo Day », qui marque le premier achat documenté d’un objet physique en bitcoins. À l’époque, 10 000 BTC représentaient à peu près 41 $. Aujourd’hui, les « pizzas de Lazlo » en vaudraient 450 millions. Le jeu libertaire a pris fin à ce moment-là, quand le bitcoin est devenu un objet de spéculation folle, au point qu’Elon Musk a annoncé le 8 février l’achat par son entreprise d’1,5 milliard de bitcoins. La décision de Musk a tellement plu aux bitcoiners que coinmarketcap.com, qui référence le cours de 8 000 cryptomonnaies a décidé, dans un clin d’œil au fantasque entrepreneur américain, d’indiquer en tête de son index, juste au-dessus du cours du bitcoin, le prix unitaire d’une Tesla Model 3 : 37 990 $. Juste histoire de permettre aux détenteurs de bitcoins ou autre cryptos de savoir s’ils sont « Tesla éligibles ».

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Christine Lagarde, l’ancien ministre de l’Économie de Nicolas Sarkozy, condamnée en 2016 pour « négligence » dans sa gestion de l’Affaire Adidas, mais recasée sans problème à la tête du FMI, puis de la BCE, a, elle, annoncé que jamais la BCE n’achèterait le moindre bitcoin. Et pour cause : la BCE, comme les autres banques centrales dans le monde, voudrait bien créer sa propre monnaie virtuelle et disposer de sa propre « chaîne de blocs ». On comprend la BCE. Ce registre virtuel infalsifiable, dont il est possible de mettre à jour instantanément les multiples copies est un véritable rêve de banquier. Avec la blockchain, finis la corruption, les détournements de fonds mais aussi les petits arrangements avec son découvert autorisé et son banquier et bonjour la gestion automatisée de l’argent. Comme le souligne l’économiste Pippa Malmgren : « En bref, la monnaie virtuelle plus la blockchain représentent l’arrêt de mort du marché noir. Les gouvernements seront en mesure de taxer les transactions au moment exact où elles interviennent. Cela améliorerait les finances de n’importe quel gouvernement de manière positive et permanente ». Mais, comme le souligne également l’économiste, le prix à payer peut-être lourd : « Il y a une face sombre. Même les paiements en nature pourront être découverts. Il sera difficile d’expliquer pourquoi vous vous présentez chaque jour sur le chantier alors que vous n’apparaissez pas sur le tableau des paiements ».

L’enfer est pavé de niaises intentions.

Dans les indigestes 200 pages de The Great Reset, le livre du fondateur du forum économique de Davos, Klaus Schwab, et du consultant Thierry Malleret, dont on se demande comment ment il a pu faire couler autant d’encre complotiste tant l’ouvrage est d’une platitude a1igeante, les deux auteurs s’extasient sur les promesses du solutionnisme technologique. L’enfer est pavé de niaises intentions. Les outils comme la chaîne de blocs et les fausses bonnes idées comme le revenu universel dessinent un futur bien plus inquiétant que le monde verdoyant de l’« économie verte » et des sociétés interconnectées que Schwab et Malleret décrivent avec des trémolos dans la voix. Difficile d’imaginer que, dans un monde où un registre en ligne infalsifiable pourrait gérer à la fois le revenu versé aux citoyens d’un État, en même temps que les multiples informations concernant leur santé, leurs habitudes de consommation, voire leur orientation religieuse, idéologique ou sexuelle, il serait totalement impossible de basculer dans une version ultraconnectée de 1984.

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Très symboliquement, l’une des plus ardentes avocates de la technologie de la chaîne de blocs a été Blythe Masters, économiste et femme d’affaires, à l’origine d’un nouveau produit financier, le credit default swap (CDS), ou couver- ture de défaillance, et que le journal britannique the Guardian présentait comme « la femme qui a inventé les armes financières de destruction massive ». Lors d’une conférence prononcée en 2017, la financière formulait cependant un regret : « Nous voulons tous une solution non-fragmentée. Mais la version utopique d’une seule blockchain pour les gouverner toutes est à la fois indésirable et impraticable ». Dommage, « une blockchain pour les gouverner toutes », ça sonnait bien. Reste, l’autre alternative, que des chercheurs américains entrevoient avec le développement de ces nouvelles technologies : « Elles pourraient au contraire ouvrir une ère de « néo-féodalisme » et accentuer les clivages sociaux, surtout si leur adoption est réalisée naïvement, en se concentrant seulement sur des questions de faisabilité technique ». Entre 1984. com et le féodalisme financier, fais ton choix camarade ! Le vieux monde est derrière toi !

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