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Cryptomonnaies : le féodalisme 2.0

Vous en avez déjà entendu parler, il s'agit du bitcoin ; une cryptomonnaie pouvant réduire la corruption mais dont les mauvais côtés prennent le pas sur les bons.

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© DR

Ça commence par des pizzas, ça finit par une Tesla. Fin 2008, alors qu’une crise financière secoue l’économie mondiale, le mystérieux Satoshi Nakamoto publie, sur la liste de diffusion metzdowd.com, le protocole de sa monnaie virtuelle, Bitcoin. Ce protocole a pour but de remplacer les banques par un registre comptable distribué et décentralisé en ligne, pour enregistrer, valider et horodater les transactions effectuées toutes les dix minutes sur le réseau Bitcoin. C’est ce registre que l’on nomme la « chaîne de bloc » (blockchain) puisque six fois par heure environ, un nouveau bloc contenant les informations des transactions effectuées dans les dix minutes qui ont précédé est ajouté à la chaîne. La validation d’un bloc de transaction permet de créer 6,25 bitcoins qui s’ajoutent aux 18 millions existant à l’heure actuelle et vient récompenser le « mineur » dont l’ordinateur a permis la validation d’un bloc de transactions. Chaque bitcoin créé dispose d’une signature numérique propre qui en fait un objet informatique impossible à reproduire. La récompense distribuée aux « mineurs » pour chaque bloc de transaction validé diminue de moitié tous les quatre ans et quand le chiffre de 21 millions sera atteint, il ne sera plus possible de créer le moindre bitcoin. On peut en attendant acquérir aujourd’hui un bitcoin en déboursant, au cours actuel, plus de 40 000 dollars, ou en le « minant », grâce à un équipement coûteux et en faisant exploser sa facture d’électricité. Le projet libertaire des débuts a laissé place à l’hystérie spéculative à tel point d’ailleurs que la flambée du prix du bitcoin a entraîné également la flambée du prix des cartes graphiques qui peuvent servir à miner du bitcoin, au grand désespoir des amateurs de jeux vidéo, maudissant le bitcoin, responsable d’une véritable pénurie de cartes graphiques.

De l’utopie au cadenassage mondial

Bitcoin aurait pu rester une sorte d’utopie et un jeu d’informaticiens si un certain Lazlo Hanyecz n’avait pas eu l’idée bizarre de proposer en 2010 sur le forum Bitcointalk de payer 10 000 BTC à quiconque lui ferait livrer… deux pizzas. Un autre utilisateur a répondu à son appel et les bitcoiners du monde entier célèbrent, le 22 mai de chaque année, le « Lazlo Day », qui marque le premier achat documenté d’un objet physique en bitcoins. À l’époque, 10 000 BTC représentaient à peu près 41 $. Aujourd’hui, les « pizzas de Lazlo » en vaudraient 450 millions. Le jeu libertaire a pris fin à ce moment-là, quand le bitcoin est devenu un objet de spéculation folle, au point qu’Elon Musk a annoncé le 8 février l’achat par son entreprise d’1,5 milliard de bitcoins. La décision de Musk a tellement plu aux bitcoiners que coinmarketcap.com, qui référence le cours de 8 000 cryptomonnaies a décidé, dans un clin d’œil au fantasque entrepreneur américain, d’indiquer en tête de son index, juste au-dessus du cours du bitcoin, le prix unitaire d’une Tesla Model 3 : 37 990 $. Juste histoire de permettre aux détenteurs de bitcoins ou autre cryptos de savoir s’ils sont « Tesla éligibles ». Christine Lagarde, l’ancien ministre de l’Économie de Nicolas Sarkozy, condamnée en 2016 pour « négligence » dans sa gestion de l’Affaire Adidas, mais recasée sans problème à la tête du FMI, puis de la BCE, a, elle, annoncé que jamais la BCE n’achèterait le moindre bitcoin. Et pour cause : la BCE, comme les autres banques centrales dans le monde, voudrait bien créer sa propre monnaie virtuelle et disposer de sa propre « chaîne de blocs ». On comprend la BCE. Ce registre virtuel infalsifiable, dont il est possible de mettre à jour instantanément les multiples copies est un véritable rêve de banquier. Avec la blockchain, finis la corruption, les détournements de fonds mais aussi les petits arrangements avec son découvert autorisé et son banquier et bonjour la gestion automatisée de l’argent. Comme le souligne l’économiste Pippa Malmgren : « En bref, la monnaie virtuelle plus la blockchain représentent l’arrêt de mort du marché noir. Les gouvernements seront en mesure de taxer les transactions au moment exact où elles interviennent. Cela améliorerait les finances de n’importe quel gouvernement de manière positive et permanente ». Mais, comme le souligne également l’économiste, le prix à payer peut-être lourd : « Il y a une face sombre. Même les paiements en nature pourront être découverts. Il sera difficile d’expliquer pourquoi vous vous présentez chaque jour sur le chantier alors que vous n’apparaissez pas sur le tableau des paiements [...]  ».

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