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Capitalisme industriel et financier : de quoi l’élection de Joe Biden est-elle le nom ?

Fort de ses bons résultats économiques ante-Covid – plus de 2,5 % de croissance annuelle et chômage à 3,5 % – Trump a longtemps cru à sa réélection. La crise sanitaire a pourtant rebattu les cartes, et l’élection de Biden annonce une redéfinition de la politique industrielle vers les nouvelles technologies, ainsi qu’un climat plus favorable pour la haute finance.

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Élu en 2016 par l’Amérique blanche déclassée, et ayant fort symboliquement remporté le scrutin grâce à la Rust Belt, Donald Trump avait bâti son programme économique sur la résurgence du capitalisme industriel – notamment les industries lourdes pétrolière, militaire et automobile. Simplification des normes et baisse de l’impôt sur les sociétés (de 35 % à 21 %) pour dynamiser les entreprises ; diminution des impôts des ménages (-8 %) pour créer un choc de demande, quitte à faire croître la dette publique fédérale (+16 % dès fin 2019) : la thérapie de choc a été significative. Sur le plan extérieur, il a changé le braquet de la politique commerciale en substituant à l’orthodoxie du libre-échange une politique protectionniste, seule à même de défendre les intérêts nationaux via la hausse des tarifs douaniers et la renégociation des accords commerciaux jugés défavorables.

Des industries lourdes aux nouvelles technologies vertes

Les résultats industriels de la présidence Trump n’en restent pas moins limités. Certes, les taux de croissance de la production industrielle ont affiché de belles progressions ; pourtant, la part stable des emplois industriels dans l’emploi total signifie que ce secteur n’a pas crû plus rapidement que les autres. Cette relative lenteur du basculement industrialiste, il l’a imputée à la FED et à sa politique de taux d’intérêt élevé, qui a freiné les investissements en incitant à l’épargne. Ce constat ne signifie cependant pas un échec à proprement parler : la réindustrialisation est une politique structurelle lourde qui demande bien plus que les quatre années d’un mandat présidentiel pour être menée à bien. Déçue, la Rust Belt n’en est pas moins repassée dans l’escarcelle démocrate.

En clair, le contexte sanitaire offre à Joe Biden la toile de fond idéale pour mener une politique keynésienne de relance technologique et écologique massive

Quid de ce rêve d’un renouveau du capitalisme industriel sous Joe Biden ? Loin d’être défavorable à l’industrie, le nouveau président prévoit plutôt de l’orienter dans une direction nouvelle. Exeunt les industries lourdes, place aux énergies vertes et aux nouvelles technologies. Début mars, le Congrès adoptait un plan de relance centré sur la pandémie à hauteur de 1900 milliards de dollars. Depuis, Biden a dévoilé son plan d’investissement massif, lui aussi chiffré à près de 2 000 milliards de dollars, et dont la lutte contre le réchauffement climatique et contre les inégalités sont les deux objectifs affichés. Près de 650 milliards seront fléchés vers le renouvellement des infrastructures de transport, 300 milliards dans l’habitat, et 300 autres dans l’industrie. Le secteur des voitures électriques aura une place centrale dans ce dispositif, et le nouveau gouvernement espère y créer près d’un million d’emplois. En clair, le contexte sanitaire offre à Joe Biden la toile de fond idéale pour mener une politique keynésienne de relance technologique et écologique massive. Ce discours industrialiste lui a permis de séduire des États clefs, mais aura comparativement à Trump une place bien moins centrale du fait d’un électorat plus urbain et tertiairisé.

Vers un contrôle plus étroit des marchés ?

Loin d’avoir affronté la haute finance au nom des petites gens, Trump l’a largement favorisée par la baisse drastique des impôts et la déréglementation financière qu’il a opérée. Plusieurs dispositions de la loi Dodd-Frank votée en 2010 en réponse à la crise pour contrôler Wall Street ont par exemple été abrogées, favorisant de facto les mouvements et gains financiers. De fait, en quatre ans, le Dow Jones a gagné 56 % et le Nasdaq 142 %, bien aidés en cela par les injections monétaires de la FED pour soutenir l’économie depuis le début de la crise du Covid. Les GAFAM ont particulièrement tiré leur épingle du jeu, avec des hausses de 150 % pour Facebook, de 300 % pour Microsoft et de 450 % pour Amazon.

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