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Six ans après la mort précoce du chanteur mythique de Taxi Girl, un documentaire lui rend hommage et nous offre l’émouvant portrait chinois d’un écorché.
Daniel Darc ne voulait pas mourir à 53 ans, c’était, selon lui, ou trop jeune ou trop vieux, il fallait mourir foudroyé dans sa jeunesse, à 27 ans idéalement pour appartenir au club des 27 de Jimi Hendrix et Janis Joplin, ou finir tard, mais pas entre les deux. Le sort en aura hélas décidé autrement et c’est à cet âge-là que le chanteur de Taxi Girl, passé par la drogue, par la starification pour piétiner une bonne décennie sur la case has-been, aura été rappelé au Père, auquel il croyait, alors qu’il était pour sa part, comme on dit dans ce milieu, devenu culte : état de grâce de la culture pop que seuls quelques rares élus connaissent !
DARC INTIME
C’est pour lui rendre hommage que Marc Dufaud, un de ses amis proches, et Thierry Villeneuve ont réalisé ce film, conçu d’images d’archives filmées par le premier depuis 1991. Comme son titre l’indique, Daniel Darc, Pieces of my life, ne se veut pas un biopic construit chronologiquement, mais plutôt une variation sur le thème de Daniel Darc, au travers de ses passions, le rock, Dieu, mais aussi la drogue dont un shoot est filmé en gros plan. La qualité du film, qui collectionne quelques témoignages d’amis sans jamais en abuser pour autant, préférant se centrer autour de quelques figures particulières, telles que son guitariste Georges Betzounis ou Frédéric Lo qui composera pour Darc, Crèvecœur, l’album de la résurrection, sorti en 2004, repose en effet sur la figure d’un Daniel Darc intime. Loin de la mythologie du personnage, on le retrouve tel qu’on le savait déjà, attachant et écorché, on y découvre aussi un individu paradoxalement narcissique et un peu agaçant, à la manière d’un enfant qui veut attirer l’attention.
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QUAND LE ROCK EST ANACHRONIQUE
Ce documentaire dresse aussi le portrait d’un chanteur, survivant d’une génération décimée ou vendue, pour lequel l’art devait au moins tenter de rencontrer une forme d’authenticité quitte à se perdre dans le tourbillon de la déchéance et celui d’une discographie inégale où se partagent l’ennui et les vrais moments de génie, les fulgurances et le passable. C’est qu’à tout le moins, Daniel Darc aura été, comme souvent tout ce qui est sincère, anachronique, jusque dans sa mort, alors qu’après mille overdoses, et pas encore vieux, il n’était plus temps pour lui de mourir. En creux, c’est le rock lui-même, et son destin, que la figure de Darc synthétise ici : un genre qui se survit à lui-même plus ou moins bien, malgré les récupérations et les morts plusieurs fois annoncées, mais que des artistes, au-delà de la mode et des poses, au-delà du consumérisme, tel Darc, continuent d’honorer en espèce de rockers des catacombes, comme il en était des chrétiens jadis. Daniel Darc disait que pour lui il n’y avait plus que deux façons d’être authentique : le rock et le christianisme. Ici-bas, alors, il aura accompli sa mission…
Charles de Harlotte-Chomi
DANIEL DARC, PIECES OF MY LIFE (1 h 41) – de Marc Dufaud et Thierry Villeneuve – Avec Daniel Darc, Frédéric Lo, Georges Betzounis En salles le 24 juillet
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