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Jean Genet reste adulé par la « gauche caviar ». La vulgate sartrienne, qui l’a transformé en victime exemplaire de la société, s’est définitivement imposée à son sujet.
Enfant de l’Assistance Publique, homosexuel, taulard, il ne pouvait être que le proscrit, le réprouvé-né, la proie toute désignée à la méchanceté des « honnêtes gens ». Sans doute le mythe Genet est-il, avec quelques autres, à l’origine de cette détestable attitude qui consiste à déclarer la société coupable du moindre méfait de la dernière petite gouape, attitude qui a pour conséquence, quelques décennies plus tard, l’écrasement au quotidien des victimes, du moins, de celles qui ne peuvent se prévaloir d’aucune appartenance minoritaire.
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Or, le petit Jean fut choyé par sa famille d’accueil qui le traita en enfant-roi comme l’a montré Ivan Jablonka dans son excellente étude (Les vérités inavouables de Jean Genet, Le Seuil), la seule à s’appuyer sur les archives de l’Assistance Publique. Genet fut un virtuose de la dissimulation, un manipulateur de haut rang. Les pervers sont bien souvent d’anciens enfants gâtés dont l’orgueil fut malmené par l’âge adulte, ainsi Hitler dont il s’est toujours affirmé un vif admirateur et dont il partagea l’antisémitisme. Genet ne fut pas un défenseur des opprimés, n’a jamais souhaité l’émancipation de personne, n’a rien dénoncé, pas davantage démystifié les mécanismes de l’oppression mais célébré le Mal pour lui-même, exhorté les humiliés à la vengeance puis à se vautrer, à leur tour, dans l’abjection. Et la gauche qui l’encense depuis des décennies n’en veut rien savoir.
Genet ne fut pas un défenseur des opprimés, n’a jamais souhaité l’émancipation de personne, n’a rien dénoncé, pas davantage démystifié les mécanismes de l’oppression mais célébré le Mal pour lui-même.
« Pédéraste sans talent » ? Certes pas, mais dont l’œuvre est surfaite, assurément. Celle-ci paraît souvent un copieux pastiche de Marcel Jouhandeau, grand écrivain hélas oublié mais que Genet, lui, a bien connu, et dont le somptueux classicisme le surplombe et l’écrase. Accordons-lui l’art de la provocation, également d’avoir assumé son homosexualité avec panache à une époque qui la criminalisait (tandis que la nôtre l’encouragerait plutôt). Et puis, lui ne se serait pas égaré dans la quête de reconnaissance, n’aurait pas exigé l’agrément des pouvoirs publics, encore moins l’obtention de « nouveaux droits », bref, n’aurait rien eu de commun avec notre bourgeoisie arc-en-ciel, laquelle, bien qu’elle s’en réclame constamment, ne lui arrivera jamais à la cheville. C’est dire si elle est peu de chose.
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