Au printemps dernier, Boris Johnson était sévèrement frappé par le coronavirus. Il s’en est sorti et a pu quitter l’hôpital à temps pour accueillir son nouveau-né dont l’un des prénoms, Nicholas, est un hommage aux deux médecins homonymes que le Premier Ministre britannique crédite de lui avoir sauvé la vie. Boris Johnson s’en est sorti. Mais on murmure que cette épreuve l’a affaibli. De fait, il lui arrive ces temps-ci de laisser son auditoire coi.
À la conférence annuelle du parti Tory, revenant sur le fait qu’il avait contracté le virus, il a déclaré tout de go : « Mes amis, j’étais trop gros », avant d’annoncer à ses électeurs qu’il avait, depuis, perdu 12 kilos… Sa nouvelle silhouette ne parlant pas d’elle-même, c’était une info, mais le scoop a pu sembler hors de propos vu la crise économique qui couve, doublée des complexes négociations en cours sur le Brexit. Dans son discours, Johnson a aussi insisté sur sa passion du moment : le vent. « Le Royaume-Uni sera au vent ce que l’Arabie saoudite est au pétrole : une terre de ressources illimitées », a-t-il claironné. Autour de son île, il veut couvrir l’horizon maritime de champs d’éoliennes offshore. Pour la conservation des paysages, on repassera. Quant aux restrictions drastiques des libertés individuelles pour contenir la propagation du virus, elles n’ont rien à envier à nos couvre-feux, et désespèrent les électeurs tory soucieux du live and let live.
L’artisan du triomphe historique des Conservateurs aux élections de décembre 2019 est méconnaissable. BoJo aurait perdu son mojo. Et le travailliste de base de demander, sarcastique, à son ami tory : « Alors, tu regrettes d’avoir voté pour un gouvernement conservateur ? » À quoi le tory de base, éprouvé aux sarcasmes, réplique : « Je regrette de ne pas avoir un gouvernement conservateur ».
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C’est vite dit. Depuis la rentrée, il faut reconnaître à l’équipe Johnson d’avoir remis les points sur quelques i importants et œuvré à contenir des velléités progressistes qu’il convient de surveiller comme le lait sur le feu.
On se souvient qu’en juin, alors que 10 000 manifestants défilaient à Bristol sous la bannière Black Lives Matter, la foule en furie avait jeté à l’eau la statue de bronze d’Edward Colston (1636-1721), philanthrope et bienfaiteur de la ville, impliqué dans le commerce d’esclaves. Toutes les sculptures du pays s’étaient mises à trembler jusques et y compris celles de Winston Churchill. À la fin de l’été, Olivier Dowden, secrétaire d’État à la Culture, a rédigé un courrier à l’adresse des conservateurs de musées gagnés par la fièvre décoloniale et diversitaire. Les responsables de toutes les institutions bénéficiant de fonds publics, British Museum, National Portrait Gallery, Tate, British Library, Victoria and Albert Museum et bien d’autres à travers le pays se sont fait dire que tout déplacement d’objets ou de statues sous la pression des activistes aurait des conséquences sur leurs budgets. Le secrétaire d’État a signifié que par ces temps difficiles le gouvernement regarderait de près aux dépenses et que l’argent des contribuables britanniques n’avait pas vocation à financer le révisionnisme historique.
Tandis que le nouveau chef du Labour, Keir Starmer, s’était précipité pour mettre un genou à terre, singeant sans réfléchir la pantomime en vogue chez les anti-racistes de métier, fin octobre, Kemi Badenoch, ministre des Égalités du gouvernement Johnson, s’attachait à démasquer Black Lives Matter. Dans une déclaration fracassante aux Communes, la ministre d’origine nigériane condamnait l’activisme destructeur et porteur de division de ce mouvement ainsi que les tartuffes qui l’inspirent : « Je voudrais parler ici d’une évolution dangereuse dans les relations raciales, qui me concerne de près [les trois enfants de la ministre sont le fruit d’un mariage mixte, ndlr], à savoir la promotion de la Théorie Critique Raciale, une idéologie qui voit les noirs comme des victimes et les blancs comme des oppresseurs ». Elle a rappelé que BLM n’est pas une organisation anti-raciste mais bien un mouvement politique. Du reste, BLM-UK vient de solliciter auprès de la commission électorale britannique le statut de parti politique, accréditant les propos de Badenoch et éventant un secret de polichinelle. Le faux-nez anti-raciste de BLM n’aura pas suffi à dissimuler sa vocation anti-capitaliste et progressiste.
La ministre a rappelé cet épisode navrant d’un groupe de manifestants BLM blancs insultant un agent de police noir en poste devant le 10 Downing Street en le traitant de « nègre de service »
Mais s’il fallait encore prouver la chose, la ministre a rappelé cet épisode navrant d’un groupe de manifestants BLM blancs insultant un agent de police noir en poste devant le 10 Downing Street en le traitant de « nègre de service » (« pet nigger », dans le texte). « Voilà pourquoi nous ne soutenons pas ce mouvement de ce côté-ci du Parlement », a-t-elle assené, avant d’ajouter : « Et il serait bienvenu que les membres de l’opposition condamnent enfin un certain nombre d’actions menées par ce mouvement politique […] Nous refusons que des professeurs enseignent à leurs élèves blancs les idées de privilège blanc ou de culpabilité raciale héréditaire. Soyons clairs : une école qui enseignerait ces éléments de la Théorie Critique Raciale comme des faits objectifs ou qui ferait la promotion d’opinions politiques comme celle de supprimer les budgets de la police, sans les mettre en perspective avec le point de vue opposé, enfreindrait la loi ». La ministre aura ainsi rappelé à l’ordre les écoles enivrées par le militantisme victimaire au point d’en oublier leur devoir de neutralité politique.
Dans le même esprit, le ministère de l’Éducation a aussi publié une directive recommandant aux professeurs du secondaire d’enseigner la tolérance à leurs élèves, de leur conter les méfaits de la cancel culture (condamnation à la mort sociale pour opinion déviante) et du no platforming (le fait d’interdire de tribune un conférencier dont on ne partage pas l’opinion, pratique répandue sur les campus) et l’importance de la liberté d’expression (dire qu’on en est arrivé là au pays de John Stuart Mill !)

Toujours à l’école, exit l’idéologie transgenre. On tourne la page mortifère du slogan « je ne suis pas né dans le bon corps » qui encourageait les enfants à recourir à des traitements hormonaux pour adapter leur corps à leur psychologie plutôt que l’inverse. Exeunt les matériaux pédagogiques expliquant aux élèves de primaire qu’ils peuvent décider de leur genre et qu’un garçon peut être en réalité une fille, comme la petite histoire du crayon bleu qui se sent rouge, destinée aux 4-8 ans. Le ministère de l’Éducation recommande désormais un livre intitulé My body is me (Mon corps, c’est moi).
Enfin Liz Truss, ministre des Femmes, a tranché la question de l’auto-identification. Theresa May avait organisé une vaste consultation nationale sur le sujet. Fin des louvoiements, le gouvernement a tranché : il ne sera pas possible de changer de genre à l’état-civil, c’est-à-dire de s’auto-déclarer homme ou femme, indépendamment de son sexe.
Le parti conservateur fait bien de se positionner sur la question transgenre quand on sait combien elle divise le parti travailliste et a quasiment anéanti le parti Lib Dem qui n’en finit pas de se prendre les pieds dans les pièges des politiques identitaires et qui, après avoir misé sur une opposition dogmatique au Brexit, a fait de la lutte contre la transphobie une priorité, ce qui lui vaut aujourd’hui d’être soutenu par 6 % de la population. De l’importance d’être conservateur…





