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DéLIBERATI du mal, de la Sofres à Saint-Simon

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Publié le

23 février 2022

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« L’homme se dépeint par quelques mots qu’il laisse échapper. Dès qu’il fait une phrase entière il ment » Jules Renard, Journal – « On ne se quitte jamais bien car si on était bien, on ne se quitterait pas » Marcel Proust, le côté des Guermantes II – « Pour dire quelque chose, je dis des choses que je ne devrais pas dire » Paul Léautaud, Journal – « Aidez-moi doux Seigneur et j’oublierai la plage » Louise de Vilmorin.
liberati

Ce livre est une œuvre d’art, et comme toutes les œuvres d’art il ne sert à rien, seulement à exister. Les pages peuvent s’ouvrir au hasard, comme une bible, pour y trouver ce qu’on cherchait et encore plus – comme un bon texto, une nouvelle manière de porter une veste. La littérature est tellement solide qu’elle n’a pas besoin de narration.

Doit-on encore présenter Simon Liberati, journaliste (de 20 ans à Vogue)  mondain, alcoolique (on se souvient de son passage chez Ardisson), anthologiste de génie (113 études de littérature romantique), écrivain à paillettes et destin brisé, aristocrate white trash sans château.

L’écho est ici intime. Ce journal – comme tout livre – est une déclaration d’amour à Eva Ionesco. Sont-ils vraiment séparés ? Peut-on se séparer vraiment ? L’autre nous dérange toujours, dans l’absence comme dans la présence. « L’autre pue » dit-il. Et de continuer, « mais il brise une certaine facilité d’être seul qui m’aurait desséché ».

Les choses sont toujours menacées, précaires, comme les états de grâce.

Il aime les ruines d’Armentières sur Ourq, les monuments aux morts d’Oulchy le Château, les tombeaux abandonnés comme le bois du Mausolée, la désolation des lieux comme les pin-ups assassinées et le vieux cuir des bagnoles anciennes ; la peinture aussi, notamment le portrait de Lady Alston par Thomas Gainsborough au Louvre.

Il sait que l’œuvre change l’essence même de l’être.

Lire aussi : Simon Liberati : journal d’un oiseau de nuit

Son sado-masochisme est romantique – il donne du réconfort en même temps qu’un coup de couteau. C’est en cela qu’il peut se définir « entre Tel Quel et Purple ».

Simon Liberati aime l’observation de caractère. Il recueille et recoupe. Il essaye de comprendre l’autre ce qui le fait aller dans tous les sens.

Les anecdotes sont cocasses – on apprend qu’il coupe du parfum avec des glaçons et de l’eau quand il manque d’alcool (ne le faites pas chez vous), qu’il nettoie les cabinets à l’eau de Javel quand il a des soucis d’argent, il joue à se trancher les artères mais préfère toujours choisir un saucisson. Les soirées n’en finissent pas.

On y rencontre Soral, qui porte un cutter dans sa poche et le même blouson en cuir qu’Edwige, beau et inquiétant. Il aimerait étudier les liens entre l’esthétique du fascisme et celle du rock’n roll (cuir, bottes et Totenkopf).

Les anecdotes historiques sont adorables – on apprend que les services secrets anglais avaient chargé Aleister Crowley de rédiger de faux horoscopes pour démoraliser Hitler. Les références sont chics, on cite la nécrologie de Schiaparelli dans France Soir dans Téléx n°1 de Jean-Jacques Schuhl : « Elle mit la première les femmes en pantalon d’intérieur ou en pyjama du soir. »

Le dérisoire est à associer à la phrase de Marguerite Yourcenar sur la psychanalyse (et les journaux intimes ?) : c’est une pauvre mythologie.

Le plaisir est le devoir de chaque jour semble être une juste leçon de l’Ancien Régime. Liberati sait que la sensibilité est directement couplée à la sensualité, et que l’intelligence réelle est voluptueuse. Et c’est pour ça qu’il roulera des pelles jusqu’à la fin.

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