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Diam’s, Hanouna et la France

L'étude de Cyril Hanouna et de son émission permet à tout un chacun de constater efficacement l'étendue de la décomposition intellectuelle de notre société. L'histoire de Diam's en est un exemple frappant.

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© Capture d'écran Twitter

Est-ce un divertissement ? Une émission de débat ? D’information ? Qu’est-ce donc que le concept de Cyril Hanouna ? Il arrive de temps en temps que votre serviteur se force à regarder. Oui, l’émission a parfois des témoignages exclusifs qui méritent d’être vus, qui nous instruisent sur les choses de l’époque, ses mœurs et ses tabous. L’intérêt de l’émission était donc de recueillir le témoignage de son animateur principal sur les évènements du Stade de France, où il a été vu franchissant une barrière avec l’aide d’un stadier. Pourtant, c’était la partie sur Diam’s qui nous en disait le plus long…

La séquence du Quart d’heure sans filtre était ainsi consacrée à la rappeuse retraité Diam’s, le titre ne faisant pas mystère de l’orientation du débat : « Diam’s sort du silence après dix ans d’absence : êtes-vous choqués par les critiques contre elle ? » À l’exception notable de la chroniqueuse Géraldine Maillet, les autres intervenants ont tous répondu par l’affirmative. Ils se sont dits « choqués » par le fait qu’on puisse critiquer Diam’s, rendant responsables les « extrêmes » d’une cabale visant l’infortunée Mélanie. Chez Hanouna, on appelle les artistes par leurs prénoms, bientôt en fera-t-on de même avec le Président de la République. On se connait, on se fréquente, on se tutoie.

On pourrait même penser que son voile est l’apparat extérieur d’une sincère humilité, d’une modestie face aux mystères de l’univers détenus par le Dieu unique auquel croient les musulmans pieux.

Par principe, il ne faudrait pas critiquer le choix de la rappeuse, marqué du sceau de la spiritualité. Une conception libérale parfaitement louable en soi. Libre de ses choix, Diam’s n’a guère fait de prosélytisme religieux au cours des ans, se contentant d’apparaitre épisodiquement dans quelques clichés volés avec son époux et constamment revêtue de son voile islamique. Croyante, Diam’s l’est à la manière des nouveaux convertis ; fervente, zélée, sauvée par l’éternel. On pourrait même, avec un peu d’imagination et de bonne volonté, penser que son voile est l’apparat extérieur d’une sincère humilité, d’une modestie face aux mystères de l’univers détenus par le Dieu unique auquel croient les musulmans pieux.

Sans cette conversion, celle qui a écrit des titres aussi majeurs que « La Boulette » , « Laisse-moi kiffer la vibe avec mon mec », ou l’impérissable « Confessions nocturnes » en « featuring » avec sa sista Vitaa, près de laquelle elle vit désormais à Marrakech ainsi que le chanteur Slimaane, se serait supprimée. Elle a préféré en finir avec la musique qu’avec la vie, au grand dam d’une partie de ses fans. Pour Gilles Verdez, c’est entendu : toute critique ne peut qu’être infâme. Il faut respecter le choix de Diam’s. Il n’a pas tort. Elle est libre, personne ne l’a obligée à se voiler. Elle s’est même très probablement sauvée dans l’orthopraxie propre à l’islam – ou, si l’on a sa foi, elle a été sauvée et reconvertie -. 

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Mais le fait qu’elle soit sortie de sa dépression, doit-il empêcher toute critique ? Faut-il sanctuariser la religion, empêcher son examen ou même se moquer de ses fidèles ? Pour ce qui concerne Diam’s plus précisément, ainsi que de nombreuses Européennes converties, on se demande bien si c’est vraiment l’humilité qui les a guidées ou l’appel du divin. Souvent, il y a tout simplement un « mec » avec qui elles ont kiffé la « vibe ». Il peut aussi s’agir d’une forme d’hystérie tardive qui se manifeste par une religiosité démonstrative, plutôt du narcissisme que de la modestie. Les regrets d’une jeunesse agitée peuvent trouver une repentance dans une forme d’autoflagellation, naguère certaines finissaient au couvent.

Elles n’avaient en revanche pas la chance d’être les héroïnes de documentaires, encore moins d’être complaisamment interviewées par l’aimable Augustin Trappenard. Un gentil garçon qui souriait au récit de Diam’s comme s’il venait de recevoir l’illumination, auréolé d’une sainteté télévisuelle : il est le bon, nous ne sommes que des truands. Il y a dans cette histoire à peu près tous les ingrédients d’une société qui ne sait plus où elle va, mais qui y va. Se donner en spectacle, en permanence et à tout propos. S’exhiber. Trouver ailleurs ce qui est devant soi. Grand bien fasse à Diam’s de profiter de sa liberté pour en jouir de la manière qui lui sied. Qu’on nous permette de nous en moquer.

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