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Génial ou incontrôlable ? Quel est le plan de bataille de Dominic Cummings, le conseiller spécial de Boris Johnson ?
Voici comment se présente, sur son profil Twitter, Dominic McKenzie Cummings : « Meilleur pote de BoJo, auteur du mensonge sur le bus, bricoleur au gouvernement, pas Benedict Cumberbatch ». Il est depuis juillet dernier le Conseiller Spécial en Chef du Premier Ministre britannique, autrement dit le conseiller le plus influent du 10 Downing Street, l’interface entre le PM et le reste du monde, soit « le meilleur pote de BoJo ». L’« auteur du mensonge sur le bus » se réfère à 2016 : alors cerveau de la campagne pour le Brexit, Cummings avait placardé sur le bus de campagne qui sillonnait le pays, un argument simpliste sinon mensonger : « Nous envoyons £350 millions à l’UE chaque semaine. Investissons-les plutôt dans le NHS. Votez LEAVE. » (NHS, National Health Service est le système de santé public britannique). Et « bricoleur au gouvernement » ? C’est une litote. Cummings veut réformer en profondeur les services de l’Etat. Et enfin « pas Benedict Cumberbatch » est une allusion au téléfilm Brexit, the uncivil war (Brexit : la guerre incivile), diffusé l’an dernier et qui relatait la guerre entre pro et anti Brexit précédant le referendum. Le film a révélé au grand public cet homme de l’ombre désormais surnommé « Smart Dom » mais Cummings ne se reconnaît pas dans le conseiller en communication cynique interprété par l’acteur Benedict Cumberbatch.
La campagne pour la sortie de l’UE en 2016 et le slogan « Take Back Control », c’est toujours lui.
Le ton de cet autoportrait renseigne sur le style de Dominic Cummings qui s’exprime sans filtre sur Twitter comme sur son blog. Ce stratège de 48 ans, aujourd’hui au cœur du pouvoir, s’embarrasse peu de conventions, ni dans son allure (débraillée), ni dans ses propos (son blog est hérissé de critiques ouvertes contre le sérail, qui le lui rend bien – les caciques du parti Tory ne l’aiment pas).
Génie ou vantard, salutaire ou malfaisant : on n’en finit pas de gloser à propos de Dominic Cummings, son style, son caractère. Il est brutal, arrogant, combatif. Et il a avec lui, au 10 Downing Street, une équipe de battants.
Cummings, qui n’a jamais été membre d’aucun parti, collectionne les trophées en politique. La campagne victorieuse contre l’adoption de l’Euro par le RU (1999-2002), c’est lui. La réforme du système éducatif anglais et l’ouverture d’écoles libres subventionnées sous le ministère de Michael Gove (2010-2014), c’est encore lui. La campagne pour la sortie de l’UE en 2016 et le slogan « Take Back Control », c’est toujours lui. Et le reste à l’avenant jusqu’au franc triomphe des conservateurs aux élections législatives de décembre dernier.
Après cinq mois de paralysie, tenue en laisse par un Parlement récalcitrant, la Team Johnson piaffait d’impatience de transformer le pays. Forts d’une majorité parlementaire historique depuis la mi-décembre, ils ont maintenant les coudées franches et cinq ans devant eux pour appliquer leur programme.
« L’âme damnée de Boris Johnson », « le grand vizir de Downing street », « le nouveau gourou des Tories », « l’homme le plus puissant d’Angleterre », sont quelquesunes des expressions que l’on trouve sur son compte dans la presse anglaise. Génie ou vantard, salutaire ou malfaisant : on n’en finit pas de gloser à propos de Dominic Cummings, son style, son caractère. Il est brutal, arrogant, combatif. Et il a avec lui, au 10 Downing Street, une équipe de battants. Après cinq mois de paralysie, tenue en laisse par un Parlement récalcitrant, la Team Johnson piaffait d’impatience de transformer le pays. Forts d’une majorité parlementaire historique depuis la mi-décembre, ils ont maintenant les coudées franches et cinq ans devant eux pour appliquer leur programme. Ils veulent agir et agir vite. Au point qu’un éditorialiste du Guardian, qui les appelle « le gang du Vote Leave », les présentait comme de dangereux révolutionnaires, ce qui est savoureux venant du quotidien britannique de gauche. Dont acte, les conservateurs passent désormais pour d’aventureux rebelles…
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Il faut reconnaître que la tâche est considérable. Nous sommes à l’Acte II du Brexit?: sa mise en œuvre, avec les négociations et les ajustements structurels idoines. De nombreuses décisions qui relevaient de l’UE incomberont désormais aux services de Sa Majesté. Il faut moderniser l’État. Mot d’ordre : efficacité. Aussi, le 2 janvier dernier, Cummings a-t-il posté sur son blog une offre d’emploi pour des jobs gouvernementaux. Un texte de six pages. Profils recherchés ? Des gens issus de tous horizons, de préférence des originaux et des inadaptés qu’il classe en onze catégories : mathématiciens, physiciens, informaticiens, ingénieurs en sciences des données, programmateurs, économistes, chefs de projets, chercheurs juniors (« j’aurai besoin d’un d’eux comme secrétaire particulier », précise-t-il), communicants, experts politiques, cinglés super-talentueux. La porte est grande ouverte pour de nouveaux venus qui auraient des idées, du tempérament et un cerveau agile. Pas d’esbroufe. Au feu les doctes critères d’embauche des grands clercs des ressources humaines. Cummings rêve de gens compétents et singuliers. « Les hauts fonctionnaires parlent beaucoup de “diversité” mais il s’agit rarement de réelle diversité cognitive. En général, ils babillent à propos de “la diversité des identités de genre, blabla”. Il faut arrêter de radoter sur la “diversité”, et “l’identité” des diplômés d’Oxbridge en sciences humaines, et mettre en place une véritable diversité cognitive ». Voilà qui est clair (c’est signé par un Cummings diplômé d’histoire à Oxford, soit dit en passant).
Mais dans ses préconisations, Cummings est en accord avec les têtes pensantes du pays.
De quoi faire frémir les fonctionnaires en place. Il paraît qu’au sein des services de l’État circule un nom de code pour la réforme à venir : « le massacre de la Saint Valentin ». L’offre d’emploi a suscité force commentaires, inquiets ou fascinés. Mais dans ses préconisations, Cummings est en accord avec les têtes pensantes du pays. Quelques semaines plus tôt, Policy Exchange (think tank conservateur) et Res Publica (le think tank de Philip Blond, adepte du conservatisme social) publiaient chacun un rapport de 30 pages sur l’urgence d’adapter la machine étatique à la quatrième révolution industrielle.
Après des années d’apathie sous le gouvernement May, il est grand temps de passer à l’action. Le stratège Cummings semble tout indiqué pour seconder Johnson dans cette tâche.
Qu’en dit Boris Johnson ? Il temporise et rappelle les deux priorités du gouvernement : premièrement accomplir le Brexit, deuxièmement développer les infrastructures et désenclaver les Midlands et le Nord du pays. Le point 2 vise à ne pas décevoir son nouvel électorat, les transfuges du parti Travailliste qui lui ont offert une majorité aux législatives. BoJo veut sécuriser l’avenir des Conservateurs au Parlement. S’ils gardent la confiance de ce nouvel électorat, ils s’assurent peut-être cinq ans supplémentaires aux affaires et la possibilité de revoir plus avant la physionomie de l’État. Sans être si drastique qu’il l’espérait, la réforme des ministères souhaitée par Cummings est néanmoins lancée. Celui qui rêve de faire de son pays un leader dans la science et l’éducation veut un RU en ordre de bataille. Ses sources d’inspiration ne laissent aucun doute sur sa détermination : Bismarck, John Boyd (pilote de l’US Air Force et stratège militaire), Thucydide (Cummings cite à l’envi les discours de Périclès), le général chinois Sun Tzu (auteur de L’art de la guerre), George Mueller (patron de la Nasa jusqu’en 1969). Après des années d’apathie sous le gouvernement May, il est grand temps de passer à l’action. Le stratège Cummings semble tout indiqué pour seconder Johnson dans cette tâche.
Sylvie Perez
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