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C’est sans conteste un des grands gagnants médiatiques de la crise épidémique qui nous frappe. En l’espace de quelques semaines, voire même de quelques jours, Didier Raoult est parvenu à passer du statut de scientifique de renom, donc confidentiel, à celui de star médiatique qui déchire la France en deux, dans une espèce de remake médical des Gilets jaunes.
L’outsider, grand scientifique comme il s’en vante lui-même, marseillais pragmatique et médecin avant tout, opposé à la France d’en haut, parisienne, technocratique et empêtrée dans une incompétence qu’elle dissimule à grand renfort de protocoles, et autres considérations théoriques largement insuffisantes en ces « temps de guerre », histoire de le dire à la façon ridicule de Macron ; image que Raoult a d’ailleurs reprise à son compte en se réclamant, pour sa part, du Maréchal Foch. On sent que l’humilité n’est pas le principal atout des deux hommes, d’où leur rencontre le mois dernier, finalement pas si incongrue que cela puisqu’elle révèle des parcours sensiblement identiques, les deux étant perçus par leur séides respectifs comme ce qu’ils ne sont pas : des hussards indépendants alors qu’ils sont tous les deux des hommes de réseaux, et des communicants roués peu enclins au doute.
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On sait l’orgueil de Macron, celui de Raoult semble à sa mesure. Les deux gagneraient à un peu moins de fanfaronnades, car Raoult, qui nous intéresse ici, n’avait-t-il pas prévu une grippette ? Ne croit-il pas encore aux chiffres chinois ? Et ne reproche-t-il pas à ses adversaires leur manque de méthode quand il a lui-même clamé partout son inutilité en « temps de guerre » ? N’en déplaise à Michel Onfray, qui lui a consacré un texte grotesque, un tel « chef », pour reprendre son terme contextuellement inquiétant, ressemble trait pour trait à ceux qui nous ont mis dans cette situation. Pour autant, Raoult a vu juste sur les tests, qu’il fallait massifs, il a peut-être raison sur le traitement, et c’est une certitude qu’il fut l’un des premiers à porter : les médecins devaient traiter les malades plutôt que de les abandonner à leur sort en vertu d’une espèce de logique darwinienne qui laisserait aux seuls forts la chance d’être certains de ne pas mourir.
En cela, le livre de Raoult ressemble à son auteur : renseigné, compétent mais aussi sophistique, souvent. Que nous dit-il à propos des épidémies? qu’il existe des inquiétudes déraisonnables et des inquiétudes raisonnables, des tueurs terribles qui passent sous les radars médiatiques et des tueurs fragiles dont les médias exagèrent la puissance parce qu’ils frappent notre imagination, tel Ebola. Il nous dit, en somme qu’il sera toujours temps de s’inquiéter et que si le loup n’est pas là, rien ne sert de crier; il nous dit que les prédictions sont toujours fausses, ce en quoi il a raison, pour conclure que prédire ne sert à rien ; sauf qu’entre prédire et prévoir la différence est ténue, et que sans prévisions on ne décide de rien.
Il nous dit, en somme qu’il sera toujours temps de s’inquiéter et que si le loup n’est pas là, rien ne sert de crier ; il nous dit que les prédictions sont toujours fausses, ce en quoi il a raison, pour conclure que prédire ne sert à rien ; sauf qu’entre prédire et prévoir la différence est ténue, et que sans prévisions on ne décide de rien.
Il dit aussi, parce qu’il possède une véritable culture, qu’il cite allégrement K. Dick et Baudrillard, que le monde des médias est un monde factice, séparé du monde réel, et que son pendant internet représente le contre-pouvoir de cette domination fonctionnelle. Nous aussi, lecteurs de K. Dick, voyons mal cependant en quoi une fiction s’avère moins fictionnelle qu’une autre, et ce qu’internet possède moralement de plus que les chaînes d’info en continu. Ironiquement, le traitement de Raoult, la chloroquine, sans qu’on sache encore s’il fonctionne ou non, est déjà, pour les tenants des informations alternatives, devenus la panacée contre le coronavirus chinois. Parions que pour ceux-là, il le restera quoi quelle qu’en soit la réalité à l’avenir. Tel est pris qui croyait prendre…
Rémi Lélian
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