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Du Syllabus à Vatican II : histoire d’une évolution

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Publié le

8 janvier 2024

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Il s’agit d’une somme magistrale qui fera date: La grande conversion de François Huguenin publiée aux éditions du Cerf relate l’évolution de la position de l’Église au sujet de la liberté politique et religieuse entre les xixe et xxe siècles.
© Facebook François Huguenin

Au XIXe siècle, l’Église catholique, traumatisée par la Révolution française, pourfend dans une même vindicte le libéralisme politique et l’indifférentisme philosophique (que nous appellerions aujourd’hui relativisme).

Le libéralisme politique, qui s’épanouit en France autour de Chateaubriand, Constant, Tocqueville et – sur un registre plus spécifiquement catholique – Montalembert, revendique l’instauration des grandes libertés politiques et religieuses (liberté de presse, de réunion, de culte) au bénéfice de tous. En face, les papes – notamment Grégoire XVI et Pie IX – considèrent que cette liberté doit être l’apanage de ceux qui servent la vérité, les opinions hétérodoxes ne pouvant au mieux qu’être tolérées. Tel est le sens de l’encyclique Mirari vos (1832) qui qualifie d’« exécrable » la liberté de la presse car son utilisation servirait, dans la majorité des cas, à combattre le règne de Dieu dans la société. Il en va de même du Syllabus (1864) qui condamne les grandes propositions libérales.

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Or, un siècle plus tard, l’Église ayant fait l’expérience des totalitarismes aurait accepté de reconnaître, au bénéfice de tous, la liberté politique et religieuse, en se fondant sur la dignité de la personne humaine. Une évolution, donc, qui dépasse de loin les considérations d’opportunités (l’Église reconnaît le pluralisme quand elle est majoritaire et le combat quand elle est minoritaire) et qui conduit à un changement de paradigme. L’auteur prend soin de préciser qu’il ne s’agit pas d’une évolution de nature dogmatique (l’Église ne s’est en aucune façon ralliée à l’indifférentisme philosophique) mais un tournant dans sa pensée politique qui débouche sur une synthèse entre l’héritage de la pensée classique (notamment le souci du bien commun) qu’elle tente de concilier avec les principes de la pensée moderne (notamment la protection des droits et libertés individuels).

La démonstration est convainquante et extrêmement bien étayée par de nombreuses références. On appréciera particulièrement le détour par les premiers temps de l’Église où l’auteur montre comment se met en place à partir du IVe siècle la question théologico-politique, c’est-à-dire l’étroite imbrication entre l’Église et l’État, au point que celle-ci demande à celui-là d’être son bras séculier pour favoriser le salut des âmes souvent réduit aux frontières institutionnelles de l’Église. Pourtant, « l’ordre politique n’a pas vocation à transposer sur terre le Royaume de Dieu à venir », affirme le cardinal Ratzinger abondamment cité par l’auteur. On appréciera également la pensée prophétique de Lubac et Maritain qui entament cette grande mue de la pensée chrétienne au tournant des années quarante.

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Faut-il pour autant parler de grande conversion comme l’affirme François Huguenin? Il s’agit plutôt, à notre sens, d’une clarification faisant la part du contingent et du nécessaire ainsi que d’une meilleure distinction des ordres philosophique et politique. En effet, si les papes du XIXe siècle vilipendent le libéralisme politique, c’est qu’ils l’assimilent indistinctement à l’indifférentisme philosophique, voyant dans l’un comme dans l’autre les fruits damnés de la Révolution française. Or, il est tout à fait possible de condamner le libéralisme sur un plan philosophique tout en l’acceptant sur le plan politique, ce que fait Montalembert, option qui n’est toutefois pas sans risques.

Reste que la liberté politique proclamée aujourd’hui n’est pas absolue puisqu’elle s’exerce conformément au bien commun dont elle est d’ailleurs une composante. L’idée d’un cadre anthropologique, moral et spirituel qui doit structurer les sociétés autour d’une certaine forme de vérité reste toujours d’actualité, loin de toute neutralité axiologique de l’État. La continuité se situe donc à ce niveau.

LA GRANDE CONVERSION, FRANÇOIS HUGUENIN, Éd. du Cerf, 526 p., 34€

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