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Attention synode !

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Publié le

13 novembre 2023

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Dans l’indifférence presque générale, le pape François s’apprête, avec le synode, à engager des réformes irréversibles pour transformer l’Église, notamment sur les questions clivantes de la place des femmes, du rôle des laïcs et de la bénédiction des couples homosexuels. Une étape décisive qu’analyse le philosophe Thibaud Collin, spécialiste des questions religieuses et morales.
synode

Le synode « sur l’avenir de l’Église » dont la première session mondiale s’est tenue à Rome du 4 au 29 octobre peut susciter deux attitudes opposées. Soit l’indifférence, bien légitime lorsqu’on n’est pas au fait de la vie de l’Église, mais sentiment que l’on trouve aussi chez nombre de catholiques pratiquants sceptiques devant ce « machin », à savoir une assemblée de 365 personnes nommées de manière souvent opaque, qui se sont engagées à garder le « secret pontifical » et qui sont censées conseiller le pape sur la « gouvernance » d’une Église en pleine crise. Soit l’intérêt, inquiet ou plein d’espérance, pour un processus entamé voilà déjà deux ans et qui se clôturera en 2025 par une « exhortation apostolique » du pape François ou de son successeur.

Lire aussi : Le pape François, pasteur du Grand Remplacement

Qui « se clôturera » ? À voir… Car justement l’un des objectifs de ce premier pape d’origine jésuite est que ce synode initie un processus irréversible, une nouvelle manière
de procéder
dans l’Église mais aussi de l’Église dans son rapport au monde. « Synode » veut dire étymologiquement « marcher ensemble ». Le problème cristallisant de nombreuses tensions est : « marcher vers où ? ». Dans le champ pratique, la finalité est le principe premier qui donne lumière et ordre. Dès lors, on ne marche jamais pour marcher ; même la promenade ou les déambulations « gratuites » sont ordonnées à la détente, à la rêverie, à la santé ou encore à la conversation.

Une église en crise

Pour saisir les enjeux de ce synode, il semble important de prendre un certain recul historique et de le situer dans la crise qui secoue l’Église depuis les années 1960. Et pour saisir ce que vit le catholicisme aujourd’hui, il est même nécessaire de remonter à la Révolution française, événement paradigmatique de la modernité. En effet, l’Église a depuis plusieurs siècles un problème avec l’esprit moderne qui sous bien des rapports est un esprit postchrétien. Postchrétien, c’est-à-dire assumant certaines valeurs chrétiennes puisqu’il est né d’une décomposition de la chrétienté (l’Europe) et en même temps anti- chrétien. La question lancinante pour l’Église depuis le XIXe siècle est donc : comment se comporter face à cette fille infidèle et rebelle ? Que dire ? Que faire ? L’Église a été instituée par Jésus-Christ pour annoncer la Bonne nouvelle du salut à tous les hommes, donc aussi aux hommes imprégnés par cet esprit moderne. Mais évangéliser et combattre ne requièrent pas les mêmes dispositions intérieures ni la même stratégie. Comment combattre les institutions et les idées tout en évangélisant les cœurs et les intelligences ? L’Église est donc agitée depuis deux siècles par des courants divers selon un gradient qui va de l’intransigeance la plus stricte aux compromis les plus osés.

Pour saisir les enjeux de ce synode, il semble important de prendre un certain recul historique et de le situer dans la crise qui secoue l’Église depuis les années 1960.

La crise postconciliaire peut être comprise comme une sorte de rattrapage de l’Église dans son rapport avec la modernité. Cette secousse tellurique a été source, ici de grands espoirs souvent déçus engendrant amertume ou apostasie, là de colères causées par une dilapidation de trésors millénaires et partout de divisions encore très vives. Après que Paul VI a essayé tant bien que mal de gouverner la fragile barque au cœur de la tempête, Jean-Paul II et Benoît XVI n’ont eu de cesse de lire le concile Vatican II non pas comme une révolution instituant une nouvelle Église, mais comme un approfondissement de la foi catholique pérenne, toujours riche de potentialités à actualiser dans l’histoire des hommes. Ces deux pontificats ont été traversés par de violentes luttes théologiques dont on peut dire que le problème central était l’inculturation de la foi et de la morale dans le monde actuel. Inculturer désigne la pénétration de la foi dans une culture, ce qui implique un double mouvement : entrer dans cette culture pour rejoindre les gens qui y sont immergés et en même temps purifier cette culture de tout ce qui est contraire à la foi et aux mœurs chrétiennes. Autant dire que cette opération est extrêmement délicate car elle repose sur un discernement de ce qui est essentiel et de ce qui est contingent dans la vie et dans l’enseignement de l’Église, mais aussi un discernement de ce qui est à conserver et à valoriser ou à rejeter dans telle culture. L’inculturation ne concerne pas que l’évangélisation des tribus africaines imprégnées de religion ancestrale. Elle concerne au premier chef la nouvelle évangélisation de notre monde mondialisé, postmoderne voire nihiliste, monde dont l’Europe semble être la partie la plus emblématique.

François sur une ligne de crête

À partir de cet arrière-fond, nous pouvons revenir au synode actuel pour le comprendre comme une étape décisive de cette problématique de l’inculturation. Plusieurs observateurs et acteurs ont repéré que l’agenda du synode et le style qui lui a été insufflé par les autorités vaticanes coïncident avec le « rêve » exprimé lors d’un autre synode, celui sur l’Europe en 1999, par le cardinal Carlo Martini, archevêque de Milan sous Jean-Paul II et représentant l’aile d’« ouverture au monde ». À la veille du Jubilé de l’an 2000, le fameux bibliste avait pointé des « nœuds disciplinaires et doctrinaux » qu’il espérait voir dénoués par « un instrument collégial universel qui fasse autorité ». Ce discret appel à un concile Vatican III manifestait les attentes de la tendance progressiste soucieuse que l’Église s’adaptât davantage à l’esprit du monde, esprit dans lequel, en bon jésuite, Martini se plaisait à identifier des motions de l’Esprit-Saint. Étaient notamment nommés comme nœuds la place de la femme dans l’Église, la crise de recrutement du clergé frappant les pays sécularisés, la redistribution des « responsabilités ministérielles » entre prêtres et laïcs et la délicate question de la discipline du mariage, en l’occurrence l’admission aux sacrements des divorcés et remariés civilement.

Après la crise des abus sexuels et spirituels, le déploiement d’un néo-féminisme virulent et la banalisation sociale LGBTQQIA+, l’appel de Martini apparaît à certains d’une limpide actualité. Le synode allemand semble avoir ouvert la voie à une Église qui se veut absolument inclusive et qui au nom d’une tolérance absolue renommée « miséricorde » est à deux doigts de s’autodissoudre dans le chaos relativiste actuel. La question est de savoir si le pape François va pouvoir tenir longtemps une ligne de crête entre tendances opposées tant les clivages ont été réactivés par la publication de la synthèse des réflexions effectuées à tous les niveaux de la vie de l’Église.

Lire aussi : Le pape François, l’homosexualité et le lobby LGBT

Les propos iconoclastes que l’archevêque de Luxembourg, Jean-Claude Hollerich, jésuite (lui aussi !) nommé cardinal et rapporteur général du synode par le pape, ne sont
guère rassurants sur l’orthodoxie de ceux qui pilotent la mécanique synodale. Dans un entretien à un journal croate, il s’est déclaré partisan de l’ordination sacerdotale des femmes et a prêché pour un changement de la doctrine anthropologique et morale de l’Église sur l’homosexualité pour laquelle, rappelons-le, celle-ci « est intrinsèquement désordonnée ». Et à la question posée par des cardinaux inquiets de l’agenda du synode portant sur l’éventuelle légitimité de la bénédiction de couples homosexuels, le pape a répondu en rappelant la doctrine sur le mariage mais en ajoutant : « La prudence pastorale doit donc discerner correctement sil existe des formes de bénédiction, demandées par une ou plusieurs personnes, qui ne véhiculent pas une conception erronée du mariage. En effet, lorsquon demande une bénédiction, on exprime une demande daide à Dieu, un appel à pouvoir mieux vivre, une confiance en un Père qui peut nous aider à mieux vivre. » La foi et la morale chrétiennes vont-elles être altérées par souci d’inclusion ? L’Église est-elle comme McDo (« venez comme vous êtes ») ? Ou appelle-t-elle à la conversion de tous, même des hommes postmodernes ?

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