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Écoles hors-contrat, l’autre solution

Les écoles hors-contrat essaiment partout en France. Ce qui inspirait la méfiance il y a dix ans suscite de plus en plus d’engouement chez les familles françaises. Quelles sont donc ces écoles indépendantes et pourquoi ont-elles à ce point le vent en poupe ?

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© En 2018, dans une classe du Cours Clovis de la Fondation Excellence Ruralités

Les écoles privées hors-contrat (également appelées écoles indépendantes ou écoles libres), à l’inverse du privé sous-contrat, se créent indépendamment de tout projet étatique et ne bénéficient d’aucune subvention publique. Elles jouissent d’une liberté pédagogique et éducative totale, mais sont soumises à des normes d’accueil et des inspections régulières. On dénombre 2 377 établissements scolaires hors-contrat, répartis en 1 800 groupes scolaires, dont 52 % du premier degré (maternelle et primaire) et 48 % du second (collège et lycée). L’interdiction de l’instruction en famille (sauf motifs dérogatoires, voir encadré) et l’obligation de scolarisation des enfants des trois ans au lieu de six ont entraîné une hausse des créations d’écoles élémentaires libres. En parallèle, de plus en plus d’établissements du second degré voient le jour, grâce aux expériences réussies d’écoles primaires qui décident d’ouvrir un collège et/ou un lycée. En France, on compte désormais 90 000 enfants scolarisés dans un établissement hors-contrat.

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Environ 80 % des écoles hors-contrat sont aconfessionnelles et 12 % sont catholiques. Les écoles se revendiquant d’autres religions représentent une très petite part. Quant à la pédagogie, les écoles appliquant la méthode dite « classique » ou « explicite » sont majoritaires (30 %), suivies par celles se revendiquant de la méthode Montessori (21 %). Mais il arrive souvent qu’une école classique ou Montessori soit également bilingue, régionaliste, tournée vers la nature, « démocratique », ou réservée à un public d’enfants à besoins spécifiques (porteurs d’un handicap, « haut potentiel », dyslexiques, etc.). Ces dernières représentent 4,5 % des écoles hors-contrat. Il y a donc une forte hybridation de pédagogies au sein des écoles indépendantes.

Où sont-elles implantées et qui peut y inscrire ses enfants ?

Fini le cliché de l’école parisienne à 10 000 euros l’année. Les écoles indépendantes naissent partout en France et pas seulement dans les grandes villes. En 2021, 58 % des nouvelles écoles indépendantes ont ouvert leurs portes dans des communes de moins de 10 000 habitants, et 37 % dans des communes de moins de 2 000 habitants. Le modèle associatif domine très largement pour ces nouvelles écoles rurales dont les frais de scolarité dépassent rarement 500 euros l’année, avec souvent un système de bourses et des tarifs dégressifs. Les municipalités, trop heureuses de les accueillir, soutiennent les initiatives en mettant des locaux à disposition ou bien en revendant des bâtiments abandonnés par l’Éducation nationale.

« L’école publique est un rouleau compresseur se voulant égalitaire, mais qui ne fait qu’exclure ceux qui ne peuvent pas entrer dans le moule »


Axelle Girard

C’est ainsi que Françoise Candelier, directrice du Cours Candelier Scolaire, école et collège au Blanc-Mesnil, a pu fonder sa propre école. « En 2009, après trente ans dans l’Éducation nationale, j’ai pris ma retraite pour monter mon École et appliquer librement les programmes et méthodes instructionnistes et explicites. C’est-à-dire que le maître sait et l’enfant apprend la leçon, fait des exercices dans un système de cours dialogué. Les enfants sont actifs, ils ont le droit de s’exprimer, mais c’est le maître qui sait et l’enfant qui écoute, apprend ». Françoise installe sa première école dans la petite commune de Wasquehal dans le Nord. « J’ai été très bien accueillie par le maire de la commune où? je me suis installée au début, il a complétement compris ma démarche. J’ai commencé avec une classe de 25 élèves ». L’école se développe au point de déménager deux fois. Aujourd’hui, l’École-Collège du Blanc-Mesnil accueille 300 élèves à Croix, dans un bâtiment abandonné par l’Éducation nationale et racheté par l’association.

Une vraie inclusion

Les écoles indépendantes connaissent donc un vrai essor, mais pour quelles raisons ? Selon Axelle Girard, directrice d’Éduc’France (organe d’information de l’association « Créer son école »), le développement des écoles libres suit l’évolution de la société : « La société évolue dans le sens d’un plus grand individualisme, d’une plus grande attention aux enfants et à leurs besoins particuliers. Les parents cherchent des écoles qui vont pouvoir répondre à ces besoins, dans une logique d’adaptation. L’école publique propose l’exact opposé, à savoir un rouleau compresseur se voulant égalitaire, mais qui ne fait qu’exclure ceux qui ne peuvent pas entrer dans le moule ». En effet quid des enfants précoces, de ceux en situation de handicap, souffrant d’un trouble « dys », ou bien atteints de phobie scolaire après avoir été victimes de harcèlement ? « L’école publique vit toujours dans le fantasme d’être la matrice d’enfants-citoyens : des enfants abstraits, une espèce de modèle qui ne correspond pas du tout à la réalité, et encore moins à celle d’aujourd’hui ».

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Marie, dont la fille souffre d’un handicap neuro-moteur, décrit sa scolarisation en école privée sous-contrat comme un véritable parcours du combattant. À la fin de la maternelle, l’école refuse de garder sa fille et pour éviter un placement en Institut médico-éducatif, Marie se tourne vers une école indépendante. « À l’école hors-contrat, notre fille était dans des classes de double niveau avec de petits effectifs, mais surtout des méthodes et des outils pédagogiques adaptés à ses besoins. Par exemple en CP, la maîtresse l’autorisait à faire ses dictées avec des cartes fournies par son orthophoniste. De même, elle pouvait rester à la cantine sous la surveillance d’autres parents bénévoles. Ce genre d’adaptations, pourtant très simples, n’auraient même pas pu être évoquées dans l’école privée sous-contrat, et j’imagine encore moins à l’école publique ».

La faillite de l’institution

Outre l’incapacité de l’Éducation nationale à accueillir et inclure les enfants différents, c’est la faillite de l’école en tant qu’institution qui alimente le développement du hors-contrat. Pour Françoise Candelier, l’école publique est devenue une véritable fabrique de l’échec. Lorsqu’elle y entre en tant que jeune institutrice, le ver est déjà dans le fruit : « En 1978, ça n’allait pas bien dans l’Éducation nationale. Déjà arrivaient les premières idées pédagogistes dans les écoles normales et je voyais arriver une rupture intergénérationnelle. L’enseignement ne devait plus être une transmission du maître à l’élève, on entrait dans ce que l’on nomme les “pédagogies actives” : où les enfants sont les acteurs, les constructeurs de leur savoir. Une pédagogie constructiviste se mettait en place ».

« Aujourd’hui, la faillite de l’Éducation nationale est telle qu’on va vouloir inscrire son enfant dans une école privée, d’abord par opposition au public, et pourquoi pas dans une école privée hors-contrat »


Axelle Girard

Au fil des décennies, Françoise voit les ravages des nouvelles méthodes d’apprentissage. À cause de la méthode dite « globale », de plus en plus d’enfants ont recours à des séances d’orthophonie. « Les inspecteurs n’appréciaient pas du tout la méthode alphabétique, la méthode ancienne qui permet d’apprendre à lire correctement. Ce n’était pas bien vu de faire une dictée, l’apprentissage de la division était reporté au niveau des CM, etc. De décennies en décennies, je constatais une chute de niveau de l’orthographe, de la grammaire, de l’arithmétique ». Pour Axelle Girard, le rejet de l’école publique donne aux parents l’envie d’aller voir ailleurs : « Aujourd’hui, la faillite de l’Éducation nationale est telle qu’on va vouloir inscrire son enfant dans une école privée, d’abord par opposition au public, et pourquoi pas dans une école privée hors-contrat. Le plus de l’école privée hors-contrat c’est d’être “à taille humaine”, que les enfants bénéficient d’un suivi individuel, de pratiques pédagogiques à la fois solides et innovantes ».


L’école à la maison sous conditions

Alors qu’elle relevait d’une liberté constitutionnelle, et était simplement soumise à déclaration, « l’école à la maison » est depuis la promulgation en août 2021 de la loi « confortant le respect des principes de la République » soumise à un régime dérogatoire. En clair, les parents doivent demander l’autorisation auprès de l’Éducation nationale. Les motifs dérogatoires sont les suivants : état de santé/handicap ; pratique sportive/artistique intensive ; itinérance/éloignement géographique ; situation propre à l’enfant. La dérogation ne vaudra que pour une année scolaire, trois maximum pour les situations médicales ou de handicap. Qui dit dérogations dit décisions arbitraires. Sans parler de la difficulté pour certains parents de justifier de la situation de leur enfant. Quid des enfants précoces, atteints de phobie scolaire, victimes de harcèlement ou d’ostracisme ?

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