Skip to content

Manuels scolaires : deux siècles de propagande

L’Éducation nationale porte bien son nom : l’école préfère l’éducation à l’instruction. Mais n’y voyez pas une lubie récente. La déliquescence actuelle des manuels scolaires n’est que l’achèvement d’un long processus de catéchisation démocratique et égalitariste entamée il y a deux siècles.

Partage

© Michal Parzuchowski – Unsplash

C’est un souvenir cuisant que certains se rappellent peut-être : nous sommes en 1989 et la mitterrandie toute puissante célèbre en grande pompe le bicentenaire de la Révolution française. Cette année, tout ou presque porte les couleurs de la Révolution : les cocardes fleurissent les préaux et l’esprit revanchard du jacobinisme victorieux flotte sur les moellons de l’école communale. Pour l’occasion, certains manuels ont sorti des éditions spéciales et une bande-dessinée « pédagogique » est distribuée massivement. Violent et se réjouissant un peu trop des élites décapitées, le très républicain fascicule semble glorifier le bain de sang sans l’ombre d’un remords. Les gosses font des cauchemars, quelques voix s’élèvent ici et là pour dénoncer l’outrance graphique – et la bande-dessinée finit par être retirée de certains établissements. Le mal était fait : la Terreur venait de renaître le plus simplement du monde, par la grâce d’une ingénierie pédagogique soigneusement orchestrée par l’État et Fernand Nathan.

Lire aussi : Édito : L’école est finie

Un lobbying décomplexé

C’est l’outil pédagogique indispensable, omniprésent, la béquille ultime des nations soucieuses de transmettre leurs oracles : le manuel scolaire brasse les modes pédagogiques du moment, s’adaptant plus vite que l’éclair à toutes les lubies sociétales et historiographiques. On pourrait s’interroger d’abord sur le fait qu’aucun organe de régulation ne semble devoir se placer entre l’Éducation nationale et les entreprises privées qui façonnent les manuels scolaires. Tout au plus quelques consultants font-ils le lien entre les professeurs-auteurs et les saints concepteurs du programme scolaire – mais les détails du consensus restent flous. Pour le reste, on est bien dans le domaine du lobbying le plus décomplexé : les grands éditeurs envoient des VRP séduire les établissements. Les manuels scolaires sont le monopole de quelques éditeurs historiques qui brassent à chaque refonte des contrats se chiffrant en milliards. Mais le nerf de la guerre n’est pas seulement l’argent : c’est aussi la conscience morale, civique et politique des futurs électeurs. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Partage

En Kiosque
Rejoignez-nous

Newsletter

Pin It on Pinterest