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Éditorial culture d’avril : Cher Ibrahim Maalouf

Le numéro 41 est disponible depuis ce matin, en kiosque, par abonnement, et à la demande sur notre site. Voici l'éditorial culture, par Romaric Sangars.

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© DR

Cher Ibrahim, voyez-vous, cela ne m’étonne pas que vous n’ayez pas eu le courage de débattre avec nous, d’autant que je me doute que vous n’avez pas non plus le moindre argument à nous opposer. Mais il se trouve que nous sommes partisans du dialogue et que nous adorons être surpris par ceux qui nous attaquent et que les êtres échappent à leur prévisibilité. Phénomène si rare. Que vous n’avez pas fait advenir.

Si Paris est une capitale du jazz, c’est bien parce que vos prédécesseurs afro-américains, il y a un siècle, y étaient accueillis en héros et non en « nègres », comme dans leur patrie d’origine, laquelle ne nous paraît donc pas en position de nous donner des leçons sur ce plan.

Oh, rien de très grave, vous n’êtes pas vraiment coupable des opinions que vous divulguez, ce pourquoi vous n’êtes pas vraiment en mesure de les défendre, d’ailleurs, vous répétez naïvement les stupidités à la mode dans votre milieu, comme beaucoup de gens, en l’occurrence, et compter les Noirs dans les orchestres, ce passe-temps qui nous vient d’Amérique, fait fureur chez les vedettes issues de l’immigration, sans doute parce que le complexe provincial y est décuplé et la confusion des histoires nationales plus fréquente. Si Paris est une capitale du jazz, c’est bien parce que vos prédécesseurs afro-américains, il y a un siècle, y étaient accueillis en héros et non en « nègres », comme dans leur patrie d’origine, laquelle ne nous paraît donc pas en position de nous donner des leçons sur ce plan. J’admets cependant qu’en tant qu’enfant du Liban, vous ayez sans doute quelques recettes à nous offrir pour nous permettre de vivre harmonieusement le multiculturalisme.

 Les vedettes d’aujourd’hui comme les marquises d’hier ne se contentent jamais de la fortune et des hommages, il leur faut aussi éblouir le gueux par l’éclat de leur vertu. Il se trouve qu’en ce moment, pour être un ange, il suffit de cracher sur les Européens autochtones, comme si les inventeurs du monde moderne étaient ces adultes décevants contre lesquels devait s’indigner en boucle le reste adolescent de la population. Nous nous impatientons, il est vrai, de vous voir accéder à la maturité, au sens du tragique et à l’indulgence.

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Je vous rappelle que c’est vous qui proposâtes sur Twitter aux « fachos » de vous laisser défendre vos positions dans un format plus étendu que celui que vous allouait ce réseau social où vous aimez à vous répandre. Nous ne sommes pas fascistes, bien qu’il nous faille admettre la séduction qu’a toujours exercée sur notre œil la ligne Hugo Boss. La « statolâtrie » et la cruauté des masses ont cependant toujours paru trop socialistes à notre goût. Quand Arthur de Watrigant vous prit au mot en vous répondant qu’on vous ouvrait nos pages, il ne s’était donc pas senti désigné avec pertinence, il sait simplement que le terme « facho », chez le bien-pensant de base, désigne l’autre, celui qui ne partage pas les mêmes valeurs, dont on ne comprend pas les raisons, qui nous effraie et nous excite en même temps, et qu’on caricature au point d’en faire un monstre. Un vieux réflexe de garçon ignorant. Arthur ne vous en tint pas rigueur, vous savez, notre curiosité de l’autre est plus forte que notre susceptibilité devant ce genre d’indélicatesses.

En revanche, vous qui avez attaqué ignoblement la violoniste Zhang Zhang sur sa vie privée, trois questions un peu hardies suffirent à vous indigner. Elles étaient selon vous « lamentables », mais vous alliez néanmoins faire l’effort d’y répondre. Les jours passaient, rien ne venait, et nous vous imaginions attablé parmi des encyclopédies et des livres d’Histoire, la langue tirée, l’œil brillant, la trompette prenant la poussière, bien décidé à nous confondre en nous démontrant nos erreurs. Et puis, finalement : rien.

 Déjà que Louis Lecomte, notre jeune rédacteur en chef numérique, avec sa moustache lissée, son crâne luisant, et son instinct trépidant de mousquetaire, est dépité parce que Francis Lalanne a décliné sa provocation en duel par l’entremise de Closer, le seul journal qui s’intéresse encore à Francis Lalanne, voilà que vous renoncez au débat que vous aviez vous-même sollicité. Comprenez que nous soyons déçus.

J’ai l’impression que cette génération dispose d’une anatomie inverse : un cerveau et un sexe atrophiés, avec quelque chose de volcanique dans l’intermédiaire

Ne le prenez pas personnellement, mais quand je considère votre génération de saltimbanques engagés, il m’arrive de songer à cette phrase qu’écrivit Dominique de Roux au sujet de Julius Evola (demandez à Camélia Jordana si vous n’arrivez pas à situer ces personnes, elle est sans doute au courant) : « Un cerveau et un sexe énormes, mais quelque chose de mou entre les deux », résumait l’écrivain français au sujet du métaphysicien italien. Et moi, j’ai l’impression que cette génération dispose d’une anatomie inverse : un cerveau et un sexe atrophiés, avec quelque chose de volcanique dans l’intermédiaire.

 Alors détendez-vous, je vous en prie, cher Ibrahim, et si vous n’avez pas le courage de dialoguer avec nous par des voies officielles, passez à la rédaction pour briser la glace. Entre un sabre de hussard, un poster de Zhang Zhang et une pile d’ouvrages à paraître, on descendra quelques bouteilles de vin en grignotant des noisettes, et vous oublierez une heure ou deux, j’en suis sûr, votre passion des statistiques.

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