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Éditorial d’Arthur de Watrigant : Labourer dans les ténèbres

« Les laboureurs n’ont pas disparu, ils sont là humbles et discrets, pour nourrir les clochards à la tombée de la nuit et faire sonner les cloches des églises désertées de nos campagnes. » Éditorial du numéro 59 par Arthur de Watrigant.

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Il y a quelques semaines l’essayiste Mona Chollet affirmait sur France Inter qu’il fallait se « débarrasser de l’envie d’être belle ». « Vas-y pour voir », lui aurait-on rétorqué il n’y a pas si longtemps. Mais ça, c’était avant. Entretemps, le rimmel a cessé de couler sur les joues des jeunes femmes. Libérées du patriarcat, elles se sont dans la foulée délivrées du corset de l’injonction à la sublimation. C’est beau comme un Walt Disney qui suinte le woke, même si comme vous le lirez quelques pages plus loin, les « éveillés » ont beau fièrement squatter les micros, côté finance c’est plutôt le krach de 29. Mais l’idéologie ne s’achète pas, ni l’honneur d’ailleurs. Notre erreur serait de considérer cette fausse libération comme un énième caprice de bourge frustrée, mi-complotiste mi-paranoïaque. Sa phrase est lourde de sens et très symptomatique d’une époque. Celle des connasses à cheveux bleus qui ne savent pas faire la différence entre un vagin et un pénis et se collent la tronche narcissiquement sur des Botticelli, celle des écolos qui hurlent avec vanité qu’il ne faut plus se reproduire pour sauver la planète, celle des affiches publicitaires d’obèses en lingerie qui nous flinguent la rétine, enfin celle du discours qui promeut la normalité comme horizon à atteindre, cette affreuse prétention au naturel.

Réaffirmons la nécessité de l’exigence, soyons les ambassadeurs de la beauté et rebâtissons des rêves à nos enfants pour mille ans

Avant, l’émancipation ambitionnait l’atteinte d’un idéal, c’est-à-dire le dépassement de sa misérable condition pour transcender son être, aujourd’hui l’émancipation consiste à revendiquer son « moi ». Ça fait rêver. Du « beau comme la splendeur du vrai », cher à Platon, nous sommes passés au vrai comme la splendeur du beau. Aussi peu excitant qu’un slip kangourou, le « moi » jeté à la gueule des gens se révèle aussi sinistre que profondément soporifique. Alors on habille ça de « progrès », quand bien même nous savons, au moins depuis Baudelaire, que le seul progrès consisterait à voir diminuer les traces du péché originel, notre point commun à tous. Mais une autre question subsiste. Sans modèle sinon le « moi », peut-il exister une civilisation ? Il n’y a pas de civilisation sans assimilation et pas d’assimilation sans modèles communs et qu’est-ce donc que la France sinon l’affirmation d’une singularité tout sauf inclusive ? Une singularité si supérieure, que ni l’injonction, ni le pognon, ni les coups de trique ne sauraient être aussi efficaces que le désir pour l’imiter et l’embrasser. Mais voilà, le désir de l’autre comme sa sublimation doivent être anéantis et c’est peut-être là le symbole le plus triste de cette fin de la chrétienté dont débattent Chantal Delsol et Thibaud Collin dans ces pages. Non pas la fin du christianisme comme religion mais la disparition de cette morale qui irriguait notre civilisation, au point d’inscrire dans sa constitution la mort d’un enfant à naître, au point d’oublier qu’il y a des préceptes absolus qui ne supportent aucune exception. Tout est foutu ? Non, même si l’époque pue la mort.

Lire aussi : Éditorial d’Arthur de Watrigant : L’asile sans droit

Les catholiques connaissent déjà la fin, ils n’ont donc aucune excuse pour refuser le combat. Réaffirmons la nécessité de l’exigence, soyons les ambassadeurs de la beauté et rebâtissons des rêves à nos enfants pour mille ans. Les laboureurs n’ont pas disparu, ils sont là humbles et discrets, pour nourrir les clochards à la tombée de la nuit et faire sonner les cloches des églises désertées de nos campagnes. Ils sont là dans la pénombre où plus personne ne va, telle une petite flamme qui éclaire les ténèbres. Ils sont là, les vrais héros qui reposent dans ces tombes qu’on ne visite plus. Ils sont là pour nous rappeler qu’à force de se regarder le nombril, nous ne serons bientôt plus capables ni de lever les yeux vers le ciel pour convoiter l’absolu, ni de les baisser pour voir un sauveur né à nos pieds un 25 décembre.


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