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Éditorial essais de l’été : La fin de la démocratie

Le numéro 55 est disponible depuis ce matin en kiosque, par abonnement, et à la demande sur notre site. Voici l'éditorial essais, par Rémi Lélian.

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© DR

Ce que l’on demande au peuple, avec la démocratie, c’est de tendre vers la perfection, de vivre dans l’ascèse pour figurer de meilleurs citoyens aptes à prendre les décisions qui gouverneront la cité. C’est une espèce de christianisme de l’ici-bas, laïcisé, qui appelle des saints mais qui, à l’inverse du christianisme, ne prend pas en compte la Faute et ne l’intègre pas à son économie puisqu’en politique démocratique il n’existe pas de pardon, ni de pénitence, mais des échecs qui condamnent et qu’il faut donc dissimuler si l’on tient à conserver sa vie sauve.

C’est un christianisme sans charité, une politique rutilante et idéale d’un certain point de vue, mais creuse, impossible aux hommes et qui ne peut évoluer, dans sa forme pure, que vers le désastre. Qu’on la réclame aujourd’hui, qu’on exige qu’elle soit appliquée sans les médiations qui lui permettent de se mélanger et de diluer ses défauts avec les vertus dont elle ne dispose pas originellement, tels que l’aristocratie, l’élitisme, et à la fin des combinaisons franchement anti-démocratiques parmi lesquelles une certaine technocratie, montre bien qu’elle n’a pas su produire le type d’homme susceptible d’en être digne. Car quiconque sait la valeur de la parole d’un homme et comment sa sincérité s’avère relative à son ego, à son ventre et, plus généralement, à ce qui l’empêche d’être juste, donc relié aux autres, donc politique, ne peut exiger plus de démocratie.

Après en avoir pris pour deux siècles, on commence à sortir de l’ère démocratique

Au contraire, qui connaît l’abîme humain sait le besoin de polir en la frustrant l’expression politique pour qu’à la fin ne demeure plus que la sagesse et le souci de la justice, la charité qui fait qu’on ne se tourne plus vers soi, ou vers sa « vérité », mais vers les autres et vers la vérité selon l’exigence d’une communauté probablement plus naturelle, et plus belle, peut-être même plus primitive encore que ne l’est notre appétit ainsi que tout ce que la démocratie actuelle vise à rassasier.

Ironiquement, alors qu’on la réclame, qu’on la vante, qu’on n’a jamais autant entendu prononcer son nom et qu’elle est devenue synonyme absolu des valeurs occidentales, alors que certains l’exigent dans une nudité obscène, il semblerait bien que Maistre ait vu juste, comme souvent, et qu’après en avoir pris pour deux siècles, on commence à sortir de l’ère démocratique. Non pas d’ailleurs selon un plan généralisé, calculé par des entités obscures œuvrant secrètement à leur propre domination, mais parce que la démocratie qui fonctionne déjà mal par temps de paix, déraille complètement en période de crise et que l’avenir n’est pas aux horizons clairs et au ciel calme.

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La démocratie, naïve et impitoyable, trop occupée pour gouverner à se glorifier et à punir, disparaîtra ou tout disparaîtra, le mensonge qu’elle favorise et à laquelle elle condamne, cette illusion qui ravit sous prétexte que l’on est plusieurs à y croire, ces rois qui ne sont rois que parce qu’ils portent une couronne, et le peuple en premier lieu, véritable empereur de la démocratie avec ses habits neufs, tout cela ne fait pas de politique, tout cela ne gouverne pas, tout cela n’enseigne rien, ni ne fait grandir quoique ce soit d’un millimètre, tout cela se contemple dans un miroir grâce auquel il trouve dans son reflet la perfection qu’il imagine, fût-ce sous la forme de l’abjection, tel Narcisse abouché à une source qui ne l’abreuve pas et juste à côté de laquelle il dépérit.

Dès lors, le souci n’est pas tant de sortir de la démocratie, d’en être enfin libérés, mais que les hommes qui en sortiront désirent s’y ressourcer le plus longtemps possible, qu’ils s’y accrochent et qu’à la fin plutôt que de la limiter pour la transcender, ils désirent sauver en elle ce qui la tue : elle. C’est pourquoi, il n’est certainement pas l’heure de revendiquer plus de démocratie, mais moins, pour qu’elle disparaisse de nos représentations à l’avantage d’une politique juste, pénitente, qui ne gouverne pas des saints, mais des hommes auxquels il faut savoir pardonner ce qu’ils sont et auxquels on pourra alors demander de s’élever un peu au-delà d’eux-mêmes.

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