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Éditorial idées de septembre : Connais-toi toi-même

Le numéro 56 est disponible depuis ce matin en kiosque, par abonnement, et à la demande sur notre site. Voici l'éditorial idées, par Rémi Lélian.

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© La confession de Giuseppe Molteni

Nous ne sommes très certainement pas à la hauteur de ce que nous imaginons être, ni forcément beaucoup plus bas d’ailleurs. Nous vivons dans l’illusion de notre cohérence et nous nous persuadons sans cesse de notre bon droit ; ainsi, nous justifions toujours nos actes en fonction de notre intérêt psychologique et, le savoir, ne change probablement pas grand-chose à l’affaire, car on ne peut pas dire non plus qu’on sente en nous la nécessité impérative de nous corriger. Il ne suffit pas de s’affliger pour valoir mieux que ceux qui se satisfont de ce qu’ils sont – en toute bonne conscience. Se connaître peccamineux équivaut trop souvent, pour ceux-là qui parviennent à se l’avouer, à s’en contenter, manière de se justifier encore et de s’autoriser, selon un cercle vicieux et absurde, à pécher parce que l’on est pécheur, à faire le mal parce que l’on est mauvais : « Eh oui, mais c’est dans ma nature » explique le scorpion de la fable à la grenouille – ça n’est pas une excuse !

Nulle transformation authentique, nulle métanoïa n’économise l’effort de se regarder en face

Reconnaissons cependant que les changements profonds sont ardus, qu’ils exigent des bouleversements architectoniques difficiles à envisager, les abysses au sein desquelles certaines plaques de notre être se déplacent, se chevauchent, ou s’engrènent, s’abritant sous une obscurité increvable. Mais la difficulté de s’en délivrer n’est pas la seule raison de la persévérance dans l’illusion de notre gloire et dans celle de notre misère ; nous sommes aussi acharnés à produire le mensonge qui nous gouverne et qui, parce que c’est le nôtre, figure le miroir déformant dans le reflet duquel nous apercevons en toute clarté la réalisation d’un être fantasmatique dont nous nous persuadons qu’il se confond avec nous-mêmes. Nous sommes d’ailleurs devenus si soucieux de nous illusionner qu’à force, on peut sans problème imaginer que même parvenu à un degré divin de conscience de notre propre réalité, on la refuse sciemment, avouant sans peine qu’au fond, plutôt que de nous corriger, on n’en a absolument rien à foutre. Que peut la vérité ténue, fragile et dissimulée, qu’il faut découvrir avec précaution, sous peine de la détruire, et sans cesse, sous peine qu’elle s’évapore, contre le Panzer d’un ego qui, lui, ne manque jamais à l’appel et nous en impose perpétuellement ? Rien d’autre que de continuer à être vraie, et ça n’est pas chose suffisante aujourd’hui pour que chacun d’entre nous accepte de lui porter quelques attentions.

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Or, le génie de notre civilisation, d’Athènes et de Jérusalem, provient justement d’avoir fait de cette connaissance de soi le préalable de toute pensée correcte, de soi et du monde. De Socrate au secret du confessionnal, permane la même exigence sévère et rigoureuse envers qui nous sommes en dépit de ce que nous croyons être. Nulle transformation authentique, nulle métanoïa n’économise l’effort de se regarder en face comme on scrute le fond d’un gouffre dont on ne devine même pas le fond, pour s’y apercevoir fugacement et tout à la fois petit ou grand, souvent médiocre et plus rarement, mais aussi, noble. Si on n’a pas encore complètement éteint la lampe de ce génie, il est urgent d’en accroître la flamme, ne restera plus sinon que le défilé d’ignorants satisfaits d’eux-mêmes, qu’aucun doute ne traverse et qui manquent de se mordre les uns les autres à la moindre occasion, errants dans un monde dont la psychose sera le dernier horizon.


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