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Édouard Husson : Eux, Boches et méchants ?

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Publié le

12 décembre 2019

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Historien, ancien vice-chancelier des universités de Paris, directeur de l’Institut franco-allemand d’études européennes à Cergy-Pontoise, Édouard Husson publie un passionnant Paris-Berlin : la survie de l’Europe. Une analyse profonde de la relation ambivalente, entre fascination et répulsion, qu’entretient la France avec son voisin oriental.

 

 

 

Le duo franco-allemand est en crise, l’Union européenne aussi : pourquoi ?

 

Les gouvernements français successifs rêvent d’une « Europe-puissance » et souhaitent que Bruxelles (Commission et Parlement), Francfort (Banque Centrale Européenne), Luxembourg (Cour de Justice de l’UE), concentrent le maximum de prérogatives. C’est à contresens de l’Histoire : par la digitalisation de l’activité humaine, depuis les années 1970, l’information devient surabondante et à la portée de tous ; cela devrait produire un mouvement vers la décentralisation et la subsidiarité. L’Allemagne le comprend mieux, conformément à son histoire et sa culture, mais elle a une autre tentation : arrêter l’Histoire, qui lui a joué tant de tours. L’Allemagne appuie donc le mouvement vers une Europe fédérale. Or, depuis le début de la décennie, l’histoire est de retour (crise ukrainienne, afflux des « migrants », Brexit, élection de Trump) et les gouvernements allemands sont désemparés.

Pourtant les Français s’obstinent à vouloir que l’Allemagne gouverne l’Europe !

En quoi la vision que les élites françaises ont de l’Allemagne est-elle faussée ?

 

François Mitterrand a eu peur de l’Allemagne réunifiée et il a proposé à Helmut Kohl, voici trois décennies, de créer un « leadership européen » où la France serait le « brillant second ». À cause du nazisme, les Allemands ne veulent pas, cependant, de leadership politique. Ils ont mis en place une Europe gouvernée par les normes. C’est un système inefficace en cas de crise, comme nous le voyons depuis dix ans. Pourtant les Français s’obstinent à vouloir que l’Allemagne gouverne l’Europe !

 

Lire aussi : Rebattre les cartes européennes

 

L’Est vote de plus en plus pour l’AfD : comment expliquer la montée en puissance de ce parti contestataire ?

 

Les Allemands de l’Est ont pris comme une trahison le fait que leur ancienne compatriote, Angela Merkel (son père pasteur est allé s’installer en RDA quand elle avait un an et elle y a vécu) ait accueilli fin 2015 un million de migrants alors que, trente ans après la chute du régime communiste est-allemand, l’intégration économique, politique et culturelle des « nouveaux Länder » est encore imparfaite. Les Allemands de l’Est ont donc tendance à voter pour l’AfD, seul parti qui a critiqué l’ouverture des frontières aux immigrés du Proche-Orient et d’Afrique. L’AfD est un parti conservateur, anti-immigration et anti-euro. Il faut prendre une précaution : grandissant rapidement, le parti n’a pas été très regardant sur ses cadres locaux, dont certains viennent de l’extrême droite.

Le Brexit est désormais imminent. Et il faut souhaiter que Paris et Berlin en tirent l’idée que l’Union européenne doit être rendue plus subsidiaire, sous peine de disparaître.

Les contestations de l’actuelle UE touchent de nombreux pays, à commencer par le Royaume-Uni. Pensez-vous que le Brexit va changer le cours de l’histoire européenne ?

 

Quel grand peuple que les Britanniques ! D’autres nations ont voté contre des traités européens mais ensuite leurs dirigeants se sont couchés devant les manipulations bruxelloises. Pensons à notre pays, volé, par le Traité de Lisbonne, du non au référendum de 2005. L’esprit d’indépendance britannique, celui du peuple et d’une partie des élites, est en train au contraire de déjouer les calculs bruxellois. Ajoutons que Boris Johnson ramène le parti conservateur à son programme fondateur, celui de Benjamin Disraeli : comme en 1845, réunifier « les deux nations » que le libéralisme a fait s’opposer. Le Brexit est désormais imminent. Et il faut souhaiter que Paris et Berlin en tirent l’idée que l’Union européenne doit être rendue plus subsidiaire, sous peine de disparaître.

 

Lire aussi : Européennes : Tout bouge mais rien ne change

 

Comment la France peut-elle défendre ses intérêts propres ?

 

L’Allemagne est de plus en plus morcelée politiquement. Les successeurs d’Angela Merkel seront des chanceliers de compromis, à la tête de coalitions fragiles (les chrétiens-démocrates se stabilisent aux environ de 25 % ; les sociaux-démocrates se sont effondrés, comme le PS français ; ni les Verts, ni les libéraux, ni la Gauche, ne sont capables de dépasser durablement 15 % ; or personne ne veut gouverner avec l’AfD). La France doit saisir l’occasion de réaffirmer son leadership en Europe – c’est possible si nous exigeons de nos partenaires la fermeture de l’UE à l’immigration extra-européenne, au besoin en renonçant à Schengen ; ce que nous économiserons en termes de financement tous azimuts de l’immigration, nous permettra de respecter les critères de Maastricht et donc de pouvoir être pris au sérieux par les « pays du Nord », dont l’Allemagne. À nous, ensuite, de savoir ce que nous voulons, pour réformer l’Union. Il faut aussi accepter l’idée qu’il n’y aura pas d’Europe de la défense. Nos intérêts sont, sur le plan militaire et diplomatique, dans la réconciliation avec la Grande-Bretagne et la coopération critique avec les États-Unis de Donald Trump. En renouant avec les gouvernements d’Europe centrale, nous devons créer une nouvelle alliance des démocraties conservatrices, capable de ramener, lentement mais sûrement, la Russie vers l’Europe. La France doit travailler modestement à ce que l’Occident unifie ses forces pour un nouvel équilibre des puissances avec la Chine.

 

Propos recueillis par Matthieu Baumier

 

PARIS-BERLIN, LA SURVIE DE L’EUROPE Édouard Husson Gallimard 416 p. – 23 €

 

© Gallimard

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