Skip to content

Élisabeth Lévy : « C’est une deuxième loi Gayssot qu’on veut nous faire »

Partage

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
© Hannah Assouline

« L’antisionisme » est souvent le cache-sexe de l’antisémitisme. Depuis le début de l’ère internet, on ne traite plus de « sale juif » mais de « sale sioniste ». Mais légiférer sur le sujet revient à assimiler juifs et Israéliens, et donc à donner du grain à moudre aux complotistes. Alors que penser d’une loi sur le sujet ? La réponse d’Élisabeth Lévy.

 

Cette loi risque-t-elle d’être contre-productive ?

Le président avait enterré cette idée stupide d’une loi pénalisant l’antisionisme et voilà que lui-même l’a plus ou moins relancée en expliquant, au dîner du CRIF, qu’on allait étendre la définition de l’antisémitisme à l’antisionisme. En clair, pas de nouvelle loi mais un durcissement de la loi existante. C’est une très mauvaise idée. Soyons clair : l’antisionisme n’est pas une théorie de salon affirmant que la solution nationale n’était pas la bonne pour les juifs, mais une haine rabique d’Israël qui sert de paravent à la haine des juifs. Le problème n’est donc pas que cette notion d’antisionisme procède à un amalgame entre juifs et Israéliens, ou entre juifs et pro-israéliens, qui est fait de toutes façons.

La loi Gayssot elle a instauré l’idée qu’il existait un privilège juridique, une loi d’exception pour les juifs et ouvert la course au pompon victimaire qui s’est traduite par une inflation de lois mémorielles. Les juifs ne sont pas les chouchous du malheur. (Elisabeth Lévy)

Le problème c’est que cette loi, qui serait en quelque sorte une deuxième loi Gayssot, ne ferait nullement reculer l’antisémitisme. La première n’a pas empêché le négationnisme, elle l’a à peine emmerdé. En revanche, elle a instauré l’idée qu’il existait un privilège juridique, une loi d’exception pour les juifs et ouvert la course au pompon victimaire qui s’est traduite par une inflation de lois mémorielles. Les juifs ne sont pas les chouchous du malheur. J’ai été rassurée par l’élan de solidarité pour Alain Finkielkraut mais j’aurais aimé observer la même indignation quand des églises ont été profanées.

 

Vous êtes contre la loi Gayssot. Fallait-il laisser le champ libre à Faurisson ?

Je crois qu’il fallait combattre le négationnisme par l’histoire plutôt que de demander au législateur de l’écrire. Cela ne signifie pas que tout doit pouvoir se dire. Que l’on sanctionne les appels à la haine qui rendent l’espace public invivable, c’est légitime. Mais un juge n’a pas besoin d’une nouvelle loi pour savoir que « sale sioniste » veut exactement dire « sale juif ».

Pensez-vous que cette proposition de loi est-une grenade de désencerclement politique au profit de LREM ?

Vous savez, les complots et les manigances ça existe, mais la candeur aussi. Je crois que les députés LREM qui ont proposé cette loi avaient d’excellentes intentions. Ils ont vu la scène effarante dans laquelle on crie à un juif « Tu n’es pas français » et ils voulaient faire quelque chose. Par ailleurs, il est vrai que le gouvernement, notamment par la voix de Benjamin Griveaux, a tenté d’assimiler tout le mouvement des Gilets jaunes à la frange la plus radicale (qui est aussi la moins éduquée). Mais cette frange existe depuis le début, et pour être minoritaire, elle n’est pas insignifiante. L’un des ferments de l’antisémitisme et du racisme, c’est le goût pour les explications simples qui imputent tous les problèmes du monde aux juifs, aux homosexuels ou aux coiffeurs. C’est là un des effets les plus déprimants du désastre de l’école auquel nous avons assisté impuissants.

Partage

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
En Kiosque
Rejoignez-nous

Newsletter

Pin It on Pinterest

Share This