Nantes. 5 décembre 2020. En voiture. Sur la droite, une cycliste porte un sac. Bobo écolo à pédales. Ça se voit aux lunettes ! Sur le sac, un patch. Une éolienne qui rigole et une centrale nucléaire qui fait la gueule. Parce que les éoliennes c’est cool. C’est bon pour la planète qui a bobo.
Une demi-heure plus tard, je suis à Chéméré. Pays de Retz. Bretagne. Juste à droite de l’église, un petit rassemblement. 50 personnes. Un stand. Un tracteur. Des pancartes. Deux gendarmes débonnaires. L’objet du courroux populaire est simple : les éoliennes ! 22 exploitations agricoles et autant de riverains sont situés dans un rayon de 4 km d’un projet de cinq « aéro-générateurs ». Et là, les éoliennes au pied de sa trayeuse, c’est déjà beaucoup moins cool.
Électricité baladeuse
« Nous ne sommes pas contre les énergies renouvelables, au contraire ! » s’insurge une exploitante dont la ferme est à 700 mètres du parc vrouvroutant : « il y a des parcs où ça se passe très bien mais d’autres où ça gâche la vie des agriculteurs. Ça bousille leur outil de travail, les animaux ne sont pas bien. Dans le doute on préfère dire non ! » Dans les conversations, la question du courant dans les sols revient : « Sur Chaumes-en-Retz (la méga-commune qui a pris la place en 2016 des anciennes paroisses dont Chéméré, ndlr) nous avons un sol très argileux et en-dessous il y a du schiste, ce qui ne fait pas bon ménage avec l’électricité » poursuit la jeune femme.
50 000 litres de lait en-dessous de la qualité requise par an, la mort de 50 bêtes chaque année, des veaux morts-nés, des vaches qui refusent d’aller dans certains endroits où passent des cours d’eau profonds croisant le câble enterré de 20 000 volts : le constat est éloquent
Un géobiologue présent nous confirme les craintes et insiste sur la présence de nombreux cours d’eau souterrains, certains pouvant passer sous les bâtiments abritant des animaux. Sans compter les vaches dans les pâturages qui avortent ou accouchent de veaux malformés. « Le câble qui part des éoliennes n’est pas correctement blindé, on nous ment là-dessus, il y a des déperditions importantes d’électricités qui suivent les écoulements souterrains ! » insiste le technicien.
Éoliennes de la mort
Car l’expérience accumulée de l’impact de l’éolien en milieu agricole montre clairement des conséquences sur le bétail. A Puceul, un peu plus au nord du pays nantais, la famille Potiron a fait de son cas un combat médiatique. 50 000 litres de lait en-dessous de la qualité requise par an, la mort de 50 bêtes chaque année (contre 10-15 normalement), des veaux morts-nés, des vaches qui refusent d’aller dans certains endroits où passent des cours d’eau profonds croisant le câble enterré de 20 000 volts : le constat est éloquent. Car à 600 mètres de leur stabulation se trouve un champ d’éoliennes érigées en 2013. Avant son implantation, il n’y avait aucun problème particulier. A partir de 2013, la java a commencé. Étrangement, la seule fois où les éoliennes ont été arrêtées, le couple aura fait passer un huissier pour constater les changements spectaculaires dans le comportement des bêtes et leur rendement !
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Grâce à leur ténacité bien bretonne, le ministère de l’Environnement a fini par lancer des investigations. Comme un début d’application de « l’empirisme organisateur ». Ne pas croire obstinément à la « religion du progrès », même peinturlurée d’écolo-cool ! Aujourd’hui, le couple songe à tout abandonner, épuisé. Leur voisine arrête sa production de lait fin juin.
Vendre du rêve sous couvert d’écologie
Au-delà des effets électriques et stromboscopiques, il y a l’impact sur l’environnement. Car on a beau aimer le climat et les nuages, c’est pas la Cop 21 qui se ramasse 1 500 tonnes de béton dans le fion pour implanter un moulin à subventions. 150 m de haut ça se voit de loin la tournette ! Et les riverains, eux, regardent leur petit capital immobilier partir au vent. Sans parler des gîtes et tables d’hôtes. Qui a envie de se louer un week-end en amoureux au pied d’une éolienne ? « Nous sommes arrivés il y a un an sur le secteur et nous avons potentiellement perdu de la valeur sur notre maison » nous précise une riveraine dont la première bestiole à pâles se situera à 500m de sa baie vitrée.
« Nous sommes arrivés il y a un an sur le secteur et nous avons potentiellement perdu de la valeur sur notre maison » nous précise une riveraine dont la première bestiole à pâles se situera à 500m de sa baie vitrée
« Des propriétaires ont donné leur accord pour implanter des éoliennes mais ils regrettent maintenant car ils ne savaient pas que cela faisait autant de dégâts sur leurs exploitations. Les promoteurs nous vendent du rêve ! » résume la jeune agricultrice. Hermine de Kerangat, une habitante du cru, précise l’arnaque paysagère : « Le promoteur va arracher des haies, détruire des zones humides. Les agriculteurs n’ont pas le droit mais, eux, peuvent le faire ! Ah si, ils se sont engagés à replanter des haies oui !… Mais à 20 km d’ici ! » Ou le principe de la taxe carbone appliqué au bocage.
Macumba night
Pour bien assimiler la problématique, je prends la route de l’exploitation sise au Grand Houx. La jeune femme qui m’a parlé est la maîtresse des lieux. Route de Nantes, je tourne à droite et là… C’est un paysage de 18 éoliennes ! En fait, la ferme est entourée d’un parc déjà conséquent. Ah bah la nuit avec les lumières rouges clignotantes ça doit être Macumba night pour les animaux qui dorment une partie de l’année dehors dans ce tempéré sud-Bretagne…
« En fait, c’est le paradoxe de l’énergie électrique écolo » persifle Hermine de Kerangat « la pollution est délocalisée. En Asie ou en Amérique Centrale pour aller chercher les terres rares. Et en campagne pour que les bobos parisiens ne subissent pas les pollutions visuelle et électrique. »





