Skip to content

Éric Zemmour : « C’est moi l’élément commun des droites »

Par

Publié le

9 décembre 2021

Partage

Ce 18 novembre, lorsqu’Éric Zemmour nous reçoit, il ne s’est pas encore déclaré candidat mais c’est tout comme. Nous le prévenons que nous ne sommes pas venus pour lui servir la soupe. Certaines questions vont quand même le surprendre, voire l’irriter. Il en sourira une fois l’entretien achevé. Magnéto, Serge.
ZIZZ

En 1981, vous aviez voté pour François Mitterrand. Pourquoi ce choix, d’autant qu’en 1988, vous avez réitéré, et j’emploie ce terme à dessein ? Sept ans de mitterrandisme ne vous avaient pas suffi ?

 C’est tellement ancien, c’est étrange comme question… Déjà, en 1981, j’avais à peine plus de 20 ans, et, comme dirait l’autre, je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie, parce qu’on est assez bête à 20 ans. De plus, il faut se replacer dans le contexte. À l’époque, le clivage était social et la question était celle de la répartition des fruits de la croissance. Certes, mon père avait voté pour de Gaulle en 1965, mais je venais d’une famille modeste, de ce qu’on appelle les « classes populaires », ce qui a joué lors de mon vote. Plus tard, c’est cette fibre sociale qui me fera pencher vers le « gaullisme de gauche » et me rapprocher de Philippe Seguin. En 1988, j’avais fait un vote plus personnel. J’avais l’impression – à tort d’ailleurs – que François Mitterrand avait plus la stature d’un homme d’État que Jacques Chirac. De plus, je n’étais pas du tout séduit par le discours thatchérien de Chirac, lequel m’inspirait d’autant moins confiance qu’il avait renoncé, après « l’affaire Malik Oussekine », aux réformes du droit du sol, du Code de la nationalité, etc. Enfin, j’avais engagé ma mue, mais elle n’était pas achevée. Ce qui me fait basculer, c’est d’abord, en 1989, l’affaire des trois jeunes filles voilées de Creil. Là, je comprends que nous n’assimilons plus comme nous l’avons fait au cours des décennies précédentes avec des générations d’immigrés et que la question identitaire va se poser. Moi qui ai connu, dans ma famille, les grand-mères habillées à l’orientale qui avaient décidé de se vêtir à l’occidentale, ou à la française, afin de s’assimiler, je sais ce que signifie le port du voile par ces jeunes filles : l’affirmation d’une réislamisation. Le deuxième événement sera la bataille autour du traité de Maastricht, c’est-à-dire pour ou contre la persistance de la souveraineté nationale. Je suis ressorti complètement transformé politiquement par ce double clivage ; je l’ai raconté dans le Suicide français.

Si je vous ai posé la question, c’est parce qu’il est assez peu connu que vous venez de la gauche, mais aussi parce qu’une grande partie des maux que vous pointez provient des décisions prises durant les années Mitterrand et que vous en êtes en partie responsable par vos votes. Une psychanalyse à deux balles dirait que vous êtes en train de vous racheter…

On pourrait dire aussi que le regroupement familial, décidé en 1976, est la mère de toutes les erreurs, ou faire remonter celles-ci à l’immigration maghrébine des années 1960-1970, et là je ne votais pas. Non, je ne cherche pas à me racheter. J’ai voté comme j’ai voté, je regrette parfois certains choix, mais on ne va pas revenir sur le lait renversé, comme disait Chirac. J’ai d’ailleurs voté pour lui au second tour de la présidentielle de 1995 et je le regrette.

Quelle évolution entre 1981 et maintenant !

Mais c’est ça la vie : on change, on évolue, et la société aussi. Je viens de la gauche, mais aujourd’hui, le clivage majeur est identitaire : est-ce qu’on défend l’identité de la France ou est-ce qu’on accepte qu’elle se noie définitivement dans une autre civilisation ? Dans les années 1980, elle ne se posait pas, même s’il faut bien reconnaître que Jean-Marie Le Pen a eu l’intelligence et la prescience de la poser très vite, et qu’il avait tout à fait raison.

Avez-vous déjà été encarté dans un parti politique ?

Jamais !

Est-ce que vous avez milité, tracté, collé des affiches ?

Non plus, jamais.

Ce qui me fait basculer, c’est d’abord l’affaire des trois jeunes filles voilées de Creil

Lorsque cet entretien paraîtra, peut-être aurez-vous fait acte de candidature à la présidence de la République ; en tout cas, le candidat LR à l’Élysée aura été désigné. Et, quel qu’il soit, il aura été désigné sur une ligne que l’on peut qualifier de droitière. Pensez-vous que vous y êtes pour quelque chose ?

Il me semble. Cela ne vous a pas sauté aux yeux ? D’ailleurs il me semble avoir changé et la ligne de la candidate Marine Le Pen, et la ligne des candidats LR. Aucun, je dis bien aucun, n’avait l’intention de parler d’abord d’immigration et d’identité. Quand ils ont vu la percée de mon éventuelle candidature dans les sondages, ils ont tous rétropédalé et ils sont allés ou revenus vers l’immigration et l’identité. On a vu Marine Le Pen changer d’affiche, ce qui n’est pas rien, et les candidats LR faire assaut de propositions plus iconoclastes les unes que les autres sur le sujet, alors qu’ils l’avaient méprisé pendant vingt ans et avaient refusé de le traiter. Je rappelle quand même que Mme Pécresse et M. Bertrand ont quitté les Républicains parce qu’ils estimaient que Laurent Wauquiez, alors président du parti, était trop à droite sur ces sujets-là ! Or il ne disait pas le quart de la moitié de ce qu’ils disent désormais.

Nous allons donc avoir deux candidats sur une ligne droitière : Marine Le Pen, bien qu’elle s’en défende, et le candidat désigné par LR. En avoir un troisième est-il bien raisonnable ?

En d’autres termes, est-ce que vous n’avez pas déjà accompli le boulot ? Vous voulez dire que maintenant que j’ai accompli le boulot, il faut que je m’en aille ? C’est original comme question…

Le mur bâti, le maçon se retire…

Certes, mais à partir du moment où je ne serai plus là, qui vous dit qu’ils feront ce qu’ils n’ont jamais fait ? Vous n’avez aucune certitude, ou plutôt, vous disposez d’un faisceau de présomptions vous permettant de penser qu’ils ne feront rien. Le candidat LR ne fera évidemment pas ce qu’il promet sur ces sujets-là, pour la raison que ces gens-là n’ont jamais rien voulu faire en la matière, alors qu’ils avaient tous les leviers pour agir. Je vous rappelle la convention de 1990 sur l’immigration, organisée par le RPR et l’UDF, en présence et avec l’aimable participation de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, et même François Bayrou et Roselyne Bachelot. Voyez le chemin parcouru par certains d’entre eux… La déclaration finale s’ouvrait par ces phrases : « La question de l’immigration est primordiale pour l’avenir de la France. Si des mesures ne sont pas prises pour remédier aux déséquilibres et aux tensions qui s’observent dans le pays, le risque de voir naître de graves fractures au sein de la communauté nationale grandira inévitablement ». De 1995 à 2012, douze ans de Chirac et cinq de Sarkozy ont suivi. Quelles mesures ont-ils prises ? Aucune ! Alors qu’ils avaient acté que « sur certains points, il y a bien incompatibilité entre l’islam et nos lois » et qu’« aucun recul ne doit être ne serait-ce qu’envisagé [face à l’islam] de la part des Français ». Je tiens l’intégralité des engagements pris à Villepinte à votre disposition. Quant au RN, tout le monde sait que si je n’avais pas été là, Marine Le Pen aurait bien sûr parlé un peu d’immigration, mais on a vu lors de la campagne pour la présidentielle de 2017 qu’elle avait articulé ses discours autour de la sortie de l’euro et des questions économiques et sociales, alors que nous étions un an après le Bataclan ! Elle aurait refait la même chose cette fois si je n’avais pas été là. Si vous pensez vraiment qu’il y a trop de candidats, vous n’avez qu’à demander à celui qui est le plus faible, c’est-à-dire le LR, de se retirer, et non pas à moi ; ce serait plus logique.

Je ne demande rien mais entre les sondages actuels et ceux du printemps prochain, il y aura une campagne présidentielle…

Certes, mais en avril-mai dernier, quand Mme Le Pen était à 28 %, il était évident qu’elle serait au second tour. Aujourd’hui, on ne dit plus cela. Cela étant, je ne suis pas là pour commenter les sondages. Je pense qu’il n’y a jamais de candidats en trop. En 1974, François Mitterrand est le candidat unique de la gauche, il perd. Il gagne en 1981 alors qu’il y a cinq candidats de gauche. Le rêve du candidat unique qui seul permettrait la victoire n’est étayé par aucune réalité[1] . Ensuite, ils parlent tous d’immigration et d’islam parce que j’en ai parlé et que j’ai fait cette percée dans les sondages. Enfin, si vous avez bien étudié ces sondages, vous voyez que je suis le seul à rassembler les deux électorats, celui du RN et celui de LR. Les autres restent chacun dans son couloir et ne prennent aucune voix à l’autre. Je suis une sorte de synthèse de tous ces candidats. C’est moi l’élément commun des droites.

Les uns vous placent dans la lignée de Charles Maurras, d’autres dans celle de Charles Péguy : dans quelle filiation intellectuelle vous reconnaissez-vous ?

Si on prend les trois droites de René Rémond, je suis plutôt dans la lignée de la droite bonapartiste. Pour les influences intellectuelles, je me reconnais davantage dans une droite qui va de Barrès à Péguy, c’est-à-dire une droite qui aime la nation, l’État, l’autorité, qui défend la gloire du pays. Je suis d’une droite gaullo-bonapartiste, je ne peux pas dire mieux. Au-delà de ça, il y a les enjeux et ils sont bien différents selon les époques. Le nôtre, c’est celui de la survie de notre pays et de la civilisation européenne et française.

La défense de la civilisation impose de contenir l’expansion musulmane mais il y a quelque chose d’encore plus difficile, c’est de faire perdurer, en soi, cette civilisation qui est, pour ce qui concerne la France, complètement déchristianisée. Est-ce que le pouvoir politique peut, au nom de la pérennité de cette civilisation, être opérant en ce domaine, c’est-à-dire aider à la re-christianisation ?

Je comprends votre question mais je m’étonne qu’on me la pose. Je ne vais pas obliger les gens à aller à la messe et ce n’est pas moi qui vais leur donner la foi. J’ai l’impression qu’on me pose cette question pour mieux éviter la vraie responsabilité qu’a notre génération : arrêter l’islamisation de la France. Il faut d’abord se défendre contre le remplacement d’une population par une autre et d’une civilisation par une autre. Est-ce qu’on accepte la loi de la démographie, et dans ce cas on sait que le destin de notre pays sera d’être, au mieux, un Liban en grand, ou veut-on que la politique combatte la loi de la démographie ? C’est tout l’enjeu de cette présidentielle. Le reste, ce sont des prétextes parce qu’on a peur d’affronter cette question-là.

Lire aussi : Villepinte : Éric Zemmour à la hauteur

Sur le plan démographique, souhaitez-vous engager une politique nataliste ?

Il suffit tout simplement de reprendre la politique nataliste, démographique et familiale que l’on avait avant François Hollande et de l’orienter vers une natalité française. Car si le taux de fécondité est de 1,8 enfant par femme, c’est parce que la fécondité des femmes maghrébines est de 3,5, soit plus que dans leurs propres pays, tout un symbole ! Et que la fécondité des femmes turques en France est de trois enfants. Nous devons donc supprimer le droit du sol, supprimer les allocations familiales pour les étrangers et rétablir les allocations familiales universelles pour les Français, c’est-à-dire supprimer les plafonds en fonction des conditions de ressources. Je rappelle que les allocations ont été conçues non pas comme un moyen de réduire les inégalités, mais de favoriser la natalité. En faire un outil de redistribution des revenus est une perversion, pour ne pas dire un hold-up ou un détournement de fonds publics.

En lisant vos propositions, j’ai l’impression qu’on va systématiquement bloquer sur le principe d’égalité. Sur les prénoms par exemple, au nom du principe d’égalité, vous ne pouvez pas seulement pointer du doigt le prénom Mohammed, alors vous nous parlez en même temps des Erwan, des Nolwenn, des Kevin, etc.

Ce n’est pas par principe d’égalité. Cette histoire des prénoms, qui a fait beaucoup de bruit et continue de faire parler – la preuve ! – est un symptôme de la défrancisation. Afin de l’enrayer, et d’empêcher, entre autres, la prolifération des prénoms coraniques comme on disait jadis dans le Code civil et dans les circulaires de l’administration, on revient simplement à la règle qui était la règle républicaine depuis 1803. Je ne vois pas ce qu’il y a de choquant là-dedans.

Le texte de 1803 stipule de donner un prénom issu d’un calendrier…

Absolument. D’un calendrier chrétien.

Le mot chrétien n’y est pas.

Le calendrier n’était pas le calendrier coranique, on joue sur les mots[2] . Tout le monde sait qu’à Rome, lorsque les barbares ont cessé de prendre des prénoms romains, ils sont devenus de moins en moins romains. Ce »e a$aire de prénoms est un symbole. Des générations d’immigrés ont donné à leurs enfants des prénoms tirés du calendrier chrétien parce qu’ils voulaient que leurs enfants vivent comme des Français, ce n’est pas plus compliqué que ça. Je pense même que ça rendra service à tous les enfants. À ceux des classes populaires, parce que les prénoms américains sont vus comme un stigmate des classes défavorisées. Et à ceux issus de l’immigration, parce que ça les aidera à se faire mieux accepter par la population et c’est tout à fait légitime. La population française est la moins raciste du monde, mais elle a besoin que ceux qui viennent d’ailleurs démontrent qu’ils aiment notre culture, qu’ils veulent s’agréger à notre peuple, bref, qu’ils donnent des signes d’amour et de rapprochement culturel. C’est tout. Vous savez, l’autorité de l’État peut aider à la liberté. C’est la fameuse phrase de Péguy : « C’est l’ordre qui fait la liberté, et le désordre qui fait la servitude ». L’autorité de l’État peut aider les gens à se libérer de la pression de leur entourage et de leur famille.

Mais en même temps, vous faites sauter les prénoms basques, corses, bretons, etc. C’est ce que vous écriviez dans une tribune pour Valeurs actuelles, « Pour en finir avec l’histoire des prénoms », en vous félicitant de ce qu’avait fait la IIIe République de façon violente.

Elle a été brutale mais pas violente, n’exagérons rien[3]. Mais contrairement à ce que vous croyez, les gens le souhaitaient. Ils voulaient devenir français.

Il faut d’abord se défendre contre le remplacement d’une population par une autre et d’une civilisation par une autre

Bixente Lizarazu est basque et français…

Il y a quarante ans, il ne se serait pas appelé Bixente. Il se serait appelé Vincent. Il y a eu, à partir des années 1970-1980, une remontée du sentiment régionaliste, qui est respectable et je fais la différence entre des prénoms régionaux et étrangers, mais on peut très bien donner le prénom régional en deuxième prénom. On peut chipoter des heures, mais, pendant ce temps, l’islamisation de territoires entiers, qui se transforment en enclaves étrangères, se poursuit. Souvenez-vous de cette scène, en avril dernier, quand Emmanuel Macron est allé à Montpellier et qu’une femme voilée lui a dit que son fils de 8 ans lui avait demandé si le prénom de Pierre existait vraiment, « tellement il y a un manque de mixité dans le quartier ». Voilà où on en est aujourd’hui. Alors vos histoires de Bixente ou d’Erwan… En 2010, des chercheurs avaient réalisé une étude très intéressante avec le nom Diouf. Ils avaient envoyé des CV avec ce patronyme, les uns avec le prénom de Marie, les autres avec celui de Khadija. Et il y avait un troisième CV, pour servir de référence, au nom d’Aurélie Ménard. Marie Diouf avait eu presqu’autant de réponses qu’Aurélie Ménard, tandis qu’Haïsha Diouf en avait reçues beaucoup moins. Pourquoi ? Parce que le nom, c’est la référence aux origines ; le prénom, c’est le symbole de la nouvelle vie de la personne qui s’est agrégée, ou non, au peuple français. Marie Diouf s’y était agrégée, pas Haïsha Diouf.

Vous êtes « opposé par principe à toute forme de manifestation communautariste », avez-vous déclaré dans un entretien à Causeur. Êtes-vous favorable à l’idée portée par Marine Le Pen d’inscrire dans la Constitution que « la République ne reconnaît aucune communauté » ?

Je ne vois pas l’intérêt de mettre une telle phrase dans la Constitution, qui est déjà beaucoup trop surchargée. J’aimerais bien que l’on revienne à l’épure de la Constitution de la Ve République.

Avant d’y venir, les « manifestations communautaristes » ne sont-elles pas tout simplement naturelles, c’est-à-dire, par exemple, que les Bretons à Paris vont se retrouver de préférence avec les autres Bretons à Paris ?

Le problème n’est pas les communautés. Je ne comprends même pas cette question. Par communautaristes, j’entends ces minorités qui veulent imposer leur loi à la majorité et veulent faire sécession par rapport à la loi collective. C’est tout. Nous vivons à une époque où on a défait les Français. Il faut refaire des Français.

Venons-en donc à la Constitution. On revient sur la conception extensive du bloc de constitutionnalité ?

Voilà enfin un sujet essentiel. Effectivement, ce qui m’importe, c’est le pouvoir qui est donné aux juges. Il est devenu démesuré. Nous avons complètement dénaturé l’esprit de la Ve République, non seulement en permettant aux juges du Conseil constitutionnel, de la Cour européenne des droits de l’homme et de la Cour de Justice de l’Union européenne d’imposer leur doxa aux représentants du peuple, mais en faisant en sorte que la loi soit jugée en permanence par les juges. C’est le contraire même de la démocratie. Nous sommes passés du droit par la démocratie à la démocratie par le droit. Nous devons revenir au droit par la démocratie, c’est-à-dire que ce n’est pas au juge de décider, mais au peuple et à ses représentants. Pour cela, nous utiliserons le référendum. Par exemple, j’organiserai un référendum sur la politique de l’immigration avec toutes les mesures que je préconise. Parce que c’est au peuple français d’en décider et parce que si on passe par la voie parlementaire, toutes les décisions seront annulées par le Conseil constitutionnel au nom de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme ou en vertu du préambule de la Constitution – la Déclaration des droits de l’homme de 1789 et le Préambule de la Constitution de 1946.

Lire aussi : Grégor Puppinck : « La CEDH verse dans le militantisme idéologique »

Comment cela ?

La Déclaration des droits de l’homme et le Préambule de 1946 ont été conçus comme des déclarations politiques, qui n’avaient pas vocation à devenir des articles de droit. Jusqu’au détournement, qui s’apparente à un coup de force, opéré en 1971 par le Conseil constitutionnel. D’autre part, jusqu’à l’arrêt Nicolo du Conseil d’État de 1989, le juge français refusait de juger la loi : on appelait cela la théorie de la loi-écran. Et la loi postérieure votée par le Parlement français s’imposait aux directives et aux traités. C’est-à-dire que contrairement à ce que disent les européistes, en tête desquels Emmanuel Macron, il est faux de dire que l’ordre juridique européen s’est toujours imposé tout naturellement à l’ordre constitutionnel français, et même à l’ordre législatif français, en vertu du traité de Rome. Cela ne date pas du traité de Rome mais d’une décision du Conseil d’État en 1989 ! Nous devons revenir à la situation antérieure, et cela passera par une révision constitutionnelle, car ce qu’on présente comme un grand progrès de l’État de droit n’est qu’une dérive oligarchique profondément scandaleuse, qui a entraîné un profond recul de la démocratie.

Vous êtes perçu comme un jacobin. Est-ce que, si vous êtes élu, vous recentralisez et donnez plus de pouvoirs aux préfets, ou vous tenez tout de même compte du principe de subsidiarité ?

Il faut évidemment respecter le principe de subsidiarité, et, à ce propos, il serait bien que l’Union européenne le respecte aussi. Cela étant, je refuse de rentrer dans ce clivage archaïque entre jacobins et girondins. Je pense que la décentralisation a fait beaucoup plus de mal que de bien. Elle a accumulé les strates, multiplié les emplois publics peu productifs, compliqué la gestion publique et on ne sait plus qui décide de quoi. Il faut revenir à davantage de lisibilité. On a critiqué l’État napoléonien, mais au moins était-il simple à comprendre : il y avait le ministre, le préfet et le maire. Aujourd’hui, on ne comprend plus rien et beaucoup de maires se plaignent du fait qu’ils n’ont plus de pouvoirs. En vérité, on passe notre temps à recentraliser, non pas à travers l’État central, mais à travers les communautés de communes, les métropoles, etc. Il faut simplifier tout ça.

Vous pensez que ce « vieux pays gallo-romain » est prêt à être présidé par un Zemmour ?

Je pense en tout cas que pour les gens que je rencontre, ce n’est pas un sujet. Je ne peux pas vous dire mieux. Moi j’ai le sentiment d’être justement un « barbare romanisé » et j’invite tous les barbares comme moi à se romaniser. Vous avez compris évidemment la boutade. Le grand paradoxe est que la question a été posée par les représentants des institutions juives, qui se sont comportés comme des juifs de cour. Moi je défends l’idéal assimilationniste que défendaient les institutions juives il y a encore quarante ans, dans la droite ligne de ce que leur avait demandé Napoléon : s’agréger au peuple français, « appartenir à la grande famille de l’État » et considérer Paris comme Jérusalem. C’est exactement ce que j’ai fait. Pour moi, c’est un non-sujet.



[1] Voir « Plus on est de fous, mieux on se porte », par Blanche Sanlehenne, L’Incorrect n° 45

[2] Dans un texte publié le 22 septembre 2021 sur le site de Valeurs actuelles, Éric Zemmour a lui-même précisé, citant le texte de 1803, que celui-ci limitait le choix des prénoms à ceux « en usage dans les différents calendriers, et ceux des personnages connus de l’histoire ancienne ». Ce n’est donc pas jouer sur les mots que de dire que le prénom de Mahomet répond à ces deux critères et c’est bien l’interprétation qu’en avaient faite, dès le début du XXe siècle, les officiels d’état civil, ainsi que l’a relaté notre confrère Le Point dans un excellent article sur le sujet paru en septembre dernier.

[3] Nous n’exagérons rien. Dans le texte déjà cité, Éric Zemmour a bien écrit : « La IIIe République a veillé à effacer les prénoms régionaux, dont les bretons et les basques, au profit des prénoms français. Oui, ce fut une violence dans un certain sens, une discrimination aussi, mais elle a permis de fabriquer des Français qui avaient les mêmes droits et les mêmes chances ».


Un talmudiste à l’Élysée ?

Si Éric Zemmour ne s’est pas offusqué de notre dernière question, c’est que, en homme de culture, il a parfaitement saisi à quoi elle faisait référence : à l’esclandre provoqué, juste après la victoire du Front populaire, par celui qui deviendra, en mars 1941, Commissaire général aux questions juives de l’État français. Le 4 juin 1936, Léon Blum devient président du Conseil. Le 6 juin, Xavier Vallat prend la parole à la tribune de la Chambre des députés. Devant la représentation parlementaire, il explique pourquoi il ne votera pas la confiance au gouvernement. Pour des raisons politiques et, ajoute-t-il, en raison de « M. Blum lui-même ». On craint le pire, on a raison.

« Votre arrivée au pouvoir, monsieur le Président du conseil, lance Xavier Vallat devant ses pairs et en présence de Léon Blum, est incontestablement une date historique. Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné… » « Prenez garde, M. Vallat », l’interrompt le président de séance. Il n’en a cure et finit sa phrase : « … par un juif ». Tohu-bohu dans les travées, admonestation du président de séance, qui lui inflige à un rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal de la séance, mais Xavier Vallat peut poursuivre. Ainsi qu’il le fait remarquer, après tout, ce n’est qu’une constatation. Pour le moment…

Car la suite, moins connue, n’est pas piquée des hannetons, selon une expression qui était fort usitée à l’époque mais est devenue désuète. Non seulement Xavier Vallat insiste en reformulant son propos (« Je constate que, pour la première fois, la France aura eu son Israël », ce qui fera réagir en ces termes André Le Troquer, futur président de l’Assemblée nationale sous la IVe République : « Cela nous change des jésuites »), mais il assène que « pour gouverner cette nation paysanne qu’est la France, il vaut mieux avoir quelqu’un dont les origines, si modestes soient-elles, se perdent dans les entrailles de notre sol, qu’un talmudiste subtil »! Le scandale fut grand, les soutiens qui lui furent apportés aussi, à commencer par ceux du groupe auquel il appartenait, la Fédération républicaine. Comme quoi les mots restent, leur sens évolue… Notre question visait donc à savoir si Éric Zemmour pensait les Français prêts à ce que la France fût présidée par un juif. Si c’est un « non-sujet », c’est que la réponse est oui. Il est vrai que parmi les antisémites les plus vindicatifs présents sur le sol français, beaucoup n’ont pas le droit de vote. Enfin, pas encore.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest