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Avec À la première personne, Alain Finkielkraut nous livre les éléments qui l’ont constitué en tant qu’intellectuel et ce qui lui vaut, à présent, d’être traité de réactionnaire, agoni par la bienpensance, voire agressé en pleine rue comme ce fut le cas, il y a quelques mois, par un Gilet jaune salafisé ou lors de « Nuit debout ».
Interrogation en forme d’autobiographie, il explore la façon dont le monde est, selon lui, devenu fou, d’autant que son parcours le lie à ce monde qui s’est presque renversé. De la réflexion sur l’amour, qui le fit rentrer en littérature, à la mémoire des camps en passant par son amitié avec Michel Foucault, ce sont trois manières dont la France se défait dans la psychose.
Finkielkraut ouvre son livre en écrivant, à propos de sa jeunesse soixante-huitarde : « Au commencement était le conformisme », plus loin il nous raconte sa généreuse naïveté à propos de l’avènement occidental de la démocratie libérale parce qu’il pensait qu’elle figurerait le lieu de l’incertitude, l’agone où le débat fabriquerait la pensée parce que nul, dans sa subjectivité propre et imparfaite, comme toute subjectivité, ne pouvait croire qu’il possédait la vérité à lui seul.
L’amour qui s’abolit inéluctablement dans l’indistinction des genres pour ressembler de plus en plus à l’atroce grimace du même, Auschwitz que l’on reproche aux juifs par l’intermédiaire de l’État d’Israël, diabolisé jusqu’au délire, quand dans un même geste on ne nie pas tout simplement la Shoah, de telle sorte qu’une certaine doxa néo antiraciste place les juifs dans la situation intenable d’être à la fois indignes de la mémoire de leur extermination tout en exagérant celle-ci ; tout cela sous le patronage de Foucault qui ne fut ni antisioniste ni un apologue aussi radical qu’on voudrait bien nous le faire croire de la destruction identitaire, et dont on se demande si ses disciples autoproclamés l’ont véritablement lu…
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Alain Finkielkraut ne donne de prime abord aucune explication, mais relate une évolution, lui qui vient d’une génération née juste après la catastrophe de la Seconde guerre mondiale et pour laquelle le pire était derrière elle, alors que sa possibilité se retrouve aujourd’hui devant nous, sous des formes neuves. Les demi-habiles en tous genres auront alors tôt fait de reprocher à Finkielkraut d’être lui-même le préfigurateur de ce qu’il condamne aujourd’hui, ce que l’auteur de L’imparfait du présent reconnaît cependant à demi-mot. Mais ce serait lui faire un mauvais procès tant il ne suffit pas d’être réactionnaire, de regretter le passé pour comprendre le présent.
Aucun reniement donc chez Finkielkraut, mais la crainte d’un monde qui ne sait plus le sens de la première personne parce qu’à force de ne prononcer qu’elle, il en a oublié toutes les autres.
Finkielkraut ouvre son livre en écrivant, à propos de sa jeunesse soixante-huitarde : « Au commencement était le conformisme », plus loin il nous raconte sa généreuse naïveté à propos de l’avènement occidental de la démocratie libérale parce qu’il pensait qu’elle figurerait le lieu de l’incertitude, l’agone où le débat fabriquerait la pensée parce que nul, dans sa subjectivité propre et imparfaite, comme toute subjectivité, ne pouvait croire qu’il possédait la vérité à lui seul. Alors, la judéité comme l’amour, et avec Foucault aussi, tout cela raconte le chemin d’Alain Finkielkraut vers la singularité qui seule peut nous libérer du conformisme où, pris d’une mauvaise fièvre, nous voulons tous nous reposer. Aucun reniement donc chez Finkielkraut, mais la crainte d’un monde qui ne sait plus le sens de la première personne parce qu’à force de ne prononcer qu’elle, il en a oublié toutes les autres. Il était temps, dans ces conditions, de rappeler sa place et de retrouver cette subjectivité fragile qui nous fait mieux homme que la force des convictions…
Rémi Lélian
À LA PREMIÈRE PERSONNE Alain Finkielkraut Gallimard 124 p. – 14 €

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