Quel est le plus grand traître français ?
Le comte de Bourmont. Aristocrate, il est contre la Révolution. On le retrouve dans l’Armée de Condé pour combattre la République. À Valmy, il est avec les Prussiens. Lors du débarquement des émigrés à Quiberon en 1795, il est encore là. Plus tard, il accepte de Napoléon le grade de colonel. Bourmont est une girouette qui n’attend pas de rouiller pour se fixer. C’est un vol-au-vent. Il est avec Ney lors du retour de Napoléon de l’île d’Elbe. Comme on le sait, Ney, qui a trahi l’Empereur, s’agenouille devant lui et trahit donc Louis XVIII. Bourmont l’imite. Mais en bon faux-jeton, il avertit quand même le gouvernement royaliste… Pistonné par les généraux Gérard et de La Bédoyère, et surtout par Ney, il obtient le commandement d’une division à Waterloo. Mais là, ni une ni deux, à la veille de la bataille, il passe à l’ennemi. Il lèche les bottes des Prussiens. Comme l’a dit Talleyrand, expert en matière de traîtrise : « La trahison est une question de dates. » Bourmont a choisi la sienne.
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La trahison suppose-t-elle toujours du talent ?
Le traître n’a qu’une seule patrie : la sienne. Qu’ils se nomment Condé, Rohan, La Fayette, Bernadotte, Pichegru, Bazaine, Laval, Doriot, Giscard, Chirac, Sarkozy, Macron ou Mélenchon, ils portent tous la trahison en sautoir. Ne pas trahir s’assimile à une faute de goût. Et la bravoure, cela va de soi, n’exclut pas la trahison. En France, ceux qui ne figurent pas dans la liste des traîtres, comme Bayard ou Lannes, sont morts au feu.
Le traître est le maillon fort de l’Histoire. Sans traître, pas d’Histoire. Et encore moins d’histoires. Que serait le comte de Monte-Cristo sans ses amis Morcerf, Danglars et Villefort ; Roland sans Ganelon ou Lagardère sans Gonzague ? Sans les traîtres, on s’ennuierait. On adore les détester. Au fond, le talent du traître, c’est de trahir avec alacrité. Sa noirceur doit avoir de l’éclat. C’est son talent d’Achille…
De quel traître Emmanuel Macron se rapproche-t-il le plus ?
Macron, c’est l’homme des vérités captives, des ondoiements amers, des énergies désespérées. Macron, c’est l’ombre d’un rêve. Un jour, le sémillant Gabriel Attal a dit : « Je ne comprends plus les décisions du président de la République. » Mais qui les comprend ? Macron, qui porte le nom d’un préfet de prétoire romain qui fit étouffer l’empereur Tibère, étouffe dans son narcissisme. Ce Jupiter de contrebande, comme disait l’abominable Hébert dans son torchon révolutionnaire Le Père Duchesne, est un « foutre de guerre ». Il a été le Brutus d’un César qui fait plus penser à une césarienne du PS qu’à un conquérant de haute graisse. On ne lui en veut pas d’avoir trahi Hollande, ce mec « normal », président fantôme d’un quinquennat minable. Non, on lui en veut simplement d’avoir le cul entre deux promesses, entre deux convictions. Il est « en même temps » Dammartin (pour l’ingratitude), Cinq-Mars (pour l’ambition) et Marmont (pour l’argent). Mais sans faire d’étincelles. Plutôt feu follet. Et plutôt follet que feu.






