Sourire à la Belmondo, poignée de main franche et chaleureuse, François Guillaume a gardé son aura d’homme politique. Lui qui désormais s’occupe de différentes associations dont l’une lui tient particulièrement à cœur, ayant pour mission le développement des pays pauvres (« Le plan Guillaume pour un nouvel ordre économique mondial »), n’a pas perdu son sens aiguisé d’homme d’action. « Alors de quoi va-t-on parler? De mon parcours? Il faudrait un livre entier pour tout raconter ». Ancien patron de la FNSEA, ancien ministre de l’Agriculture, ancien député européen puis national, le natif de Ville-en-Vermois, petit village au cœur de la Lorraine, ne renie pas ses origines: « Le monde paysan permet d’acquérir une chose importante, le sens du concret: nous sommes au plus près des réalités ». Mais le jeune homme de l’époque voulait choisir sa vie et se sentait enfermé dans un destin tout tracé qu’il n’avait pas vraiment choisi : « Je me sentais à l’étroit dans cette vie que l’on avait un peu décidée pour moi. Les tracteurs, les champs, ensuite passer le flambeau à mes enfants, etc. J’ai voulu m’extirper de tout cela. Je me suis alors demandé quoi faire; tout est parti de ce choix ».
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L’idée du syndicalisme fait son chemin et le jeune François Guillaume s’engage jusqu’à devenir président national du syndicat des jeunes agriculteurs. Belle idée puisqu’il sera invité par le Général de Gaulle à l’Élysée ; ce sera peut-être, sans qu’il le sache, l’origine de ses débuts en politique. Bien des années plus tard, alors qu’il est président de la FNSEA, Chirac l’appelle pour lui demander son avis sur la nomination du prochain ministre de l’Agriculture. Aucun nom ne sort de l’entretien, alors la proposition fuse : « Pourquoi pas toi, François? Réfléchis et donne-moi ta réponse en fin de matinée ». En bon politique de terrain, l’intéressé fait le tour de ses collègues présidents des quatre grandes organisations agricoles, de ses réseaux, de sa famille et recueille leurs avis. « Comme mes collègues paysans m’ont dit être assurés que moi, au moins, je travaillerais pour le monde agricole, j’ai accepté ». Mais le jeune ministre n’y va pas pour faire de la figuration. « Dès mon arrivée je savais ce que je voulais : revenir au Marché commun d’origine favorable à la France, m’imposer à Bruxelles face à mes collègues européens et notamment rejeter tout système d’aide se substituant à l’économie de marché, desserrer le corset administratif, libérer le Crédit agricole de sa tutelle publique ». Et François Guillaume n’hésite pas à couper des têtes!
Par crainte de leur hostilité à sa politique, sept des neuf directeurs centraux seront alors renvoyés et remplacés, avec l’approbation du président de la République. Le style Guillaume est posé et il ne disparaîtra jamais. Avec le Père Bonnet, dominicain lorrain très connu et respecté, ils incarnent un duo unique au cœur de la République. « Le père Bonnet jouait souvent au conciliateur, il se promenait toujours en habit blanc et excellait dans son rôle de conseiller et de diplomate. Il nous a sortis de nombreux guêpiers. Sa seule présence en imposait ». Cette collaboration a sans doute maintenu en lui une certaine humilité : « Je n’ai jamais voulu qu’une loi porte mon nom; quand on est aux responsabilités, on travaille pour le pays, pas pour son ego. Les lois votées sont les lois de la République et rien d’autre ».
« Dès mon arrivée je savais ce que je voulais : revenir au Marché commun d’origine favorable à la France »
François Guillaume
Son regard sur le monde politique d’aujourd’hui est dur mais juste. Quand on a connu de Gaulle, il est compliqué de s’extasier sur les Macron, Le Pen, Pécresse et autres. Sur cette dernière, une anecdote est révélatrice des accommodements à but politicien que s’autorise la quête aux suffrages: lors d’une réunion de travail à l’Assemblée nationale sur le sujet de l’adoption, proscrite par la religion musulmane, ce qui posait problème pour l’attribution des aides publiques, Valérie Pécresse eut la fâcheuse idée de proposer de reprendre une disposition de la charia dans la Constitution française qui lèverait l’obstacle : inacceptable pour l’ancien ministre alors député qui, furieux, monte au créneau pour contrer avec succès celle qui, on ne l’a que trop vu, n’en est pas à un arrangement près avec l’islam.
Adepte des discours de Nicolas Dupont-Aignan et d’Éric Zemmour, il regrette toutefois une présentation parfois trop radicale par ce dernier du mode d’application des nécessaires mesures pour l’immigration. C’est pourquoi il lui a adressé un message en ce sens au début de sa campagne électorale : « Il faut humaniser votre discours en proposant d’aider ces populations à vivre chez elles pour qu’elles ne viennent pas chez nous. Je crois savoir ce qu’il faut faire ».
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Finalement, le parcours de François Guillaume aura été celui d’un homme de la terre souhaitant protéger la sienne et celle de ses ancêtres et, au-delà, celui d’un défenseur de tous ces hommes et femmes qui, ici et ailleurs, cultivent avec soin une terre « qui ne ment pas ». L’enracinement au pouvoir.





