Durant le Carême, le peintre François-Xavier de Boissoudy exposait aux Bernardins, une belle manière de nous présenter son œuvre au sein de la démarche où elle se développe : ni en vue d’une simple « sortie culturelle », ni pour le plaisir de l’analyse de quelques laborantins de l’art, non, mais pour une communion dynamique. « Au lieu de développer une mythologie personnelle, ce qui m’intéresse, c’est de renouveler l’héritage. » affirme le peintre à l’œil pétillant, vibrant d’une espèce de gaieté fiévreuse. Communion avec les spectateurs, que Boissoudy convie à partager une évidence, celle de la vie avec le Christ, et par là, communion de toute une civilisation. Il y aurait, sinon, le risque si contemporain de ne parler que de soi, « d’être abscons et de développer un langage intellectuel qui ne devrait pas être nécessaire. » Un hermétisme artificiel, en somme, une ombre égotique, à laquelle le peintre n’oppose pas une évidence littérale, évidemment, sans quoi on s’ennuierait, mais le défi plus stimulant que constitue un partage de l’invisible.
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Flash intérieur et lumière du jour
Boissoudy ne nous parle pas de concepts, mais d’expérience ; ce qui l’anime va bien au-delà d’une projection cérébrale. Dans une première vie, dans sa propre antiquité (chaque homme, finalement, vit une forme d’antiquité avant d’entrer à plein dans son histoire – quand il la trouve), le peintre est un dandy qui crée essentiellement à partir de sa souffrance (« un fonds de commerce qui manque d’intérêt relationnel », note-t-il, piquant). Et puis un flash, un jour, en tout cas, un genre d’éblouissement spirituel au terme duquel tout est retourné. Le peintre voit quelque chose : une femme, sa mère biologique dont il souffrait toujours de l’abandon, il la bénit, il se bénit. « Il faisait beau ce jour-là, et j’ai confusément mêlé la guérison intérieure avec la lumière extérieure. » La lumière fut et le peintre advint. Un tour d’horizon des toiles et l’on perçoit immédiatement le magistral écho du phénomène intime : comment la lumière déborde.
Boissoudy ne nous parle pas de concepts, mais d’expérience ; ce qui l’anime va bien au-delà d’une projection cérébrale.
Mais quelle technique emploie-t-il donc, ce peintre qu’une grâce authentique a retourné vers le dehors, pour qu’on trouve dans sa peinture une telle empreinte de la lumière du jour ? Il a enfreint l’une des règles de base de la peinture, nous explique-t-il. Au lieu de recouvrir entièrement la toile, Boissoudy laisse le blanc du papier « comme manifestation de la lumière », puis il tourne autour de cette lumière avec le noir de l’encre de chine ou la boue de l’encre à base d’ocre. Comme dans les grottes de Lascaux, c’est la terre qui crée le langage afin d’exprimer ce qui dépasse la terre, tandis que la lumière, nue, se révèle dans son épiphanie spontanée. Cette brutalité est efficace. On renouvelle la tradition non pas en adaptant des formes mais en réitérant un choc.
Nouvelles perspectives
Si la lumière, de n’être pas figurée mais directement agissante, ouvre sur un autre plan les peintures de François-Xavier Boissoudy, celles-ci nous convient avec une insistance sensible pour nous arracher à la salle. Les grands formats qui renforcent l’impression de réel, les silhouettes floues mais contemporaines qui participent à abolir la distance temporelle avec les événements représentés : l’ensemble forme comme un dispositif qui nous précipite vers la scène ou le visage, puis ces figurations renvoient elles- mêmes à la lumière, une ligne de fuite verticale brouillant les règles de perspective comme réinventées en vue d’un horizon transcendantal.
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En voulant faire de ses visions des supports à la prière, Boissoudy considère qu’il revient à la fonction primitive de l’art, « primitive » à entendre au sens de « primordiale », c’est-à-dire complète et non disloquée par l’exténuation des formes, une expérience autant esthétique que spirituelle à vivre en amont comme en aval de l’œuvre. Spectateur et créateur, lumière et boue : tout est ainsi connecté, crucifié pour son accomplissement. Et la terre tourne un peu moins en vain.

STAT CRUX,
FRANÇOIS-XAVIER DE BOISSOUDY, Première Partie, 160 p., 33 €





