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Fratelli tutti ou le manifeste « chrétien » de la décivilisation occidentale

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Publié le

10 novembre 2020

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L’Occident meurt. Nombreux sont les spectateurs de son agonie, impuissants, médusés, en proie à un mélange de colère et de tristesse.
Pape

Les causes de la décadence civilisationnelle de l’Occident, et en particulier de la France, sont aujourd’hui à ce point connues qu’il est presque fâcheux d’avoir à les énumérer à nouveau : progressisme, droit de l’hommisme, cosmopolitisme, libéralisme, égalitarisme, gauchisme, post-nationalisme, capitalisme mondialiste, décolonialisme, indigénisme, islamisme. Nous avons cependant vu apparaître récemment une nouvelle variable dans l’équation décivilisatrice, un acteur inédit de cette guerre idéologique qui est menée sans relâche contre l’Occident : le christianisme. Contre toute attente, celui-là même qui se trouve à la racine de la civilisation occidentale – non seulement son fondateur mais le garant de sa survie – est entré en dissidence sous la plume du pape François, via l’encyclique Fratelli tutti, laquelle vise à légitimer moralement, évangéliquement même, sa destruction.

Quel est le projet de cette encyclique ? En filigrane : offrir, sous couvert de bonnes intentions fraternelles, quinze siècles de civilisation française aux migrants. Paragraphe 124 : « Nous pouvons affirmer que chaque pays est aussi celui de l’étranger ». Un étranger qui disposera ainsi de tout ce que la France comporte de richesses, car le droit de propriété y est soumis au « principe de la destination universelle des biens créés », dont « personne ne peut être exclu, peu importe où il est né ». En résumé : la France et ce qu’elle contient n’appartiennent plus aux Français, elle appartient à tous.

François ne voit que des brebis, il se refuse à voir les loups. Il ne se préoccupe donc pas, comme le bon Berger, de la protection de son troupeau

Le peuple français n’est plus souverain ; les revendications des étrangers présents sur le sol français, qu’elles soient islamistes ou indigénistes, ont une valeur et une légitimité égales à toutes les autres. La liste, toute mélenchonienne, des droits à accorder aux migrants est dans la même veine : « augmenter l’octroi des visas » ;  « ouvrir des comptes bancaires » ; « donner la possibilité de travailler » ; « favoriser le regroupement familial et préparer les communautés locales aux processus d’intégration », etc. Faut-il détailler l’impact de telles préconisations sur le basculement civilisationnel en cours ?

Il ne s’agit cependant pas ici d’opérer une critique globale de cette encyclique dans laquelle on trouve aussi de beaux passages, mais de poser le doigt sur ses deux principales faiblesses. Tout d’abord, l’incapacité du pape François à prendre en compte la nature du Mal. En effet, l’oubli de cette phrase de l’Évangile : « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; soyez donc rusés comme des serpents » (Mt, 10, 16) traverse l’ensemble de ce long texte qui, paragraphe 94, commande de considérer l’autre comme « précieux, digne, agréable et beau ». En résumé : François ne voit que des brebis, il se refuse à voir les loups. Il ne se préoccupe donc pas, comme le bon Berger, de la protection de son troupeau. Il l’offre en sacrifice. 

Lire aussi : La fabrique du chaos civilisationnel

Autre erreur : le mélange entre le « je » et le « nous », l’individu et la nation. Lorsque le message clérical s’adresse à l’individu, il conserve sa teneur chrétienne ; lorsqu’il s’adresse à la nation, il pose un jalon politique. Or, si le chrétien a effectivement le devoir de s’ouvrir aux autres en tant qu’individu – tout en tenant compte de la consigne de prudence énoncée par le Christ – le même devoir ne s’applique jamais collectivement à un corps politique. Car faire d’une consigne privée une loi politique revient à signer l’arrêt de mort de la nation tout entière.

C’est Machiavel qui, en la matière, a énoncé la règle indépassable : « Un homme qui veut en tous les domaines faire profession de bonté, il faut qu’il s’écroule au milieu de gens qui ne sont pas bons. Aussi est-il nécessaire à un prince, s’il veut se maintenir, d’apprendre à pouvoir ne pas être bon… » Le Souverain doit savoir, et vouloir, faire usage du Mal lorsque c’est nécessaire. Jorge Bergoglio, ignorant cela, impose au politique de refuser de défendre son peuple contre le Mal, allant jusqu’à disqualifier le concept de « guerre juste » élaboré par Saint Augustin.

Jorge Bergoglio ordonne la fraternité universelle. Le Christ met l’individu en garde. Machiavel met le corps politique en garde. Si la France a assurément besoin de fraternité, elle a bien plus encore besoin de sagesse et d’intelligence.

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