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Gabrielle Cluzel dirige le site d’information Boulevard Voltaire. D’une méfiance instinctive pour le conceptuel trop abstrait, elle met sa plume au service de la France rurale et de province.
Gabrielle Cluzel est dubitative. Sur un célèbre blog de la « réinformation », elle a lu un billet incroyable au sujet d’une comptine musulmane censément apprise aux élèves d’une école catholique sous contrat. Avant de publier un papier, la directrice de rédaction tient à rassembler des preuves. Bien lui en prend. C’était un canular particulièrement vicieux organisé par une militante de gauche pour décrédibiliser la droite et ses canaux d’information.
Professionnaliser le site dont elle a la charge est l’objectif qu’elle s’est fixé : « Il y a une forte demande de traque de la fake news. Quand on voit le travail des sites comme checknews de Libé, c’est assez sain. Le problème est qu’ils traquent plus à droite qu’à gauche. » Alors comment faire, dans un site dont l’ADN est la contribution de chacun ? Par le travail de journalistes de terrain, comme Charlotte d’Ornellas d’abord puis Marc Eynaud, et par la demande incessante et rigoureuse de sources, de preuves, et se battre contre les acquis et les évidences.
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Un travail prenant qui nécessite une mobilisation sept jours sur sept mais qui semble porter ses fruits. Le cordon sanitaire qui était installé autour des médias dits « de droite » craque de toute part. Une réalité qui a permis à Gabrielle Cluzel de représenter Boulevard Voltaire et son lectorat dans l’émission de Roselyne Bachelot chez LCI, ou dans « Punchlines » sur CNews. Des invitations qu’elle honore pour porter la voix du pays réel.
Même si c’est un travail de longue haleine, Gabrielle Cluzel le fait avec passion. Parce qu’elle connaît bien et se sent proche de la France populaire qui vient se renseigner sur son site. Un combat dans lequel elle utilise sa féminité, mais avec fair-play : « Les femmes ont une sensibilité qui peut être précieuse dans le débat, qui a toute sa place. Mais se mettre à pleurer à l’Assemblée nationale, c’est pas possible ».
#LigueduLOL : "Le problème n’était pas la « masculinité toxique », mais l’entre-soi d’une petite caste privilégiée et prétentieuse dont seuls les acteurs seront changés demain, et certainement pas le mode de fonctionnement."
Par @gabirobfrance ??https://t.co/7c2ITZfRYH
— L'Incorrect (@MagLincorrect) February 11, 2019
Comme la plupart des journalistes de sa génération, Gabrielle Cluzel est entrée dans le métier par hasard. Après un bac scientifique qui l’a « prodigieusement gavée », un passage à l’université Paris Dauphine en finance, elle s’occupe de ses enfants et écrit des nouvelles par amour de l’art. L’une d’elles attire l’attention d’une petite maison d’édition de province, qui la publie. Le doigt était mis dans l’engrenage. Engrenage qui la mènera de la presse chrétienne à une presse plus combative lorsqu’elle remplace Emmanuelle Ménard à la tête de Boulevard Voltaire en 2017.
Entre deux déménagements dus au travail de son mari, dame Cluzel a fait un tour de France des petites agglomérations de province, où le centre-ville se fait assassiner par les zones industrielles et les hypermarchés. Elle leur garde une tendresse particulière : « J’ai découvert qu’il y avait une vie très agréable dans ces petites villes. Mais j’ai vu ces vies se faire détruire par la disparition de la petite bourgeoisie de province, qu’on a beaucoup décriée, ces notables modestes qui faisaient le tissu social ».
Elle se méfie du « jus de cerveau » et rappelle que le propos intellectuel n’a de sens que s’il a une concrétisation réelle dans la vie des gens.
Habitant aujourd’hui près de Paris, elle conserve cet état d’esprit : « J’ai tous les attributs d’une bourgeoise mais je me sens plus proche de ma boulangère aveyronnaise que de cousins expats à Singapour ». Cette attention porte ses fruits : la fréquentation du site a sensiblement augmenté depuis le début de la mobilisation des Gilets jaunes et va croissant. « À rebours des plaintes des médias mainstream concernant l’hostilité des Gilets jaunes à leur égard, l’accueil réservé à notre reporter sur le terrain est très positif », se félicite-t-on dans la rédaction.
Dans un contexte de reconstruction intellectuelle bouillonnante à droite, elle se méfie du « jus de cerveau » et rappelle que le propos intellectuel n’a de sens que s’il a une concrétisation réelle dans la vie des gens. C’est dans cet esprit que ses essais Méfiez-vous de la France bien élevée! et plus tard Adieu Simone! Les dernières heures du féminisme ont été écrits. Un ton piquant, une plume alerte, mais toujours intelligible par le plus grand nombre. Boulevard Voltaire c’est le média de la France de Johnny. Pas étonnant qu’il plaise aux Gilets jaunes.
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