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Game over : vous êtes déshérités

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Publié le

8 septembre 2020

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Fondée sur la détestation de soi, la « cancel culture » est l’origine d’un grand mouvement de déconstruction de la culture occidentale car trop inégalitaire, patriarcale, et blanche. Avec la complicité des puissances économiques, cette guerre auto-immune vise à la destruction de nos héritages matériels et immatériels, et risque d’aboutir à un mémoricide en bonne et due forme.
Djimon Hounsou

Maintenant, en effet, qu’ont été abolis les degrés de dignités grâce auxquelles on avait l’habitude de distinguer les grands des humbles, le seul signe de noblesse sera désormais la connaissance des lettres », écrivait Sidoine Apollinaire à son ami Johannes. Un jugement presque optimiste si on le rapporte à la situation que nous vivons. Les lettres ne sont pas simplement ignorées : elles sont méticuleusement détruites pour mieux qu’on oublie ceux qui les ont écrites, les fâcheux « hommes blancs ».

La cancel culture n’est que la face émergée d’un mouvement bien plus large dont l’objectif est de détruire le vieux fond de la culture occidentale : patriarcal, inégalitaire, archaïque et peu inclusif. Peu importe que dans les antiques sépultures qui innervent le sol européen, des grandes dames comme la princesse de Vix puissent être trouvées gisantes dans les chars solaires qui ont été si utiles à la première conquête de l’ouest et à l’ethnogenèse des peuples européens. Peu importe que les peuples sumériens, babyloniens, précolombiens ou mandchous fussent tout aussi cruels et inégalitaires que les nôtres, n’est retenu de l’histoire de l’humanité qu’un fait supposé unique déterminant et dynamique : l’homme blanc est ontologiquement coupable, prédateur et dominateur.

Lire aussi : La guerre des races n’aura pas lieu

Cette pyramide raciale inversée fait donc de l’héritier de la Grèce, de Rome, des grandes migrations steppo-nordiques, des croisés, puis des colons et des découvreurs de l’immensité du globe, une tare génétique inconsciente de ses privilèges hérités et incapable de faire le bien. L’histoire des Occidentaux n’est évidemment pas un long fleuve tranquille. Elle est traversée de guerres, de crimes, de destructions. Ce n’est du reste pas la seule. Quiconque connaît l’histoire de l’humanité le sait bien. Dans leur progression, les peuples bantous d’Afrique centrale n’ont pas manqué de faire la guerre à leurs voisins. Ne parlons même pas des Mongols.

La particularité de la guerre qui nous est menée est qu’elle n’est pas le fruit d’une bulle papale, d’un appel au djihad ou de la volonté d’un conquérant visionnaire. Il s’agit d’une maladie auto-immune qui s’appuie tant sur notre masochisme que sur notre fascination pour le progrès, assimilé à la nouveauté. Nous ne pouvons pas livrer bataille contre notre propre psychose collective. Il aura suffi de la mort filmée d’un Afro-Américain pour que l’Occident bascule dans la folie la plus totale. Il a été exigé que nous nous mettions à genoux pour des crimes que nous n’avions pas commis.

Depuis lors, les micro-évènements les plus absurdes se sont multipliés. Le New-York Times a ainsi proposé que le terme « black » prenne une majuscule au contraire de « white ». À Seattle, les furieux zadistes américains demandent aux blancs de céder leurs maisons et leurs appartements aux noirs. Bientôt, nous devrons donner nos héritages. C’est d’ailleurs une demande récurrente : notre société doit être celle des déshérités, au propre comme au figuré. Idée d’abord lancée par les milieux libéraux, Bill Gates s’en faisant le champion, la suppression de l’héritage qui reproduirait les inégalités de naissance a aussi été évoquée par une militante comme Rokhaya Diallo et revient régulièrement dans les débats. Elle est, au fond, d’une logique implacable. Après nous avoir dépouillés de notre héritage immatériel, de notre chaîne de transmission intellectuelle et spirituelle, il faudrait nous ôter notre héritage matériel.

Mythes, légendes et contes les plus antiques sont des cibles prioritaires, quand les dominants bien réels qui tiennent l’économie mondiale se font les complices de ce mémoricide en cours, croyant être à l’abri dans leurs communautés fermées.

Les films et séries télévisées donnent le meilleur exemple de cette dépossession morale. Le « whitewashing » suscite l’opprobre général quand son équivalent le « blackwashing », devenu pourtant la norme, suscite l’enthousiasme. L’appropriation culturelle ne peut être que celle de l’Occident copieur, voleur et manipulateur. Un acteur noir est maintenant souvent choisi pour incarner un chevalier de la Table Ronde ou Achille. Cette irruption permanente du faux travaille à raconter le monde tel qu’on voudrait qu’il soit et non tel qu’il est.

Puisque le blanc n’est qu’un privilégié, tout est permis. Il faut détruire les fondements de son monde, son univers mental. Mythes, légendes et contes les plus antiques sont des cibles prioritaires, quand les dominants bien réels qui tiennent l’économie mondiale se font les complices de ce mémoricide en cours, croyant être à l’abri dans leurs communautés fermées. Eux aussi seront chassés quand ils ne seront plus utiles. Ils sont nombreux à penser que ces enfantillages orchestrés par des militantes à cheveux bleus et des adolescents ne sont qu’un épiphénomène. Ils se trompent.

Lire aussi : Whitewashing et blackwashing

« Franchement, après ce choc et quand j’observe cette photo, j’en arrive à me dire que si la “race blanche” (dont je fais partie) devait naturellement disparaître de cette planète, ce ne serait pas une si grande perte que cela… Et je ne suis pas de gauche #ToujoursChoquéeParCeDrame », affirmait une certaine Claudine en commentaire d’un article sur la mort de George Floyd. Qu’elle se rassure : tout est fait pour que sa culture s’efface dans le maelstrom mondialisé.Aujourd’hui, ils font porter à des petites filles des panneaux où il est indiqué qu’elles seraient des« privilégiées ». Le privilège d’être exploitées par des parents avides de médiatisation ? Le privilège d’être humiliées aux yeux du monde ? Le privilège d’être rabaissées ?

Nos sociétés ne sont plus cimentées que par un commun : la détestation unilatérale de leur passé et de ceux qui l’incarnent dans leur chair. Ceux qui ne peuvent le supporter sont prêts au suicide collectif, comme les membres de l’Ordre du temple solaire. Ils seront bientôt rééduqués dans les camps de la mort de la tolérance imaginés dans South Park, se feront stériliser ou s’autoflagelleront en place publique. L’orgueil de s’opposer au « racisme systémique » suffira à leur rendre vie. Sidoine Apollinaire, encore lui, l’avait dit : « Vous évitez les barbares, parce qu’ils ont la réputation d’être méchants ; moi, je les évite, même s’ils sont bons ». Résistons. De nos citadelles intérieures surgiront les forteresses matérielles.

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