Skip to content

Ganesh 2, Archéo youtubeur

Par

Publié le

25 novembre 2019

Partage

Ses vidéos innombrables sont les rondins d’un radeau de bric et de broc, lancé sur les eaux hasardeuses des internets au milieu des années deux mille. Radeau devenu au fil des années et des « vues » un sacré paquebot. Deux cent soixante-deux mille abonnés sur sa chaîne Youtube créée en 2012, laquelle totalise quelque cinquante-deux millions de vues. Pour les lecteurs qui d’aventure ne maîtrisent pas ce vocabulaire, une « vue » compte une fois où un internaute consulte une vidéo. Ganesh 2 a donc rempli virtuellement six cent soixante et un stades de France, ou dix mille huit cent cinquante-neuf fois le Grand Rex. Pas si mal.

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1574335637526{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

David Chabant est une synthèse. Une synthèse improbable entre des univers culturels sans le moindre rapport. Un enfant de la dernière génération télé, biberonnée au club Dorothée puis pionnière des internets. Il incarne une génération qui cherche et se débat pour se trouver une identité au milieu de l’immense mer du web, où le tout à portée ne rend rien accessible. Dire d’une génération qu’elle est de transition est souvent un lieu commun. En l’occurrence, ce sont bien les actuels trentenaires qui ont apprivoisé les téléphones portables et l’internet haut débit. Ce sont eux qui ont professionnalisé le web, en proposant divertissements et informations qualitatifs, faisant sortir des eaux un monde parallèle quitte à tuer presse et télévision à l’ancienne.

« J’étais venu pour apprendre à faire de la BD. Quand on m’a demandé de faire un nuancier façon saint Maclou de 90 carrés 10 sur 10, j’ai su que c’était terminé »

Son histoire commence sur l’île de la Réunion, où il naquit en l’an de grâce mil neuf cent quatre-vingt-six. « J’ai grandi dans ce qu’on appellerait aujourd’hui de manière caricaturale le vivre-ensemble. La Réunion, c’était une pub Benetton. » Quelle était l’ambiance à la maison ? « Le terme n’existait pas à l’époque et ça serait un abus de langage de dire ça a posteriori, mais mes parents étaient un peu bobos ». L’adolescent qui ne connaît de la métropole que Toulon où il passe parfois ses vacances, s’installe à Marseille en 2004 pour suivre des études d’arts plastiques. La réforme du CPE l’année suivante achève de briser son modeste élan. En 2006, sur un coup de tête, il attaque une mise à niveau en arts appliqués chez les Maristes, toujours à Marseille. Mais la Phocée était trop grande : « J’étais venu pour apprendre à faire de la BD. Quand on m’a demandé de faire un nuancier façon saint Maclou de 90 carrés 10 sur 10, j’ai su que c’était terminé ». Quelques mois plus tard, son grand-père décède. Sans ressources, sans appartement, game-over et retour à la Réunion. Un goût de défaite dans la bouche.

 

Lire aussi : Anna Gichkina , l’icône qui venait du froid

 

Comme tout homme qui se respecte, il est sauvé par sa mère, laquelle entend un message de Radio Festival (devenu RTL la Réunion) qui cherche un animateur. Banco : « Comme je faisais des vidéos, j’avais déjà un micro, soit plus de matériel que n’importe qui sur cette île ». La jonction entre sa passion et un travail venait enfin d’être faite. Pendant un an et demi il anime à l’ancienne, avec son cartoucheur et sa console. La meilleure école. Ensuite il chronique, émissionne, et conquiert le droit de faire le pitre sur les ondes. C’est le décollage d’une carrière bohème entre ondes wifi et ondes tout court.

Sur Youtube, il enchaîne les chansons sur Sarkozy ou Manuel Valls, jusqu’au jour où il trouve le concept qui va le rendre célèbre : imiter des personnalités politiques jouant à des jeux vidéo.

La première trace d’une vidéo de Ganesh 2 sur les internets se trouve sur Dailymotion, postée il y a treize ans. Parcourir cette chaîne mise à l’abandon depuis l’émergence de Youtube, c’est un sacré voyage. Le bonhomme est créatif : il y a des détournements de films cultes doublés en créole, des tutos pour apprendre à imiter Freddy Mercury, Bruce Willis ou Laurent Ruquier, pour ne citer que les plus classiques. Sur Youtube, il enchaîne les chansons sur Sarkozy ou Manuel Valls, jusqu’au jour où il trouve le concept qui va le rendre célèbre : imiter des personnalités politiques jouant à des jeux vidéo. Sa série « Jean-Marie Le Pen gaming » est devenue absolument culte en quelques épisodes. Il imite à la perfection le menhir avec sa toux, ses « n’est-ce pas » rocailleux et les blagues du plus mauvais goût. Ses imitations sont unanimement appréciées, par les plus grands adversaires comme les plus fidèles soutiens du Vieux. D’aucuns y voient un hommage, d’autres une dérision salvatrice.

Une BD imprimée à l’arrache et d’un trait un peu brouillon où Mélenchon, autre personnage récurrent de ses carabistouilles 2.0, affronte Balkany et Donald Trump au kung-fu.

Sa célébrité dans l’internet souterrain francophone lui a permis, finalement, de publier le manga de ses rêves. Une BD imprimée à l’arrache et d’un trait un peu brouillon où Mélenchon, autre personnage récurrent de ses carabistouilles 2.0, affronte Balkany et Donald Trump au kung-fu. Un mélange d’insolence, de je-m’en-foutisme assumé, de critique du libéralisme et de provocation. Son ton potache et acide lui a valu des ennuis, et surtout créé un plafond de verre qu’il ne brisera pas. Qu’importe : ses mangas, l’argent de ses vidéos et un RSA à l’occasion remplissent son compte en banque et payent le loyer de son appartement bordelais.

« Quand je voulais faire de la BD, j’avais imaginé une histoire de dieux hindous, dont le héros était Ganesh »

Ah oui, et pourquoi Ganesh 2 ? « Quand je voulais faire de la BD, j’avais imaginé une histoire de dieux hindous, dont le héros était Ganesh ». Le garçon qui est d’une insolence proverbiale sur les internets est d’une politesse exemplaire dans la vraie vie. Abonnez-vous !

 

Louis Lecomte

 

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest