Skip to content

Anna Gichkina , l’icône qui venait du froid

Par

Publié le

21 novembre 2019

Partage

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1574330725561{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

Il faut avoir entendu un Russe prononcer le nom de Dostoïevski pour comprendre à quel point nos deux pays sont différents. Alors que nous le prononçons doucement mais d’une traite pour ne pas trébucher, Anna Gichkina commence les quatre syllabes avec avec résignation pour les terminer avec révolte. Elle fait honneur à la belle tradition des blondes qui veulent sauver la France. Mais pas avec les armes ou les urnes. Quand on vient du pays de Dostoïevski, comment ne pas être certaine que « la beauté sauvera le monde » ?

 

 

Les yeux bleus d’Anna Gichkina se sont ouverts pour la première fois au début des années 80 à Arkhangelsk. Elle en sortit rarement : en URSS, on voyageait peu car on voyageait mal, et encore, si avait le droit le voyager. Et de ce côté de la Volga, la faculté ne s’intègre pas de droit. Alors, parce qu’elle est douée en langues, Anna Gichkina tente le concours du diplôme de Français et le gagne. Cinq ans de travail plus tard, elle a l’opportunité de visiter la France. Une famille alsacienne la reçoit une courte semaine, et sous le charme lui propose d’y poser ses pénates à condition de leur apprendre le russe. À son tour charmée, Anna Gichkina tombe amoureuse de la France. C’était en 2003 à Mulhouse. « J’ai trouvé que la France était bien organisée, bien entretenue, très belle. Et il y a ici quelque chose qu’on n’a pas en Russie, le réflexe du service. Les Français cherchent à ne heurter personne et arrondissent les angles. » Le français appris dans une université étrangère par une jeune fille studieuse produit des phrases truffées d’expression un rien surannées ; un régal à entendre lorsqu’il est de surcroît accompagné par un accent de l’Est et une personnalité volontiers rieuse.

Mais sa famille s’oppose violemment à son retour : par amour pour elle, ses parents lui intiment l’ordre de demeurer en France, pour qu’elle ne revienne pas dans cette Russie aux conditions de vie si dures, elle qui avait réussi à s’en extraire : « Si je revenais, ils menaçaient de ne plus me parler et ne voulaient pas me voir chez eux. C’était dramatique : je voulais revoir mon pays, mais je devais prouver à ma famille que je n’étais pas une perdante ».

Après une année au pays de Molière, elle répond favorablement à un poste universitaire qui lui est proposé en Russie. Mais sa famille s’oppose violemment à son retour : par amour pour elle, ses parents lui intiment l’ordre de demeurer en France, pour qu’elle ne revienne pas dans cette Russie aux conditions de vie si dures, elle qui avait réussi à s’en extraire : « Si je revenais, ils menaçaient de ne plus me parler et ne voulaient pas me voir chez eux. C’était dramatique : je voulais revoir mon pays, mais je devais prouver à ma famille que je n’étais pas une perdante ». De la violence faite par amour : un paradoxe très russe.

 

Pendant plusieurs années, Anna regrette amèrement son choix d’avoir obéi : elle ne trouve pas de sens à sa vie, et doit travailler à Domino’s pizza ou comme agent d’accueil pour survivre. De rencontre en rencontre, elle arrive cependant jusqu’à la Sorbonne où elle écrit une thèse sur Eugène-Melchior de Vogüé et la perception de la Russie en France au tournant des XIXe et XXe siècles. En attendant le retour du tsar ? « Oui, c’est un vœu très fort. On a envie de vivre sous un père du peuple ». Manifestement, la mère patrie a besoin d’un mari.

 

Lire aussi : Maya Khadra : Une épine du cèdre

 

C’est de ces recherches que naît son intuition : l’âme russe et l’esprit français sont les piliers de l’Europe. Les deux jambes qui l’ont fait marcher à la tête des civilisations. « En France vous aimez trop la ratio », explique-t-elle. Par le partage de l’âme russe, Anna veut nous apporter un peu de fides. L’esprit d’un pays ressemble à sa géographie. Alors qu’en Europe de l’ouest les nations conquièrent leurs voisins, la Russie est une nation qui doit se conquérir elle-même. Forcément, ça pousse à l’introspection. Le rapport à soi est totalement différent dans un lieu où la nature a une force qu’aucun homme ne peut affronter. Ce rapport mystérieux à la foi, cette acceptation un peu résignée mais inébranlable des forces de l’esprit, voilà ce qui caractérise la Russie et manque à la France. Notre esprit critique, notre légèreté parfois salutaire, voilà ce qui nous caractérise et manque à la Russie. Après avoir fait éditer sa thèse augmentée à L’Harmattan en 2018, elle publie en 2019 chez Nouvelle marge L’Europe face au mystère russe : transcendance, nation, littérature. Au quotidien elle travaille pour l’éducation nationale en s’occupant des espaces culturels scolaires derrière la ligne bleue des Vosges. À deux pas du château d’Anthès, l’homme qui a tué (elle dit « assassiné ») Pouchkine en duel.

« Je me sens à ma place en France. J’ai beaucoup d’amour et de respect pour elle. Je ne veux pas juste promouvoir la Russie ici. Mon mari est français, mon fils est français. Je veux que mon enfant vive dans un pays digne, qui se respecte et respecte son passé. C’est comme ça qu’il avancera avec confiance vers l’avenir. Il sera de nouveau un grand pays ».

L’une des vérités françaises, c’est que ceux qui ne se sentent pas dignes de la nationalité sont ceux qui la méritent le plus : « Je me sens à ma place en France. J’ai beaucoup d’amour et de respect pour elle. Je ne veux pas juste promouvoir la Russie ici. Mon mari est français, mon fils est français. Je veux que mon enfant vive dans un pays digne, qui se respecte et respecte son passé. C’est comme ça qu’il avancera avec confiance vers l’avenir. Il sera de nouveau un grand pays ». Aujourd’hui Anna Grishkina compte demander à devenir française. Ça tombe bien, on allait le lui proposer.

 

Louis Lecomte

 [/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest