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Génocide vendéen : la mélancolie des combats perdus

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La proposition de loi n°646 du 7 février 2018, déposée par les députées Emmanuelle Ménard et Marie-France Lorho vise à ce que la République française reconnaisse comme un génocide les exactions commises en Vendée entre 1793 et 1794. Comme nous le rappelle le journal Ouest France, il s’agit depuis 2007 de la 4e tentative pour faire reconnaître ce « génocide franco-français » selon l’expression de l’historien Reynald Secher. Une fois de plus. Une fois de trop sans doute.

 

Une fois encore, où l’on pourra entendre sur les bancs d’une France tirebouchonnée dans la plus exquise des élégances un peu fanées, les hourrahs de nos compatriotes aux amours légitimistes. Le vent qui les emportera soufflera d’ouest, de ces campagnes blanches dont certaines furent effectivement ensanglantées par le sabre révolutionnaire.  Et puis plus rien, le seul silence du rejet ; à l’exception sans doute des véhémences toutes pavloviennes de monsieur Alexis Corbière, député la France Insoumise et d’une cohorte de bien-pensants. De fait, il ne se passera rien d’autre que la seule coquetterie que l’on peut éprouver à penser de façon minoritaire.

 

Un énième combat inutile

 

Car derrière le caractère bravache de cette proposition de loi, s’aiguise malheureusement un énième combat inutile et un peu navrant. En effet, si l’on peut légitimement s’agacer d’une histoire officielle qui s’est, depuis Michelet, attachée à minorer certains épisodes historiques à l’instar des guerres de Vendée, si l’on peut ressentir un dégoût prononcé pour les massacres de la Révolution, est-il pour autant pertinent d’user d’un terme à la charge émotionnelle si connoté ? Un terme qui ne rejaillira pas sur la seule République, sur la seule Révolution mais aussi sur la France toute entière, comme un ultime avatar de la repentance mais à la sauce droitière ? On sent d’ailleurs les deux cosignataires gênées sur ce point, d’où un article 3 qui dispose qu’« aucune sanction ni réparation ne peut être demandée. Seule une réhabilitation historique peut être réclamée » et qui tend à sortir, sans vraiment s’en extraire, du cercle pernicieux de la logique matérielle que réclament les concurrences victimaires, si exacerbées à notre époque. Enfin, par l’utilisation du terme « génocide », on prend le risque de se ranger au même niveau que les esprits brillants et nuancés qui revisitent l’Histoire avec des yeux contemporains et qui résument les Croisades à une Anschluss, Catherine de Medicis à Eva Braun et Torquemada à Klaus Barbie… Les Vendéens, leurs chefs et leur bravoure, et l’Histoire de France par-dessus tout, méritent mieux que cette bataille de mot.

S’accorder sur un mémoricide

La vision médiane, et vraisemblablement la plus juste (il n’y a pas eu de planifications dans le sens moderne du terme et les représentants envoyés en mission jouissaient d’une très grande autonomie qui a effrayé jusqu’aux Robespierristes…) serait sans doute de s’accorder sur un mémoricide ou, pour éviter toute polémique sémantique, d’un effacement de la mémoire. Cette approche présenterait l’intérêt d’une réflexion historique d’ensemble au-delà des seules guerres de Vendée ou de la seule Révolution et pourrait ainsi plus utilement contribuer à valoriser les différents legs de l’Eglise catholique par exemple, moteur essentiel de l’insurrection vendéenne. Surtout, elle viserait davantage à forger une Histoire, plutôt que des histoires parcellaires voire communautarisées et sortirait de l’ornière un peu macabre où les différents camps politiques et historiques se sont enlisés morts contre morts. La belle réussite du Puy du Fou plaide d’ailleurs dans ce sens. Oubliées il y a encore quelques décennies, les armées de ce « peuple de Géants » (Napoléon), et avec elles, leurs héros anonymes ou aux visages plus connus, revivent dans la plus extraordinaire des poésies qu’offre ce grand parc à thème.

De façon plus politique enfin, il convient de s’interroger sur le but poursuivi par cette proposition de loi et à ce stade on ne peut que regretter les vieux travers pour ne pas dire les vieux démons d’une certaine droite française, tellement à l’aise quand il s’agit de rejouer, mais avec quel panache, l’ensemble de ses défaites passées sans se préoccuper trop de bâtir le présent. Et c’est le danger de ce genre d’initiatives que de cantonner cette même droite, qui n’a pourtant jamais manqué de ressources intellectuelles ni de plumes talentueuses, dans une mélancolie passéiste et une impasse philosophique dont elle a le secret. Les vieilles blessures ne forgent pas l’avenir et sont souvent mauvaises conseillères en matière de futur.

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