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Gustave Thibon : Le pessimiste gracié

Disparu il y a exactement vingt ans, Gustave Thibon aura traversé l’entièreté du XXe siècle, de 1903 à 2001, sans pourtant jamais beaucoup lui ressembler. Sorte de stoïcien éclairé de foi chrétienne, c’est l’homme de n’importe quel siècle, qui eût pu côtoyer Parménide comme Sénèque, Marc-Aurèle comme Boèce, Bernard de Clairvaux comme Pascal.

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© Fayard

Privilégié de naissance d’une certaine manière, puisqu’héritier d’une vieille lignée de vignerons français, installés à Saint- Martin d’Ardèche depuis au moins le XVIIe siècle, il aura su, si l’on excepte quelques tours et détours bien compréhensibles aux alentours de la vingtaine, rester fidèle à sa terre provinciale, y trouvant à la fois de quoi vivre en homme libre et propriétaire, mais aussi de quoi nourrir le fond de sa philosophie, qui fut celle de l’attachement pourrait-on dire, comme celle de son amie la plus chère, Simone Weil, fut celle de l’attention.

Une recherche du lien, charnel, qui se vit et se révèle dans la grande patrie, la France, comme dans les petites ; mais aussi et surtout dans le lien spirituel, qui se vit par la grâce et le salut qu’elle procure, celui de l’Église du Christ. Dans l’hebdomadaire Demain, né en 42 sous l’impulsion de l’épiscopat et dirigé par Fabrègues, Thibon, chantre de la révolution nationale quoiqu’il ait toujours refusé de devenir le « philosophe officiel » du régime comme on le lui avait proposé, et qu’il ait de même décliné la francisque, faisait déjà l’apologie de la réelle liberté, celle qui ne se vit que dans des liens hérités et choisis en même temps : « Un forçat dépend de ses chaînes, un laboureur de la terre et des saisons : ces deux expressions désignent des réalisations bien différentes. Revenons aux comparaisons biologiques qui sont toujours les plus éclairantes. Qu’est-ce que “respirer librement” ? Serait-ce le fait de poumons absolument “indépendants” ? Tout au contraire : les poumons respirent d’autant plus librement qu’ils sont plus solidement, plus intimement liés aux autres organes du corps. Si ce lien se relâche, la respiration devient de moins en moins libre, et, à la limite, elle s’arrête. La liberté est fonction de la solidarité vitale. Mais, dans le monde des âmes, cette solidarité vitale porte un autre nom : elle s’appelle l’amour. Suivant notre attitude effective à leur égard, les mêmes liens peuvent être acceptés comme des attaches vivantes ou repoussés comme des chaînes, les mêmes murs peuvent avoir la dureté oppressive de la prison ou la douceur intime du refuge ». [...]

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