Skip to content

HAZANAVICIUS: À CÔTÉ DE LA PLAQUE

Par

Publié le

20 novembre 2024

Partage

Il faut toujours croire à la sincérité des artistes, mais reconnaissons que certains cas soulèvent des difficultés.

Adepte de la parodie sous toutes ses formes, apparente (les OSS 117) ou souterraine (Le Redoutable), Michel Hazanavicius est un amateur de coups dont le plus rentable reste The Artist, son film muet Garbit (« C’est bon comme là-bas, dis! ») récompensé par cinq Oscars. D’essence publicitaire, son cinéma vend toujours quelque chose, a minima l’hommage aux Grands Anciens qu’il révère, sa maestria ou son humour Canal +. Adaptation d’un livre de Jean-Claude Grumberg, par ailleurs ami de ses parents, La Plus précieuse des marchandises le porte là où on ne l’attendait pas, à la réalisation d’un dessin animé « sérieux » sur la Shoah. Bien sûr, notre mauvais esprit a déjà en tête son public captif: les classes entières des milliers de collèges et lycées français qui n’auront pas toutes le budget pour faire le voyage à Auschwitz.

ANIMATION ARTHRITIQUE ET MÉTAPHORES FOIREUSES

Le film d’Hazanavicius offre un succédané spectaculaire plutôt acceptable avec sa séparation conte/documentaire et ses tropes lanzmanniens (comment figurer l’Holocauste?). Une paysanne pauvre trouve un bébé jeté d’un train dans la forêt. Elle l’impose à son bûcheron bourru de mari. C’est une enfant de « sans-cœur », lie de l’humanité qu’on déporte aux abords. Hazanavicius, crayonneur compulsif, a dessiné tous les personnages aux traits marqués, mais l’animation arthritique ralentit la narration. Le méchant, anti- « sans-cœur », ressemble à Robert Le Vigan, qui, en effet, n’était pas spécialement philosémite. La voix sépulcrale du narrateur Jean-Louis Trintignant nous parvient d’entre les morts, relayées par des comédiens-français qui se donnent du Pauvre Bûcheron et du Pauvre Bûcheronne, façon dramatique radio.

Hazanavicius, crayonneur compulsif, a dessiné tous les personnages aux traits marqués, mais l’animation arthritique ralentit la narration.

Une brusque rupture nous arrache à la forêt pour suivre un train jusqu’à un camp clairement identifiable: Auschwitz, rendant la métaphorique désignation de « sans-cœur » pour « juif » particulièrement à côté de la plaque. Un très bel effet – le seul du film à vraiment frapper – montre un déporté descendu de son wagon marcher avec difficulté avant d’être aspiré par le noir qui envahit l’écran, figuration de la Nuit et du Brouillard.

POUR TOUS ET POUR PERSONNE

Cette partie presque documentaire, la plus osée, bute sur une représentation à la fois schématique et déjà vue: un crayonné de têtes empilées comme naturalisées, pour évoquer le meurtre de masse, rappelle le Cri de Munch avec au milieu une seule figure pourvue d’yeux qui fixent le spectateur. La musique d’Alexandre Desplats quitte alors le genre musette mélancolique pour du simili-Penderecki, mieux adapté. Un plan dispose la fournaise où un Sonderkommando jette les cadavres pratiquement en surplomb de la salle de cinéma. Ce jeu avec la place du spectateur se conclut par un épilogue mélo qui cite deux des scènes les plus déchirantes du grand cinéma hollywoodien, la reconnaissance de Charlot par l’aveugle guérie dans Les Lumières de la ville et la lettre perdue à la fin du chef-d’œuvre de Douglas Sirk, Le Temps d’aimer, le temps de mourir.

Si le cinéphile Hazanavicius se raccroche aux branches, on est loin, sur le même thème, de la sidération fascinée provoquée par La Zone d’intérêt en début d’année. La Plus précieuse des marchandises est par trop lent, poussif, et trop mal construit pour toucher ou surprendre. Sa destination d’artéfact pensé pour tous les publics le rend finalement impropre à chacun.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest