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Henda Ayari « Le voile est un marqueur de la propagation de l’islamisme »

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Publié le

8 novembre 2019

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Salafiste repentie, Henda Ayari a fondé l’association Libératrices qui aide à la défense des femmes et lutte contre la radicalisation islamiste : elle réagit à la polémique déclenchée au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté.

 

 

Quel sentiment vous inspire la polémique ayant émergé à la suite de la prise à partie d’une femme voilée par un élu RN au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté ?

D’abord celle de l’inquiétude face à deux erreurs qui sont les facettes d’une même pièce : inquiétude devant ceux que je qualifierais de « propagateurs de haine » qui profitent de la polémique pour reconduire l’amalgame entre voile et islamisme et propager leur haine de l’autre. Mais inquiétude surtout devant leurs contradicteurs qui, manipulés, posent en éternelles victimes les musulmans de France. Il faut oser dire que cette femme voilée agit comme un agent des islamistes qui cherchent à susciter la polémique par l’émoi compréhensible qu’a entraîné cette provocation, et ainsi éloigner les musulmans du reste des Français.

 

Dans votre ouvrage J’ai choisi d’être libre vous parlez de votre émancipation par l’arrêt du port du voile. Ne souhaiteriez-vous pas la même émancipation pour toutes les femmes musulmanes, dont vous estimez pourtant qu’on n’a pas à les pousser à se dévoiler ?

Vouloir forcer les femmes voilées à être libres en leur refusant le port du voile serait contre-productif. Cela ne les conduirait qu’à une logique de raidissement et les pousserait dans les bras des islamistes. Je pense que le dialogue est la meilleure solution. Il faut dire aux femmes musulmanes qu’elles peuvent être de bonnes croyantes sans porter le voile, qu’elles n’ont pas à être insultées dans leurs quartiers ou maltraitées par leur mari si elles refusent de le porter.

Malgré tout, le port du voile n’a bien souvent plus la même signification qu’autrefois. Pour les tenants d’un islam politique, les femmes voilées sont un moyen de marquer la présence de leur religion dans l’espace public.

Pensez-vous que la France a, elle aussi, la liberté de refuser le voile qu’on peut considérer comme un signe d’allégeance à une autre communauté que la communauté nationale ?

La loi française n’interdit pas le port du voile, qui peut d’ailleurs être choisi pour des raisons parfaitement respectables. Malgré tout, le port du voile n’a bien souvent plus la même signification qu’autrefois. Pour les tenants d’un islam politique, les femmes voilées sont un moyen de marquer la présence de leur religion dans l’espace public. Cette situation est tragique pour ces femmes elles-mêmes, prises en tenaille entre les pressions communautaires et leur dénonciation par nombre de Français comme le symbole même de l’islamisation du pays.

 

Lire aussi : Nadia Remadna, Mère courage

 

À propos d’intégration, pensez-vous qu’il faille se contenter du respect strict des valeurs républicaines ou qu’il faille passer par une adhésion plus large à la civilisation chrétienne française ?

J’ai déjà dit, ce qui a pu beaucoup choquer, que j’acceptais pleinement d’être née dans un pays aux racines chrétiennes. Je dirais aujourd’hui que je défends mon pays, ma patrie, que j’aime plus que tout, avant la République. La République et ses élus sont coupables par leur apathie de la montée de l’islamisme que j’ai moi-même combattu au péril de ma vie. En vérité, les hommes politiques ont intérêt à voir ce phénomène s’amplifier, que ce soit le Rassemblement National qui y trouve le moteur même de son succès ou Emmanuel Macron qui peut se poser en défenseur des musulmans face à Marine le Pen et parier sur un vote communautaire.

On peut aussi réfléchir à des stages de citoyenneté pour les individus radicalisés afin de leur inculquer les valeurs, notamment judéo-chrétiennes, de la France.

Comment alors enrayer cet engrenage ?

La réponse n’a rien de simple, surtout à cause de l’absence dans les médias de représentants d’un islam modéré capables de porter un discours nuancé. Je crois néanmoins que des solutions existent : une réflexion doit être menée sur les aides sociales, qui favorisent les islamistes en permettant un repli communautaire des musulmans qui n’ont plus à s’intégrer dans la société française en trouvant un travail. On peut aussi réfléchir à des stages de citoyenneté pour les individus radicalisés afin de leur inculquer les valeurs, notamment judéo-chrétiennes, de la France. De manière générale, il me semble opportun de se départir d’une vision trop restrictive de la laïcité qui tendrait à crisper les musulmans. Je pense notamment que les chrétiens et les musulmans peuvent se rapprocher car ils sont d’accord sur un certain nombre de valeurs fondamentales qui sont aujourd’hui piétinées comme le respect, le travail ou la famille.

 

Pensez-vous vraiment que ce rapprochement soit possible, que l’on puisse être pleinement français et musulman ?

Bien entendu, si l’on parle d’un islam modéré qui se vit dans un cadre privé. C’est évidemment à l’islam de s’adapter à la société française et non l’inverse. Les musulmans ont pleinement leur place en France dont le peuple ne les déteste pas, contrairement à ce que les islamistes voudraient leur faire croire, à condition de s’investir pour la réussite du pays.

En effet, la France ne peut pas accueillir tous les migrants du monde. La priorité est d’assimiler les musulmans qui vivent déjà en France pour leur permettre d’y vivre dignement avant de penser à aider les autres.

Une enquête d’opinion récente publiée par l’IFOP met en avant la tentation communautariste chez les jeunes musulmans. Cela vous inquiète-il ?

Évidemment. Ces jeunes ne suivent pas l’exemple de leurs aïeux venus en France pour améliorer leurs conditions de vie sans revendications communautaires. La jeunesse est tentée par l’extrémisme du fait d’un sentiment d’abandon par l’État. Elle est aussi manipulée par un discours de victimisation qui lui fait croire que ce pays la hait. Le travail de pédagogie est pour ces jeunes gens particulièrement déterminant, pour leur faire intégrer les valeurs françaises afin de les assimiler.

 

Lire aussi : Une histoire de 30 ans

 

Finalement, ne pensez-vous pas que cette assimilation n’est possible qu’à condition de contrôler les flux migratoires ?

En effet, la France ne peut pas accueillir tous les migrants du monde. La priorité est d’assimiler les musulmans qui vivent déjà en France pour leur permettre d’y vivre dignement avant de penser à aider les autres.

 

 

Propos recueillis par Emmanuel de Gestas et Ange Appino

 

 

J’AI CHOISI D’ÊTRE LIBRE Henda Ayari Flammarion 336 p. – 19,90 €

© Flammarion

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