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Hervé Juvin : « L’Union européenne organise l’incapacité juridique de la volonté politique »

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Publié le

6 juin 2024

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Alors que les médias alignés agitent le spectre du « populisme », le scrutin des européennes s’avère en réalité particulièrement indécidable. Une élection à tiroirs dont Hervé Juvin, député européen du RN et fondateur du mouvement Les Localistes ! résume les enjeux.
© Benjamin de Diesbach

Le grand narratif de cette campagne européenne, c’est la soi-disant menace populiste…

Il faut bien répondre à la réalité, qui est le déficit démocratique européen ! Interrogés par référendum sur l’immigration, sur l’élargissement à l’Albanie, au Kosovo, demain à l’Ukraine ou à la Géorgie, sur la destruction de leurs modes de vie par le « Green Deal», les peuples d’Europe refuseraient massivement les directives qui leur sont imposées. Et pourtant, l’Union affirme contre toute évidence que les problèmes seront résolus par « toujours plus d’Europe » ! En réalité, l’Union va mal, l’Europe est la grande perdante du conflit entre la Russie et l’Ukraine, et je sens l’inquiétude monter à tous les niveaux des institutions. Une sourde inquiétude qui s’exprime sous couvert de la fameuse « menace populiste », certains députés n’ayant pas hésité, dans la dernière session plénière du Parlement, à lancer un appel de mobilisation contre le fascisme menaçant ! Paroles, paroles…

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L’Union européenne était une promesse de paix et de bien-être. La promesse de paix n’est pas tenue : la guerre est aux portes de l’Europe et elle pourrait se rapprocher, notamment en Bosnie-Herzégovine ou au Kosovo. La promesse de prospérité est en train de disparaître : voyez comment l’absurdité de la sortie du nucléaire et du « grand marché européen de l’énergie », ajoutés aux sanctions contre la Russie, expose des millions de Français, comme d’Allemands, à la précarité énergétique ! Inutile d’ajouter à cela la misère identitaire, conséquence d’une politique des Cours européennes qui interdit concrètement aux nations de contrôler les migrants. L’Union organise l’incapacité juridique de la volonté politique !

L’UE n’est donc plus démocratique ?

L’Union est devenue un bateau ivre, sans vision, sans stratégie et sans prise sur la réalité des choses. Je ne m’en réjouis pas : il y aurait tant à faire pour l’Europe dans le monde ! J’ai choisi de ne pas me porter candidat à la nouvelle élection européenne, malgré les propositions qui m’ont été faites. Car les années à venir vont voir la reprise par les États de ce qui relève de leur souveraineté, et c’est l’accord des États, fondé sur la légitimité démocratique, qui va redessiner l’UE et réécrire les traités qui doivent l’être. Si les partis de gouvernement n’envoient plus guère que des « seconds couteaux » au Parlement européen, c’est parce qu’ils ont bien compris que le pouvoir revient au plus près des territoires, là où les Européens vivent, s’inquiètent, et veulent participer aux décisions qui les concernent.

Quelle est la marge de manœuvre des partis souverainistes en cas de majorité au Parlement européen ?

Je vis dans la Commission des budgets une très forte pression des institutions pour faire passer des textes qui lient les mains au futur Parlement européen, au moins pour les deux années à venir. C’est également vrai sur la remise en cause des traités : la pression monte pour abolir au plus vite la règle de l’unanimité. Je constate une pression croissante pour déshabiller les nations et créer des mouvements irréversibles sur lesquels le prochain Parlement ne puisse pas revenir.

« Meloni est sur le point constituer le plus grand groupe au Parlement européen »

Hervé Juvin

Dans le même temps, je suis nuancé sur ce qui est désigné comme « souverainisme ». Je vais prendre un exemple de pragmatisme : Georgia Meloni en Italie. Il existe certaines conditions pour arriver au pouvoir en Italie. Je vais en citer une simple qui échappe à la plupart des commentaires : 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne comme l’Italie sont toujours en état d’occupation. Des bases militaires américaines importantes demeurent dans ces deux pays, avec un statut d’extraterritorialité qui soustrait les militaires américains à la justice du pays. Cela veut dire que pour arriver au pouvoir en Italie, il faut négocier avec les autorités américaines et s’entendre avec elles. Par ailleurs, pour durer au pouvoir en Italie, étant donné la situation de la dette, il faut bénéficier du concours européen. Or, l’un des moyens de pression utilisés par l’UE, par exemple pour soumettre la Hongrie, c’est le gel des fonds européens. Et donc, pour conserver le pouvoir dans l’intérêt de la population italienne, Meloni a passé des accords au point que certains ont dénoncé une bonne entente avec ce qu’ils appellent la « présidente américaine de l’UE », Ursula von der Leyen.

Meloni fait preuve du même pragmatisme en essayant de composer le plus grand groupe au Parlement européen, qui réunirait les conservateurs, les souverainistes, et certains partis dits d’« extrême droite ». Meloni est donc sur le point constituer le plus grand groupe au Parlement européen. Si tel était le cas, ce serait effectivement un mouvement politique significatif, porteur d’un certain nombre de conséquences, par exemple l’arrêt de la fuite en avant de l’Union, et en même temps la consolidation d’une Union au service des nations d’Europe. On peut penser que le grand débat de la prochaine mandature, ce sera la juste répartition des pouvoirs et des compétences entre ce qui relève des institutions européennes et ce qui doit rester à la main des États. Chacun voit bien que Meloni n’attaque pas les institutions européennes en tant que telles, tandis qu’une bonne partie des partis dits nationalistes ont remis dans leur poche les idées de sortir de l’euro, de sortir de l’UE, de casser la maison Europe. L’envie d’arriver au pouvoir rend réaliste…

On a vu qu’au-delà même de toute idée d’identité européenne, la simple coopération européenne a été un échec, notamment pendant la crise sanitaire…

Une des grandes illusions après Maastricht, c’est que la monnaie allait faire l’union. Une monnaie ne fait pas une nation. Il faudrait citer Philippe Seguin à ce sujet ! Quand la crise est là, quand il faut acheter des masques, décider d’aider ou non la France au Sahel, de négocier avec la Chine, c’est chacun pour soi. Sur les questions vitales de pouvoir, de vie ou de mort, les nations gardent la main. L’Allemagne a refusé d’envoyer des poches de sang aux militaires français enfermés au Niger, les services britanniques fomentent des troubles à l’Est, et combien de pays européens se réjouissent des erreurs grossières qui provoquent l’incendie de la Nouvelle-Calédonie ? Ce n’est pas le moindre constat : l’Union a rétréci la France. Quand on veut tout régler par le droit au nom d’un « État de droit » qui instaure le gouvernement des juges, on finit par limiter très sévèrement les libertés publiques, la capacité des peuples à décider de leur destin, et ce qui s’appelle démocratie. Voilà le premier et vaste problème de l’UE.

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Il commande le second : l’Union doit être au service des nations européennes, et seulement d’elles. La prétention de donner des leçons au reste du monde est risible et surtout dangereuse. Car elle fait oublier l’intérêt des Européens. Prenons l’exemple de la confrontation avec la Russie. Aujourd’hui, quand les États-Unis consacrent soi-disant 60 milliards de dollars à aider l’Ukraine, ce sont à peu près 60 milliards de dollars qui vont à l’industrie américaine de l’armement. Ça n’est pas la situation de l’UE, la plupart des pays dépendant de l’OTAN et achetant américain. L’Union est en train d’appauvrir les citoyens européens et d’aggraver durablement la dette au nom d’une guerre sur laquelle les peuples européens n’ont pas été consultés, pas plus qu’ils ne sont informés sur ses enjeux réels – la colonisation de l’Ukraine par les intérêts américains. Chacun doit savoir que l’élection la plus importante pour l’Europe n’est pas l’élection du 8 juin, c’est l’élection présidentielle américaine ! Nous en sommes là, et je ne vois dans aucun des programmes un projet à la hauteur des enjeux. Le réveil des peuples européens à cet égard risque d’être sévère.

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