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[Idées] Chantal moufte

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Publié le

1 juin 2023

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Dans « La révolution écologique verte », la philosophe belge Chantal Mouffe rêve d’une démocratie radicalisée qui n’aurait d’écologique que le nom, car c’est bien d’une réévaluation du logiciel socialiste classique dont il est question.
Chantal Mouffe

Chantal Mouffe pose au premier abord un constat plutôt juste : nous sommes dans l’ère de la « post-démocratie », et maintenus dans l’illusion qu’il n’existerait pas d’alternative à la mondialisation néo-libérale. Une fois ces choses (très simples) dites, elle trace d’emblée les lignes d’un projet politique qui voudrait précisément refonder cette démocratie usurpée… en reconstituant un peuple « à partir d’une chaine d’équivalences issue de luttes démocratiques variées autour des questions touchant à l’exploitation, à la domination et à la discrimination ». On la sent venir d’ici, cette désormais incontournable intersectionnalité des luttes : « L’objectif est de parvenir à l’articulation d’une volonté collective transversale, d’un peuple capable d’arriver au pouvoir et de créer une nouvelle formation hégémonique qui saura impulser un processus de radicalisation de la démocratie. » Au bout de dix pages, ça ronronne déjà douloureusement. La démocratie radicalisée qu’appelle Chantal Mouffe de ses vœux, c’est donc une « révolution verte » qui n’aurait d’écologique que le nom, puisqu’elle s’installe dès lors comme une simple réévaluation du logiciel socialiste, forcément éreinté, et auquel Mouffe voudrait donner une nouvelle vie, fût-elle aussi artificielle que les méthodes de maintien de ce techno-capital qu’elle dénonce mollement.

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En se plaçant à l’ombre de Spinoza et de l’inévitable Freud, sorti des catacombes de la pensée post-soixante-huitarde pour participer bien malgré lui à un concept assez fumeux de « démocratie radicale » qui n’est jamais qu’une des émanations multiples du post-marxisme en lice dans l’arène maastrichtienne. Ce qui manque à la gauche moderne, dit-elle pour éclairer son propos, c’est la libido, c’est-à-dire le désir d’entretenir chez l’électeur un désir corporel, là où les droites « dures » maintiendraient durablement l’érection dogmatique… Et ce désir pourrait s’incarner dans un logiciel écologique qui deviendrait de facto le point de convergence « physique » de toutes les gauches. Passé ce minuscule argumentaire qui relève plus d’une petite mécanique rhétorico-universitaire que d’une réelle pensée politique, ce texticule a le mérite de confirmer au moins une chose : la pensée de gauche cultive toujours les mêmes marottes, mais avec un don de la reformulation qui force l’admiration. Pour ce qui est des idées, relisez plutôt Günther Anders.


LA RÉVOLUTION DÉMOCRATIQUE VERTE, CHANTAL MOUFFE
Albin Michel, 117 p., 15,90 €

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