Olivier Dard, meilleur spécialiste actuel de l’histoire politique de cette période, et Jean Philippet, auteur d’une thèse sur les ligues françaises, publient à l’occasion des 90 ans de l’évènement une somme particulièrement exhaustive sur le 6 février 1934. L’ampleur de leurs sources, celles de la Préfecture de police, des partis et hommes politiques et de la commission d’enquête parlementaire, leur permet un récit particulièrement détaillé de la folle soirée du 6, mais aussi du 9, la manifestation communiste, et du 12, le cortège de rassemblement des gauches. Cette grande proximité avec les faits est couplée à une vision surplombante qui réinscrit les événements de février 34 dans la perspective longue des crises des années 1930. Le 6, motivé immédiatement par l’affaire Stavisky, du nom de cet escroc lié au Parti radical, est le résultat d’une longue accumulation de frustrations face à une République perçue comme corrompue, coupée des réalités et impuissante.
Cette grande proximité avec les faits est couplée à une vision surplombante qui réinscrit les événements de février 34 dans la perspective longue des crises des années 1930.
Il est à comprendre comme un des symptômes les plus aigus de la crise du parlementarisme qui gangrène la France de l’entre-deux-guerres, et expliquera l’appétence massive des élites politiques françaises pour la solution Vichy.
Cet ouvrage a le mérite conséquent de revisiter un événement profondément ancré dans les mémoires, surtout de la gauche, mais rarement traité scientifiquement. Le dernier ouvrage d’importance sur le 6 février remontait à Serge Berstein en 1975. Cinquante ans après, Dard et Philippet arrivent à la même conclusion que le maître de Sciences Po, l’absence du moindre putsch fasciste, et approfondissent même l’aspect chaotique d’une manifestation qui a totalement échappé au contrôle de ses organisateurs.
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Ils détricotent surtout, voilà leur originalité, le mythe selon lequel le Front populaire serait né de l’opposition à la prétendue menace fasciste démontrée par le 6. Non, le Front populaire a été décidé à Moscou, par crainte de la consolidation du pouvoir nazi en Allemagne. Vérité qui déplaira, comme elle doit toujours.

FÉVRIER 34 : L’AFFRONTEMENT, OLIVIER DARD et JEAN PHILIPPET, Fayard, 752 p., 34 €





