F-X de Vaujany dévoile les fondations cachées de notre siècle : celui-ci serait le produit de la fusion du management et de la cybernétique qui s’est opérée à New-York lors de 1941 à 1946. Notre époque serait héritière de ce contexte guerrier qui vit les Américains, grâce à ces nouvelles sciences, réussir à mettre sur pied en quelques années le plus grand arsenal militaire de tous les temps. L’avènement du digital amplifia par la suite les effets de cette révolution managériale et bouleversa le rapport au monde de l’humanité tout entière. Le management n’est pas simple science de l’organisation : il est aussi Weltschauung et horizon d’attente.
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Couplé au digital, qui invisibilise toute matérialité, il appauvrit notre expérience sensible et impose un nouveau régime de temporalité qui nous coince entre un passé empaillé et l’avenir utopique vanté par les experts. Dès lors, nous subissons une crise du présent, immobilisés dans un monde aplati, nivelé et désincarné ; et cet oubli de la terre a engagé un processus de « déshabitation » aux conséquences inimaginables. Apocalypse managériale est un ouvrage inclassable, sorte de déambulation philosophique dans les coulisses de l’histoire, ponctuée d’épisodes fictionnels dans lesquels se confrontent quelques figures new-yorkaises de cette époque, James Burnham et Norbert Wiener bien sûr, mais aussi Margaret Mead et Saint-Exupéry, ouvrage qui nous révèle brillamment la genèse oubliée de notre siècle, et sa lecture achevée nous place devant ce défi vital : tenter d’« habiter le monde sans le posséder ».

Les Belles Lettres, 584 p., 25 €





