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[Idées] Plaidoyer pour une providence naturelle

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Publié le

20 novembre 2023

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« Il nous faut revenir à une conception chrétienne de la providence divine.» Notre critique.
© Benjamin de Diesbach pour l'Incorrect

«Dieu est mort», nous le savons. Pour autant, l’idée de providence qui lui fut longtemps associée n’est pas en reste dans nos esprits modernes; son sens fut dévoyé au gré de l’histoire, renversé par les théories positiviste, progressiste ou individualiste. Rémi Brague ne surprend plus par l’originalité de ses thèses, qui ne s’encombrent pas du moindre présupposé infondé : « Nommer, c’est introduire dans la sphère du sens. » L’homme moderne croit fermement dans une providence, sans le savoir, comme régulation ou correction de notre pratique. Ainsi de la « divinisation de la sélection naturelle », du combat écologiste ou encore des pratiques telles que la magie ou la superstition.

Il nous faut revenir à une conception chrétienne de la providence divine. Celle-ci, précisément, n’agit pas a posteriori pour rectifier un désordre, mais elle se greffe sur une nature, en tant qu’elle est l’action d’un Créateur, qui « donne à chaque créature ce dont elle a besoin pour se tirer d’affaire toute seule ». Et, quoi qu’en disent les antispécistes, seule la nature humaine peut offrir « un point d’appui suffisamment consistant pour qu’elle puisse se poser sur eux ». Schelling l’exprimait déjà justement : « Dieu ne peut se révéler que dans ce qui lui est semblable, dans un être libre et qui agit à partir de soi. »

Lire aussi : Rémi Brague : « L’être de l’homme est en-dehors de l’homme »

Or, la liberté est bien la clé de voûte du système par lequel la providence entretient un lien avec l’homme : elle se fait en lui vertu de prudence s’il consent à lui « répondre ». Un ouvrage riche en distinctions conceptuelles instructives, entre nature et histoire par exemple, cette dernière étant trop souvent comprise à l’aune d’une religion du progrès. Le Dieu chrétien attend que les « choses et les évènements portent leurs fruits », et c’est justement parce que sa providence prodigue, que la foi n’est pas requise pour « fonder le respect des règles dont la raison humaine est tout à fait capable de saisir le bien-fondé, sans recourir à de quel- conques aides surnaturelles ».


À CHACUN SELON SES BESOINS. PETIT TRAITÉ D’ÉCONOMIE DIVINE, RÉMI BRAGUE, Flammarion, 224 p., 20 €

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