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Vladimir Soloviev : ainsi passent les anges

Ami de Dostoïevski qui trouva chez lui l’inspiration de ses frères Karamazov, véritable inventeur de la philosophie russe qui pourtant mena une vie d’errance et misère, Vladimir Soloviev mériterait à bien des égards le titre de « philosophe angélique ».

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© Vladimir Soloviev de Nikolay Yarochenko (1895)

Lorsqu’il s’agit de montrer avec quelle puissance la douceur parvient à imposer sa lumière dans un monde où la force abrutissante règne d’habitude en maîtresse, et pour catégoriser les êtres dont les qualités morales et intellectuelles semblent surhumaines au marigot des relations communes, il est d’usage de leur appliquer le qualificatif d’angélique. On a ainsi le « docteur angélique », titre honoris causa réservé à saint Thomas d’Aquin, ou encore le « pasteur angélique » qui désigne parfois Benoît XVI, dont le pontificat est à l’Église ce qu’Élie expérimenta dans une caverne de l’Horeb, « la voix d’un fin silence absolu » (1R19,12). L’appellation « philosophe angélique » devrait quant à elle s’appliquer naturellement à Vladimir Soloviev, qui, dans le XIXe siècle russe labouré de courants antagonistes et d’espérances violentes, se lève comme un soleil de sagesse sur la steppe d’Extrême-Orient que sa trajectoire illumine de grâce et de bénédictions.

Prodigue de ses maigres revenus avec les pauvres, donnant jusqu’à ses chemises et ses chaussures, telle fut jusqu’à son terme la vie de Soloviev, contrepoint lumineux de Nietzsche, l’autre grand errant de la philosophie

Était-il du ciel, ou était-il de la terre, ce fils d’historien de la Russie réputé et recteur de l’université de Moscou, où il naît en 1853 ? Lors de son passage à Paris en 1888, où il est venu publier et présenter, en français, son Idée russe, qui renverse les lieux communs sur l’élection messianique de la Russie chère aux slavophiles, et qu’il transfigure en une exigence ecclésiale irrémédiable de théophanie trinitaire, il y est décrit en des termes hybrides par Eugène Tavernier. Pas tout à fait un ange, plus vraiment un homme. Le neveu de Louis Veuillot et lui-même journaliste au quotidien catholique L’Univers, qui compte parmi les germanopratins accourus découvrir celui que précède déjà une aura de prophète, dépeint un être « à la réalité demi-physique », à l’enveloppe charnelle diaphane, aux manières timides et recueillies et duquel émane un magnétisme perceptible, « à la puissance pénétrante », à travers des yeux « immenses et magnifiques » qui projettent des rayons, et dont les sonorités graves de la voix « sont traversées de vibrations argentines ». [...]

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