Dans la veine de son précédent Église et immigration (2017), le journaliste culturel de Valeurs actuelles Laurent Dandrieu tente de résoudre l’ancienne question, aussi ancienne que la Révélation, des rapports entre universel et particulier. Noble ambition, résultat décevant. L’auteur ne dissimule pas que ce lui soit inspiré par l’invasion migratoire de l’Europe, qui a lieu sous la bénédiction du Souverain Pontife – lequel n’y connaît rien, on ne le contredira pas. Cependant, sa réflexion est doublement biaisée : tout en soutenant l’ordinaire distinction temporel-spirituel, il va chercher ses justifications uniquement dans la théologie et dans les textes du magistère qu’il oppose les uns aux autres, sans ordre et sans précision. Après avoir dénoncé tous les Papes depuis Pie XII comme complices d’une mondialisation destructrice, il fait soudain la promotion de Vatican II à travers Sacrosanctum concilium qui parle diversité des rites, confondant Églises particulières et nations.
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Réflexion biaisée aussi politiquement : il est impossible de tenir en même temps que les nations auraient une destinée spirituelle – un chapitre sympathique et inutile sur la vocation de la France – mais que l’Église se moquerait des choses temporelles (« une unité spirituelle qui est sans rapport avec les pauvres constructions politiques humaines ») ; qu’ensuite l’Église serait la seule puissance universelle, mais n’aurait pas son mot à dire. Utiliser le magistère à son profit pour le rejeter ensuite, c’est la systématique de tout ce livre. Citer saint Thomas pour faire l’éloge de la nation contre l’individu : « la charité préfère le bien commun au bien propre », pourquoi pas ? Mais considérer à l’autre bout du livre que le principe de « destination universelle des biens » serait une confiscation de la propriété est pour le moins contradictoire. Le projet du livre est branlant. Quand l’Église parle de la nécessité d’une autorité mondiale en certaines matières, l’auteur ne comprend pas comment « la simple magie d’un changement d’échelle » pourrait les résoudre. Il suffit de songer aux paradis fiscaux, à la PMA et à la GPA pour savoir que certains problèmes sont devenus insolubles pour des États animés des meilleures intentions. Et ne parlons pas des questions écologiques.

Artège, 400 p., 22 €





