Skip to content

Elias d’Imzalène : « J’en appelle à l’élaboration d’une théologie de la résistance au pouvoir du pays »

Par

Publié le

5 décembre 2019

Partage

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1575516260146{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

Elias d’Imzalène est l’un des hommes à l’origine des manifestations contre la présence d’Éric Zemmour à l’antenne de CNews. Se présentant comme le fondateur d’Islam et Info, il déclare aussi n’avoir aucune fonction religieuse, mais assume être un militant musulman et conseiller de personnalités politiques, parmi lesquelles des maires et des conseils départementaux. Curieux d’aller à la source, nous avons voulu estimer l’état des forces au sein de la communauté musulmane vivant en France.

 

Sans filtre, son propos ne fait pas mystère de ses convictions : pour lui, l’islamophobie n’est rien d’autre que tout ce qui « entrave le développement de la communauté musulmane ». Un programme qui a, au moins, le mérite de la clarté et de la franchise. Un programme qui appelle à l’installation permanente d’une communauté musulmane organisée et séparée, refusant l’assimilation à la communauté nationale majoritaire française d’origine européenne. La classe politique en a-t-elle bien conscience ? Voilà peut-être de quoi la déciller.

 

 

 

Commençons par le commencement : pourquoi avoir organisé la protestation contre la présence d’Éric Zemmour sur CNews ? Considérez-vous que sa liberté d’expression vaut moins que la vôtre ?

 

L’organisation de cet événement a été le fait du rassemblement de différentes volontés de ce qu’on pourrait appeler la « société civile musulmane », émue et indignée par les propos d’Éric Zemmour dans un contexte global clairement islamophobe. Monsieur Zemmour n’est pas simplement un symptôme de ce climat islamophobe, de cette déferlante. Il en est aussi le symbole et le porte-parole. Je crois que les musulmans et les indignés devaient se dresser, d’où qu’ils viennent, et faire front commun pour dénoncer l’impunité dont il jouit de la part des pouvoirs publics et de la justice. Nous nous devions aussi de dénoncer la complicité de CNews et de monsieur Bolloré.

Pour moi, la liberté d’expression est toujours conditionnée. Nous appartenons toujours à un monde réel qui s’impose à nous. Du fait que la liberté ne saurait être absolue que dans un monde onirique, nous obéissons à cette réalité mais aussi à des présupposés sociaux, hérités de notre éducation, de nos milieux sociaux. Pour sortir de notions abstraites, je crois que bien souvent la liberté d’expression est celle de la caste dominante, à laquelle Éric Zemmour appartient. Et n’oublions jamais que la démocratie occidentale est moins la liberté totale qu’une dictature de la loi.

Quant à la société française, elle a profondément changé avec l’immigration de nouvelles populations. Cette évolution n’a pas été prise en compte par la loi, par la constitution. Le pouvoir politique a fait venir des gens en sachant très bien qui ils étaient, de quels pays et à quelles cultures ils appartenaient.

Que reprochez-vous concrètement à Eric Zemmour ? Quand il fait le constat de la non-assimilation des immigrés de culture et de religion musulmanes en France, il dit pourtant très exactement la même chose que Yassine Bellatar qui a affirmé que les musulmans « n’étaient pas dans un projet d’assimilation » ?

 

Je ne sais pas si Éric Zemmour et Yassine Bellatar font le même constat. J’entends simplement qu’Éric Zemmour a du mal à vivre dans le pays réel, lui préférant le pays légal hérité du Code Napoléon et de la IIIe République. Éric Zemmour voudrait vivre dans la France de papa, voire du grand-père, avec comme livre saint la Constitution de la Ve République. La Constitution n’est pas sacrée, elle n’est pas la Bible, ni le Coran. Quant à la société française, elle a profondément changé avec l’immigration de nouvelles populations. Cette évolution n’a pas été prise en compte par la loi, par la constitution. Le pouvoir politique a fait venir des gens en sachant très bien qui ils étaient, de quels pays et à quelles cultures ils appartenaient. Aujourd’hui, ces anciens immigrés installés ont eu des enfants, des petits-enfants et ils appellent à la création de nouveaux droits et s’opposent à cette inertie légale qui aliène. Le fait pluriculturel doit enfin être pris en compte. Je constate qu’Éric Zemmour dénonce notre communautarisme, mais ne dit rien contre les communautarismes en col blanc qui ont droit de cité partout. On nous parle trop souvent de laïcité pour mieux cacher une islamophobie d’État non assumée. La laïcité défend le droit à une pratique religieuse que je sache, non ? Ils se servent du mot laïcité en toute lâcheté : leur objectif est en fait d’éliminer l’expression religieuse musulmane, de nous désislamiser.

 

Lire aussi : Renaud Camus, remplacisme en mode mineur

 

Vous dites que la Constitution est notre loi. C’est vrai. Mais le Coran ne l’est pas. Par ailleurs, vous demandez une adaptation de la Constitution pour l’islam, mais ne serait-ce pas plutôt à vous de vous adapter aux lois et aux mœurs de la France ?

 

Comme je l’ai dit en préambule, le Coran est un livre saint à l’instar de la Bible. Je ne pense pas que la Constitution française ait la même valeur pour un croyant. Mais il est vrai que suivant le lieu et l’époque, des adaptations de la pratique se font. Une minorité musulmane n’a pas tout à fait la même pratique qu’une population dans un pays à majorité musulmane. J’en appelle personnellement à l’élaboration d’une cinquième école juridique musulmane prenant en considération le contexte et le fait minoritaire, une théologie de la résistance et non de la soumission au pouvoir du pays, quel qu’il soit… Je suis là en opposition frontale à Tareq Oubrou. On parle trop souvent de nouvelle théologie à créer chez les musulmans, dans certains milieux comme celui d’Oubrou, comme d’une domestication programmée. Pour moi, la base c’est de résister à la tentation de la soumission à certains pouvoirs qui veulent en fait désislamiser sous couvert de politique de déradicalisation en aliénant nos libertés et nos principes, dont celui de l’État français actuel.

La Guerre d’Algérie n’a pas été le fait des colons que je sache. Il est bizarre que les mêmes personnes qui voulaient garder l’Algérie et ses femmes voilées, s’offusquent d’en voir aujourd’hui dans les rues de Paris.

Vous ne trouvez pas que votre propos est franchement gonflé dans un pays comme la France qui a vu en à peine quatre décennies l’arrivée massive de musulmans, la construction de centaines de mosquées ? Comment peut-on honnêtement dire que la France tente de désislamiser et discrimine les musulmans ?

 

Ce que vous dites est au moins aussi gonflé que d’entendre les défenseurs d’Éric Zemmour se battre pour la liberté d’expression alors qu’ils font tout pour empêcher l’expression musulmane ! Je considère que les pouvoirs publics n’ont pas aidé les musulmans et les entravent. Je m’étonne également que les nostalgiques de l’Algérie française, qui voulaient donc que la France comprenne 9 millions de musulmans d’Algérie dont 4 millions de femmes portant le niqab, soient aussi farouchement islamophobes. La Guerre d’Algérie n’a pas été le fait des colons que je sache. Il est bizarre que les mêmes personnes qui voulaient garder l’Algérie et ses femmes voilées, s’offusquent d’en voir aujourd’hui dans les rues de Paris. Mais entre-temps il y a eu effectivement des évènements comme le 11 septembre et surtout nos fameuses théories néo-conservatrices de choc des civilisations qui ont conquis les esprits.

 

Regardez, vous êtes invité dans nos colonnes et libre de vous exprimer. Par ailleurs, c’est peut-être justement parce que les Français ont été chassés d’Algérie qu’ils considèrent qu’il ne faut pas l’importer en métropole cinquante ans plus tard.

 

Admettons. Mais c’est bien la classe politique française qui a voulu cette immigration, un principe de responsabilité s’impose donc à eux. Qu’ils assument.

 

Lire aussi : Douglas Murray, Rock star intellectuelle

 

Vous avez défilé aux côtés de responsables politiques de gauche, voire d’extrême gauche, ou de militants LGBT, de transsexuels qui affichaient des pancartes contre l’islamophobie. J’y vois l’alliance de la carpe et du lapin, ou du renard et du lapin. Qu’est-ce qui vous rapproche de tous ces gens ?

 

Soyons clairs. J’ai participé aux manifestations des 20, 27 octobre et du 2 novembre (Marche des mamans de Mantes-la-Jolie, manifestation anti Zemmour). Pour celle du 10 novembre, j’ai signé le manifeste qui comprend une condamnation formelle et sans ambiguïté des lois liberticides de 2004 et 2010 et des mesures exceptionnelles de l’état d’urgence. Je suis heureux de leur réussite. J’observe néanmoins avec désarroi que des partis de gauche qui défendent le caractère légitime de ces lois y aient participé. Je regrette que des personnalités soient venues en parlant de racisme antimusulman et pas d’islamophobie. Pour moi, tout homme juste aurait pu et dû trouver sa place dans cette marche quelle que puisse être sa tendance politique. Par ailleurs, permettez-moi d’affirmer ici une définition personnelle que j’assume de l’islamophobie : c’est toute action ou politique entravant l’émancipation de la communauté musulmane.

 

De mon point de vue, la marche du 10 novembre unissait pourtant toutes les forces qui ont fait de notre civilisation et de son histoire le mal ontologique à abattre. L’islam est, pour l’extrême gauche qui a défilé aux côtés des musulmans dans les rues de Paris, une force d’appoint révolutionnaire, dans la grande tradition tiers-mondiste issue de la décolonisation.

 

Je suis d’abord et avant tout un musulman. Que ça plaise ou non. Je m’oppose donc aux tentatives de récupération et de dénaturation de ma religion, qu’elles viennent de la droite autoritaire qui tente de créer un islam aseptisé ou de la gauche qui considère les musulmans comme des petits frères à protéger. Je leur dis une chose : toutes les volontés sont les bienvenues. Mais elles le sont derrière les musulmans et pas devant celles des musulmans.

 

Lire aussi : Pierre-André Taguieff : « L’émancipationnisme est une nouvelle forme de barbarie, scientificisée et technicisée »

 

D’un point de vue sociologique, on constate une réappropriation de l’islam chez des immigrés de troisième ou quatrième génération par l’intermédiaire de superstitions, d’expressions toutes faites ou de mise en avant de particularismes comportementaux dans la sphère publique. J’avoue être assez surpris par ces jeunes qui invoquent Dieu à chaque phrase mais ont des attitudes et des actes de voyous. Qu’en pensez-vous ? À quoi est-ce dû selon vous ?

 

Il faut essayer de comprendre et de contextualiser. Les populations musulmanes sont arrivées depuis fort longtemps. Certaines personnes de ma famille sont arrivées avant la Seconde Guerre mondiale. Il y a effectivement eu au début une désislamisation des populations musulmanes qui s’est produite. C’est paradoxalement ce phénomène qui a été le facteur principal de la réislamisation contemporaine, notamment du fait des femmes qui ont remis des principes musulmans dans les familles. Le regroupement familial est la raison de la réislamisation par les femmes et du retour de la culture musulmane au centre de la vie familiale des immigrés.

Avant il y avait les partisans de l’assimilation et les autres. Maintenant, face à ce climat délétère, nous faisons front commun. L’État et la vie en France ont réussi à unir quasiment toutes les personnes issues de familles de culture musulmane.

Je constate qu’il y a maintenant moins de tensions intrafamiliales entre les personnes à la pratique musulmane plus rigoriste et les autres. La redécouverte de la religion dans les années 80 et 90 a été permise par une minorité de la population mais qui s’est rendue plus visible et s’est montrée très active. C’est une minorité certes, mais plus visible. On repère plus facilement dans la rue une femme musulmane voilée que quarante femmes musulmanes en blond décoloré ! Dans les familles, vous avez une fraction réislamisée, une majorité qui oscille entre islam culturel et pratique modérée, et une dernière fraction de désislamisés numériquement équivalente à la première. Au milieu de tout ça, vous avez aussi des gens capables d’avoir la dernière coupe d’un rappeur à la mode et en même temps d’invoquer des éléments religieux… Contrairement aux années 90 et au début des années 2000, j’observe, et m’en félicite, une réconciliation entre toutes ces catégories au sein de la communauté musulmane. Avant il y avait les partisans de l’assimilation et les autres. Maintenant, face à ce climat délétère, nous faisons front commun. L’État et la vie en France ont réussi à unir quasiment toutes les personnes issues de familles de culture musulmane.

 

Que dites-vous des personnes de nationalité française parties combattre dans les rangs de l’État islamique ou qui ont tué des Français sur le sol de France ? Jugez-vous, comme moi, que les musulmans de France y ont leur part de responsabilité ?

 

Si on avait une communauté musulmane qui possédait des instances crédibles, on pourrait parler de responsabilité. Mais nous sommes une communauté largement aliénée qui n’est représentée que par des gens choisis par nos ennemis. Si on avait cette communauté organisée on pourrait parler de responsabilités, mais là il s’agit de choix personnels. Pour en revenir à l’islamophobie en France qui me paraît hystérique, celle-ci n’est pas tant liée à l’expression musulmane qu’à une perte de sens plus générale dans la population française face à une absence du « nous », voulue par la modernité, que les familles françaises n’arrivent plus à retrouver ou à incarner. Le musulman est devenu le miroir déformant de l’identité française, puisqu’elle ne se retrouve plus. L’identité française en ce moment, faute d’exister par l’affirmation, se construit donc dans une opposition à une culture musulmane fantasmée.

 

Lire aussi : Emmanuel Razavi : « Par naïveté, une partie de la gauche antiraciste est instrumentalisée par les islamistes »

 

Vous préférez qu’on parle d’islam en France ou d’islam de France ? Cette dernière expression ne serait-elle pas une impossibilité ?

 

En vérité ce sont des expressions qui étaient synonymes mais au fur et à mesure que les pouvoirs publics ont essayé de mettre la main sur les musulmans et leur pratique, l’islam de France a pris une connotation négative chez les musulmans de France. Quand on parle d’islam en France, on évoque un islam amoindri et contrôlé par les pouvoirs publics. On ne peut néanmoins pas nier qu’il existe un islam qui est global mais qui est aussi pluriel, en fonction des civilisations d’origine et des territoires dans lesquels il évolue. En ce moment se crée une différence entre l’islam en France et l’islam d’ailleurs, du fait même qu’il soit minoritaire.

Les Français ne savent pas ce qu’est le CFCM. LE CFCM ce sont des béni-oui-oui choisis par des ambassades étrangères et la préfecture de Police pour « représenter » les musulmans. Ces gens représentent une honte pour les populations musulmanes car ils incarnent l’aliénation sur le terrain : dans le discours et dans les faits.

Que pensez-vous du CFCM ? Plus généralement des représentants médiatiques des musulmans en France, notamment Tareq Oubrou ?

 

Les Français ne savent pas ce qu’est le CFCM. LE CFCM ce sont des béni-oui-oui choisis par des ambassades étrangères et la préfecture de Police pour « représenter » les musulmans. Ces gens représentent une honte pour les populations musulmanes car ils incarnent l’aliénation sur le terrain : dans le discours et dans les faits. C’est une coquille vide. Je ris quand j’entends des gens de droite et d’extrême droite qui parlent de plus de contrôle de l’islam de France alors que le CFCM est un néo-caïdat qui a tous les airs de ce qui avait cours sous la colonisation. Quant à Tareq Oubrou il s’agit seulement pour une personne coupée de la base des croyants d’accéder à une carrière par plus de compromission encore.

 

Propos recueillis par Gabriel Robin

 

 

QUI ÉTAIT-IL ?

 

Elias d’Imzalène s’est fait connaître en fondant le site Islam et Info et en diffusant des vidéos relatives aux « mensonges des médias ». Activiste musulman orthodoxe, ce natif de Versailles a été le porte-parole d’un collectif d’habitants d’Argenteuil en conflit avec la municipalité alors qu’il ne vit même pas dans le département. On a ainsi pu l’apercevoir dans des vidéos lors des émeutes communautaires de 2013 à Trappes, ou dans des réunions politiques aux côtés d’Alain Juppé. Depuis, celui qui se définit lui-même comme « islamien » lutte inlassablement pour la réislamisation de ses coreligionnaires, les invitant à résister « contre la République » et à fonder des écoles musulmanes d’excellence pour éviter une école publique apprenant à « mécroire ». Il réclame l’abrogation de la loi sur le voile intégral qu’il juge « liberticide ». Ombre planant sur toutes les manifestations « contre l’islamophobie », il est un des théoriciens les plus virulents de l’islamisation de la France et du communautarisme musulman.

G.R

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest