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Jair Bolsonaro, Docteur Président et Mister Twittos

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27 mai 2019

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Le 1er janvier, Jair Bolsonaro devenait le 38e président du Brésil. Alors que sa décapotable officielle le conduisait au pied du palais du Planalto afin qu’il y revête l’écharpe présidentielle, le tout nouveau président était loin d’imaginer quel chemin de croix s’ouvrait devant lui.

 

 

Pourtant, tout avait bien commencé. Auréolé d’une victoire éclatante au bout d’une campagne folle, mettant fin à douze ans de gauchisme, Bolsonaro constitue rapidement son équipe avec des profils très variés mais complémentaires. On y trouve des ministres au profil plutôt technique, comme le juge Sergio Moro, nouveau ministre de la Justice et de la Sécurité Publique, ou l’économiste libéral Paulo Guedes au Bercy local. Sans surprise, un nombre important de militaires occupe des postes stratégiques, notamment à la tête du puissant ministère des Mines et de l’énergie ou à la Communication de la présidence.

 

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Le troisième groupe des proches du président, garants de l’idéologie conservatrice, est constitué d’évangéliques comme la ministre de la femme, de l’enfance et de la famille, Damares Alves, « pasteur » aux positions conservatrices, ou des proches du philosophe Olavo de Carvalho, le « gourou » de droite, qui ont été placés respectivement à la tête du ministère de l’Éducation et de celui des Affaires étrangères.

le nombre d’homicides violents ayant chuté de 25 % les deux premiers mois de 2019 par rapport à l’année précédente, cette chute se doublant d’une augmentation de la létalité policière, notamment dans l’état de Rio de Janeiro où la police n’a jamais autant tué

Une fois les équipes en place, une avalanche de décrets a été prise, et des projets de loi ont été déposés, la réforme des retraites et le « paquet anti-crime » étant les plus impressionnants. Dans le domaine de la sécurité, on assiste également à un effet « Bolsonaro-Moro », le nombre d’homicides violents ayant chuté de 25 % les deux premiers mois de 2019 par rapport à l’année précédente, cette chute se doublant d’une augmentation de la létalité policière, notamment dans l’état de Rio de Janeiro où la police n’a jamais autant tué. L’opération anti-corruption Lava Jato continue de semer l’effroi parmi les politiciens corrompus, mettant pour quelques jours derrière les barreaux le tout jeune président à la retraite Michel Temer, privé de son immunité et rattrapé par ses magouilles.

 

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Mais rapidement les crises se sont succédé. À la mi-février, le Secrétaire général du palais présidentiel, Gustavo Bebianno, est démis de ses fonctions. En cause, le tweet d’un des fils du « Mythe », Carlos Bolsonaro, traitant Bebianno de « menteur » dans une sombre histoire de financement illicite de la campagne. Un autre échange de tweets et des déclarations à l’emporte-pièce ont failli créer une rupture totale entre le clan Bolsonaro et le président de la chambre des députés Rodrigo Maia, qui joue pourtant un rôle fondamental dans le processus législatif actuel. Les Brésiliens ont également découvert l’incapacité totale du ministre de l’Éducation Ricardo Vélez Rodríguez de mener à bien n’importe quelle réforme ou projet, fragilisant Bolsonaro qui avait beaucoup parlé du rôle central de ce ministère pendant sa campagne : Velez a donc logiquement été remplacé fin mars par un autre proche de Olavo de Carvalho. La seconde difficulté du nouvel exécutif brésilien et non des moindres, est la sous-représentation du parti au pouvoir au Parlement. Issus d’une élection proportionnelle à un tour, les députés et sénateurs représentent de nombreuses formations politiques différentes. Alors que les Brésiliens votaient massivement pour Bolsonaro au premier tour des présidentielles, les élections législatives qui ont eu lieu le même jour plaçaient en tête… le Parti des Travailleurs de Lula !

Jair Bolsonaro a multiplié les initiatives pour que le Brésil reprenne son rang de grande puissance

Aussi, pour contourner cette difficulté et obtenir le vote d’un texte, les différents exécutifs ont toujours dû faire des concessions et offrir des responsabilités aux autres partis. Jair Bolsonaro veut en finir avec cette pratique appelée “Toma-lá, dá quá” (littéralement, « prends ceci, et donne-moi cela »), mais il se retrouve dépourvu de leviers pour faire passer ses réformes, notamment celle des retraites qui génère beaucoup de résistances au sein même de son camp, alors qu’elle est réputée nécessaire pour les finances publiques du Brésil. À cela s’ajoute l’omniprésence des fils de Bolsonaro qui commence à agacer les plus fidèles alliés du président ! En politique étrangère, nous assistons au grand retour du Brésil sur la scène internationale. Alors que personne ne voulait s’afficher publiquement avec un Michel Temer empêtré dans la corruption jusqu’à la moelle, Jair Bolsonaro a multiplié les initiatives pour que le Brésil reprenne son rang de grande puissance, surfant sur l’effet de curiosité généré par son accession à la présidence, comme lorsqu’il fut invité à prendre la parole au Forum économique de Davos quelques jours après son investiture. Régionalement, la crise au Venezuela a été l’occasion pour le Brésil de prendre le leadership latino-américain sur Maduro, au côté de l’allié américain, tout en laissant entendre qu’une intervention armée était inenvisageable. Les relations sont également excellentes avec le Chili de Piñera et la Colombie de Duque, ce qui forme avec Macri en Argentine le visage inédit d’une Amérique Latine de droite.

 

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Mais l’épisode phare des 100 premiers jours de Bolsonaro reste sans conteste son déplacement aux États-Unis. Affichant une grande complicité idéologique avec Trump, Bolsonaro a obtenu des avancées consistantes pour le Brésil. Parmi les plus importantes, on retiendra le soutien de Washington à la candidature du Brésil à l’OCDE, la désignation du Brésil comme allié hors Otan, un accord spatial ouvrant la voie d’une réutilisation de la base de lancement d’Alcantara, et encore de grandes perspectives pour la filière agricole brésilienne. Nous avons même vu un président brésilien mesuré en Israël, n’annonçant que l’ouverture d’un bureau commercial à Jérusalem et non pas le transfert de l’ambassade comme promis durant sa campagne, voulant visiblement préserver ses relations avec bon nombre de pays arabes, grands importateurs de poulets brésiliens. Aussi Bolsonaro sort clairement le Brésil du rôle de médiateur qu’il a pu avoir par le passé avec le Venezuela ou l’Iran, mettant ses pas dans celui de la politique extérieure américaine. Malheureusement les relations avec la France sont mauvaises depuis le premier jour, et le peu d’échanges existants, notamment par tweets n’ont fait que révéler la défiance entre les deux parties. La dernière venue d’un ministre français au Brésil commence à dater, et ce n’est pas la rencontre récente et discrète entre le grand chancelier de la Légion d’Honneur, le Général Benoît Puga en visite au Brésil, avec le vice-président qui va fondamentalement bouleverser cet état de fait.

Malheureusement les relations avec la France sont mauvaises depuis le premier jour, et le peu d’échanges existants, notamment par tweets n’ont fait que révéler la défiance entre les deux parties. 

Pourtant, c’est la France qui a le plus à perdre dans cette posture, et la perte récente par Naval Group d’un marché brésilien de construction de corvettes au profit de l’allemand TKMS semble être le début d’une série de défaites de notre industrie qui a beaucoup vendu au Brésil ces dernières années. Le plus incompréhensible est le manque de cohérence de nos dirigeants, qui font des courbettes à l’Arabie Saoudite, pays connu pour sa conception originale des droits de l’homme, mais qui ne veulent pas adresser la parole à Bolsonaro sous prétexte que c’est un dangereux fasciste… Toujours très provocateur, Bolsonaro continue de troller la presse mainstream qui ne lui fait aucun cadeau, avec les petites phrases dont il a le secret, affirmant par exemple que le « nazisme était de gauche », que le « coup d’État de 64 a sauvé le Brésil » ou que le régime de Pinochet a posé les « bases macroéconomiques » du Chili. Le « Trump de l’Amérique du Sud » ne doit pas oublier qu’à force de conduire avec un portable à la main, il risque d’envoyer le Brésil dans le mur ! Si ses tweets outranciers fonctionnaient alors qu’il était candidat, il doit maintenant réaliser qu’il est le Président de tous les Brésiliens et que de sa capacité à fédérer dépendra la mise en place des réformes dont le pays a besoin.   

Sébastien Ferreira

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