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La vieille Angleterre humiliée par ses élites

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Publié le

9 mai 2019

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Personne n’osait l’imaginer. Et pourtant l’impensable a fini par arriver, ou plutôt ne pas arriver. Plus de trois ans après le référendum des citoyens britanniques en faveur de la sortie de l’Union européenne, le Royaume-Uni n’a toujours pas réussi à s’exfiltrer du carcan bruxellois.

 

À vrai dire, on ne sait pas s’il sortira un jour, l’échéance étant chaque jour repoussée. Les Anglais ont été trompés comme les Français et les Néerlandais entre 2005 et 2008. On pensait avec Emmanuel Todd ou Jacques Sapir que la vieille démocratie britannique était immunisée contre ce type de coup d’État parlementaire. C’était encore pécher par optimisme. Albion n’a pas inventé la démocratie mais la souveraineté du parlement. On saisit mieux la nuance aujourd’hui. Il fallut d’abord un an pour lancer une procédure réduite à quelques mots dans ce trop célèbre article 50.

 

Lire aussi : L’éditorial de Jacques de Guillebon : Guerre civile mondiale

 

Deux ans après, l’accord qui prévoyait indirectement un maintien dans le marché commun était logiquement rejeté par le Parlement de Westminster. Les partisans d’une sortie sans concession pariaient probablement sur l’absence d’accord pour parvenir à leur fin. On répétait partout que deux ans de négociations étaient la limite longue et d’ailleurs le monde britannique devait s’écrouler le 29 mars 2019. On allait bien voir ce qu’on allait voir. Les Brexiters espéraient sans doute mieux négocier une fois sortis du piège tendu par les fonctionnaires de Jean-Claude Juncker et Michel Barnier. C’était compter sans les astuces de la Commission européenne et du gouvernement de Theresa May.

 

Qu’on se le dise : l’échec du Brexit est une leçon donnée à ce peuple réfractaire qui ne veut pas comprendre que l’Union Européenne fait son bonheur. Et si le peuple ne veut pas de son bonheur, alors on le forcera à être heureux.

 

Avec la complicité d’une majorité de circonstance aux Communes, on retarde malicieusement ce satané Brexit, et on finit par relancer le débat sur le bien-fondé de cette sortie. Désespérés ou lassés, ces stupides et déplorables électeurs finiront bien par revenir à la raison, pour ne pas dire au bercail des Traités. En somme, les élites ont pris leur revanche sur le peuple britannique. Les technocrates ont patiemment floué les électeurs. La cacophonie parlementaire et la duplicité de Theresa May ont fait le reste. Sans majorité, telle aurait dû démissionner, mais elle s’accroche, persuadée de sauver son pays et surtout son parti de l’abîme. En réalité, elle les précipite dans l’inconnu.

 

Lire aussi : L’Union européenne, ce machin

 

Bientôt, une nouvelle majorité devra se présenter devant les électeurs. Et alors le référendum de 2016 ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Ne disait-on pas que la campagne avait été déloyale, qu’on avait menti aux électeurs? Les journalistes étaient formels: les Brexiters n’avaient pas pris conscience de la terrible décision qu’ils prenaient. Ils mentaient. On leur avait pourtant bien dit que c’était une folie. D’ailleurs, la pagaille politique actuelle n’est-elle pas la meilleure preuve du désastre annoncé ? Qu’on se le dise : l’échec du Brexit est une leçon donnée à ce peuple réfractaire qui ne veut pas comprendre que l’Union Européenne fait son bonheur. Et si le peuple ne veut pas de son bonheur, alors on le forcera à être heureux.

 

Hadrien Desuin

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