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Ukraine : Le piètre bilan de Petro Porochenko

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Publié le

20 avril 2019

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L’Ukraine s’apprête à voter pour le second tour de la présidentielle. Un processus électoral qui ne devrait pas cicatriser la fracture linguistique entre le nord-ouest et le sud-est de l’Ukraine.

 

Kiev, février 2014, la place Maïdan est couverte de drapeaux ukrainiens et européens. Des milliers de personnes se retrouvent pour exiger la démission du président Yanoukovitch coupable à leurs yeux de préférer un accord économique avec le voisin russe à un autre accord avec l’Union européenne. Après des mois de manifestations souvent violentes, le président quitte le pays. Washington soutient naturellement cette « révolution de couleur » qui fait écho à la révolution orange de 2004. L’objectif est d’affaiblir la Russie sur sa frontière occidentale (comme l’avait analysé Zbigniew Brzezinski dans son Grand échiquier) et d’ancrer Kiev dans la zone d’influence euro-atlantique.

 

Lire aussi : L’éditorial de Jacques de Guillebon : Sous la cendre

 

Victoria Nuland, la sous-secrétaire d’État américaine, a elle-même dévoilé le fait que les États-Unis avaient « investi plus de 5 milliards de dollars » pour bâtir une « Ukraine démocratique » qui pourra ainsi « réaliser son aspiration européenne ». George Soros, s’est vanté lui aussi, d’avoir financé la révolution. Quant à l’incontournable Bernard-Henri Lévy, il est venu dire aux manifestants tout le bien qu’il pensait du renversement de Yanoukovitch et des lendemains meilleurs que l’UE offrirait aux Ukrainiens.

Cinq ans plus tard l’Ukraine ne s’est pas relevée de sa révolution. Elle semble au contraire s’enfoncer dans la crise. Malgré l’aide de Bruxelles, de Washington et des emprunts massifs auprès du FMI, l’Ukraine du président Porochenko est aujourd’hui le pays le plus pauvre d’Europe. Un rapport de 2018 du Crédit Suisse classe les Ukrainiens derrière les habitants du Bangladesh en termes de pauvreté et l’ONU souligne que 60 % des Ukrainiens vivent sous le seuil de pauvreté.

 

Pour de nombreuses familles d’Ukraine, leur histoire est intimement liée à celle de la Russie: leur langue maternelle est le russe, leur foi chrétienne leur vient de la conversion de Vladimir en 988.

 

Pour de très nombreux Ukrainiens la seule issue est devenue l’exil. Andry Reva, ministre ukrainien de la politique sociale, a annoncé que plus de 10 millions d’Ukrainiens travaillent actuellement à l’étranger de manière permanente ou temporaire. Près d’un Ukrainien sur quatre. L’effondrement économique ne doit pas éclipser la fracture linguistique et politique qui s’est considérablement creusée. Pour renverser le président Yanoukovitch, les extrémistes bandéristes pour qui l’ennemi de l’Ukraine est le Russe, ont joué un rôle évident. Lors des manifestations, leur cri « Smert Moskalyam » (« Mort aux Moscovites ») ne s’adressait pas qu’aux habitants de la capitale russe mais également aux très nombreux russophones d’Ukraine.

Le problème de ces milices nationalistes est qu’on ne peut pas gommer les racines russes de l’Ukraine à coups de batte de baseball. Pour de nombreuses familles d’Ukraine, leur histoire est intimement liée à celle de la Russie : leur langue maternelle est le russe, leur foi chrétienne leur vient de la conversion de Vladimir en 988, Grand-prince de la Rus’de Kiev de la dynastie des Riourikides. Ces familles n’oublient pas qu’elles étaient russes avant de devenir ukrainiennes avec la création de la République Socialiste Soviétique d’Ukraine après la première guerre mondiale. Quand les miliciens de l’Euromaïdan renversent le pouvoir en 2014, ils annoncent interdire l’usage de la langue russe, langue maternelle de millions d’Ukrainiens.

 

Un peuple écartelé

 

Pour les russophones qui regardaient avec crainte les événements tragiques de Kiev et qui avaient massivement voté pour le président chassé, c’est une véritable déclaration de guerre. La majorité de ces derniers ne reconnaît pas le nouveau gouvernement issu du putsch. Ils rejettent également l’Union européenne et l’Otan et veulent se rapprocher au contraire du monde russe et orthodoxe. La Crimée réussit à se réunir pacifiquement et rapidement à la Russie suite à un référendum au mois de mars mais ce ne fut pas le cas pour le reste de la zone sud-est dont une partie se souleva contre les putschistes de Kiev.

Ainsi deux républiques se créent autour des villes de Donetsk et de Lougansk et se battent pour leur indépendance. Elles ont rédigé leurs constitutions, monté leurs armées et ont choisi le rouble russe plutôt que la hryvnia ukrainienne comme monnaie nationale. Cette guerre, qui n’est toujours pas terminée, a déjà coûté la vie à plus de 10 000 personnes. Plus de 20 000 personnes ont été blessées et plus d’un million de réfugiés ont fui la zone.

 

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De l’autre côté de la frontière de ces deux jeunes républiques habitent encore de nombreux russophones qui, eux, vivent sous le régime de Kiev. À Kharkov, Marioupol, Odessa, on parle russe et on préfère souvent Moscou à Kiev et Bruxelles. Sans la présence de miliciens bandéristes, ces villes et leurs régions auraient déjà organisé leur autonomie voire leur réunification à la Russie. Entendonsnous bien : ces russophones n’ont pas de haine contre l’Ukraine mais ils ne veulent pas d’une Ukraine qui a la haine du Russe.

À Dnepropetrovsk (qui s’appelait avant la révolution bolchévique Ekaterinoslav en l’honneur de la reine Catherine II de Russie et que Kiev appelle maintenant Dnipro), des miliciens ont organisé des « patrouilles linguistiques » et infligent des amendes à ceux qui parlent la langue de Dostoïevski. Le maire de la ville, Boris Filatov, a même fiché les enseignants et menacé de licencier les pro-Russes.

 

Roulette russe ou suicide ukrainien ?

 

Les russophones d’Ukraine se sont donc organisés et ont même un parti politique, le Bloc d’opposition, qui incarne la résistance parlementaire aux putschistes de l’Euromaïdan. Pour ces millions de russophones la vie au quotidien sous la botte des miliciens de Maan ressemble plus à une occupation qu’à une libération. Même la très atlantiste Fondation Carnegie, dans un article de septembre 2018, évoque la violence, l’omniprésence du SBU (service de renseignement ukrainien) et les entraves à la liberté d’expression que subissent les russophones dans une ville comme Kharkov dans l’est du pays.

Sous l’influence de Washington, les ultranationalistes ukrainiens ont même déclenché un schisme avec l’Église orthodoxe d’Ukraine qui dépend du patriarcat de Moscou depuis plus de 300 ans. La pression du régime ne cesse d’augmenter contre les orthodoxes qui ne veulent pas de la nouvelle église schismatique. Des perquisitions ont été réalisées chez des prêtres qui restent fidèles à l’Église historique. À travers le pays, des églises ont même été attaquées à Odessa, Kiev, Bogorodchany… Par ce geste politique insensé, Kiev est en train de détruire une des dernières institutions capables justement de rassembler les Ukrainiens quelles que soient leurs origines.

 

Des miliciens ont organisé des « patrouilles linguistiques » et infligent des amendes à ceux qui parlent la langue de Dostoïevski.

 

Le pays est chaque jour plus divisé et même la grande minorité hongroise de Transcarpathie se précipite sur les passeports hongrois distribués par Viktor Orbán en se disant que Budapest les défendra mieux que Kiev. Cette ukrainisation de la société n’est pas sans rappeler la campagne de korenizatsiya des années 1920 lorsque les bolcheviques favorisaient les minorités au détriment des Russes afin de lutter contre le « chauvinisme grand-russe » et d’enclencher plus facilement la soviétisation des nouvelles républiques d’URSS. Les dernières élections présidentielles ukrainiennes illustrent parfaitement la situation politique kafkaïenne du Kiev postMaïdan.

Pour élire le chef de l’exécutif les Ukrainiens ont eu le choix le 31 mars dernier entre 44 candidats, pas moins! Les trois favoris pour le poste étaient le président oligarque en disgrâce Porochenko, l’oligarque Ioulia Tymochenko, la « princesse du gaz », sortie de prison en 2014 suite à une affaire de corruption et pour arbitrer les deux Volodymyr Zelensky, comédien autoproclamé anti-élites mais soutenu en coulisses par encore un autre oligarque, Ihor Kolomoïsky, lui aussi impliqué dans une gigantesque affaire de corruption. Guerre civile, économie en berne, émigration de la population, corruption à tous les étages…

 

 

On comprend pourquoi le député ukrainien Vadim Rabinovitch a récemment déclaré que « Le Maïdan a été une tragédie pour l’Ukraine ». L’hymne national ukrainien scande prophétiquement « L’Ukraine n’est pas encore morte ». Elle n’est pas encore morte, c’est sûr, mais au rythme de sa chute actuelle on croit déjà entendre le glas.

 

Nikola Mirkovic

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